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Les prémices de développements industriels

Nadia Timizar

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Les prémices de développements industriels

La technologie magniCON de Bayer utilise les plants de tabac - sans modification génétique - pour fabriquer à la carte et en quantité une protéine thérapeutique.

© Bayer

Dix ans après le séquençage du génome, la médecine personnalisée voit émerger quelques développements industriels. Les laboratoires multiplient l'annonce de lancements d'essais cliniques combinant un test de diagnostic et une thérapeutique ciblée.

Diagnostic compagnon ou théranostique, biomarqueurs, pharmacogénomique... Ce champ lexical, sans doute encore obscur pour beaucoup, entre dans le cadre de la médecine de demain, la médecine personnalisée. Plus prosaïques, les perspectives de ce marché aux États-Unis, évalué à 232 milliards de dollars (avec une croissance annuelle de 11 %), selon un récent rapport de PriceWaterhouseCooper. Et encore, ce chiffre n'englobe pas le périmètre le plus large de cette médecine. En clair, elle vise à créer un lien plus ciblé et plus précis entre une thérapie, les caractéristiques d'une maladie et des populations de patients. La médecine personnalisée repose ainsi sur la réalisation de tests génétiques de détection, de diagnostic ou encore des tests prédictifs. Sans détailler, il faut retenir le principe selon lequel plus une maladie est caractérisée sur le plan moléculaire, plus la probabilité d'efficacité d'une réponse d'une thérapeutique ciblée est forte (et les effets secondaires moindres). Même principe du côté des malades, plus les populations de patients sont caractérisées, comme par exemple de distinguer les patients répondeurs des non répondeurs à une chimiothérapie, plus il sera possible de les distinguer et de leur proposer ainsi des réponses adaptées.

Une recherche consolidée

 

« Nous savons, par exemple, que 70 % des patients atteints d'un cancer répondent au traitement par l'exolatine. Nous avons l'expertise pour identifier les 30 % de patients non répondeurs et nous atteler à la recherche d'un traitement adapté. La stratification des patients assure une meilleure efficacité thérapeutique », explique Loïc Maurel, président du directoire d'Exonhit Therapeutics, société spécialisée en médecine personnalisée (voir son bilan p. 14).

L'année 2010 s'ouvre sur des perspectives très positives. Ce début d'année a été marqué par une multiplication d'annonces, laissant entrevoir un début d'industrialisation, dans le sillon creusé par le Suisse Roche qui s'est clairement positionné sur ce marché. En février, Pfizer a signé un accord avec DxS, une filiale de Qiagen (Venlo, Pays-Bas), spécialisée dans le diagnostic. Objectif : développer un test diagnostic compagnon d'une immunothérapie du glioblastome multiforme, le plus commun des cancers du cerveau. Pfizer a accédé sous licence à un peptide vaccinal de la société Celldex Therapeutics (Needham, Massachusetts) qui cible le variant II d'un récepteur à un facteur de croissance épidermique spécifique des cellules tumorales (EGFRvIII). Ce variant précisément présente une mutation spécifique des cellules cancéreuses et qui survient dans 25 à 40 % des glioblastomes. Le traitement est en phase II de développement. Le test de diagnostic, lui, détectera en temps réel la présence d'ARN codant pour EGFRvIII dans le tissu tumoral. En janvier, c'est Bayer (Leverkusen, Allemagne) qui annonçait le lancement d'une étude de phase I évaluant un vaccin produit dans des feuilles de tabac. Le mois dernier, la FDA autorisait l'essai pour tester un vaccin thérapeutique du lymphome non Hodgkinien. Bayer via sa filiale Icon Genetics (Halle, Allemagne) assurera une production "patient spécifique" grâce à la technologie magniCON. Elle permet de produire rapidement à haut rendement des protéines recombinantes, sans passer par une modification génétique de la plante. Bayer envisage dans cette indication un traitement sur mesure pour chaque patient. De son côté, Bristol-Myers Squibb (New York) a élargi son accord de recherche translationnelle et de médecine personnalisée avec KineMed (Emeryville, Californie), dans le domaine de la maladie d'Alzheimer et d'autres conditions neurodégénératives. La société avait signé pour la première fois en 2009 un pacte selon lequel KineMed utilisera sa plateforme propriétaire de médecine translationnelle et personnalisée pour identifier et caractériser les biomarqueurs des fluides cérébrospinaux pour faciliter justement le médicament candidat au traitement d'Alzheimer de BMS. La Parisienne Exonhit Therapeutics, commercialise cette année AclarusDX, un test de diagnostic de la maladie d'Alzheimer à partir d'un prélèvement sanguin, qui sert autant la recherche clinique dans le recrutement des patients que le diagnostic in vitro. En effet, cette neurodégénérescence représente 60 à 70 % des cas de démences.

En attendant d'autres commercialisations, la recherche se consolide à l'instar de la région de Munich (Allemagne), qui annonçait à la mi-février, avec l'université technique de Munich, la dotation d'un budget de 94 millions d'euros pour mettre en place un pole de médecine personnalisée. Tout récemment, l'Institut Gustave Roussy de Villejuif (Val-de-Marne) s'est fixé quatre ans pour « construire la médecine personnalisée » en cancérologie. Elle organise le 15 mars une 1e réunion de concertation pluridisciplinaire. En France, la société Ipsogen, créée en 1999, figure parmi les sociétés pionnières de la médecine personnalisée. Autobaptisée "Cancer Profiler", en janvier, la société annonçait un accord de collaboration scientifique, notamment sur un outil de diagnostic du cancer du sein, avec l'Institut Curie. Signe que cette médecine du futur entre dans une phase de consolidation de la structuration des recherches, en parallèle des premiers développements industriels.

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