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Les MES, des systèmes déjà dépassés ?

Alors que les MES se multiplient dans l'industrie, les nouveaux systèmes voient le jour et tentent de percer dans les usines pharmaceutiques. Avec l'objectif affiché d'amélioration de la performance.

« Le MES est mort ! Vive le MOM ! », c'est sur ces mots qu'Omer Akdeniz d'Ekium a ouvert sa présentation à la journée ISPE «MES : les nouvelles frontières». Si les MES ou manufacturing execution systems devraient continuer à être implantés dans l'industrie pharmaceutique, les systèmes font aujourd'hui l'objet de nombreuses évolutions, pour aller vers le MOM ou manufacturing operations management. Et Omer Akdeniz n'est pas le seul à observer cette évolution des systèmes de gestion de la production. Les MES, qui ont fait peu à peu leur apparition dans l'industrie pharmaceutique, sont maintenant utilisés de façon complète ou modulaire par de nombreux laboratoires. Comme le constate Jean Trouchaud de l'ISPE. « Avant 1980, dans d'autres industries, on a vu des ersatz de MES. La première phase du MES est en 1980-1990. Dans la pharmacie, la séparation est très nette entre les services centraux et les centres industriels et logistiques. Assez rapidement, le MES va bénéficier de deux normes ISA (ISA 95 et ISA 88). Entre 2000-2015, on a vu des implantations de plus en plus nombreuses et l'évolution de modularité des logiciels ». Il rappelle les 11 fonctions du MES : la gestion des ressources, l'ordonnancement, le suivi des opérations, la collecte et les acquisitions des données, la gestion du personnel, la gestion qualité, la gestion de documents, la gestion des procédés, la gestion de la maintenance, la traçabilité produits et généalogie et l'analyse des performances. La journée organisée par l'ISPE France (la société internationale d'ingénierie pharmaceutique) a ainsi permis de revenir sur l'implémentation de ces systèmes dans l'industrie pharmaceutique.

Les exemples sont nombreux dans l'industrie pharmaceutique d'intégration de MES avec des objectifs variés. Le besoin d'augmenter les capacités de production est, par exemple, cité par Johan Zebib,consultant d'Emerson Process Management. La société est intervenue pour UCB en Suisse. Ce projet fast-track visait à « piloter une usine électroniquement, avec tout intégré ». La solution proposée a été livrée avec un seul package pour piloter l'usine, sans développement spécifique pour le logiciel et avec la possibilité de modifier les recettes facilement. L'exemple d'Emerson témoigne ainsi des demandes des industriels de la pharmacie qui s'approprient les technologies de l'information pour améliorer leurs procédés et processus. C'est le constat également de Jean-Michel Blanc, responsable commercial des solutions MES d'Actemium, anciennement connu sous le nom de Courbon. Si le MES est utilisé dans le pilotage de la production, il est aussi mis en oeuvre pour l'obtention de dossiers de lots électroniques. « Comment améliorer simplement la libération des lots par la dématérialisation du dossier de fabrication ? », c'est la question posée par Jean-Michel Blanc en préambule de sa présentation. Le responsable commercial rappelle qu' « un dossier de lot, c'est un document qui va suivre toutes les étapes de fabrication. Il est renseigné en parallèle par un grand nombre d'intervenants et doit permettre de détecter les déviations. Il doit également être conservé plusieurs années ». Pour répondre à ces contraintes, les industriels de la pharmacie se tournent de plus en plus vers la dématérialisation des dossiers de lots. Notamment avec la mise en place de solutions MES.

 

Vers une usine de plus en plus connectée

 

Ces systèmes entrent petit à petit dans l'entreprise via le dossier de lot électronique chez les uns, l'amélioration des procédés chez les autres... Sous formes de modules, ces outils se sont imposés dans de nombreuses usines. Les fournisseurs de solutions voient maintenant plus loin. « Avant nous avions un outil pour tracer l'exécution, un autre pour gérer une recette... Mais peu d'industriels disposent du dossier de lot électronique complet car les contraintes techniques, économiques et de marché font que le curseur est très variable d'une entreprise à une autre. Les MES ont fusionné avec les systèmes d'informations industriels pour gérer la qualité, être de plus en plus adaptables et maintenant aller de plus en plus vers une industrie prédictive. L'usine pharmaceutique est de plus en plus connectée », constate Cyril Mak, responsable Life Science de Wonderware. Omer Akdeniz renchérit : « Le MES est quelque chose qui est implicite. C'est une famille de fonctions qui sont côte à côte et qui n'ont pas forcément de lien entre elles. Le MOM pourrait être l'intégration de la famille MES, comme un pilier de la performance industrielle ».

Et face aux évolutions de technologies dans la vie courante, les éditeurs de logiciels et de systèmes de l'information imaginent le futur des usines pharmaceutiques. « Le MES est effectivement en train d'évoluer. L'idée chez Siemens s'inscrit dans l'entreprise 4.0 », témoigne Nicolas Teissié de Siemens. Il précise : « Dans notre vie de tous les jours, nous sommes déjà environnés par des changements majeurs. Dans l'entreprise, les outils sont souvent très vieux par rapport à ceux de la vie courante. L'idée de l'entreprise digitale est de définir un modèle d'usine qui soit commun à tout le monde, avoir un réseau commun pour tout le monde et où chacun vient se connecter ». S'il souligne que le concept d'entreprise digitale est commun à toutes les industries, il n'oublie pas les spécificités de la pharmacie. « Toutes les industries ont les mêmes challenges d'optimisation, de globalisation, de time-to-market... mais dans la pharmacie il y a aussi la partie réglementaire », précise Nicolas Teissié. Il souligne alors les « quatre grands axes des MES qui restent toujours valables pour les MOM : suivre les standards et la réglementation, améliorer la robustesse et réduire les déviations, faciliter les investigations et analyses et faciliter la gestion des dossiers de lots au jour le jour ». Et si le MES pourrait évoluer vers le MOM, les fournisseurs imaginent aussi l'utilisation de systèmes connectés comme les lunettes. Siemens présente l'exemple d'un opérateur qui conduirait une ligne de production muni de lunettes lui fournissant les données du process en temps réel. Les fournisseurs imposent donc une vision à long terme des évolutions technologiques. Reste à les implanter dans des usines qui pour le moment s'approprient le MES.

DES UTILISATIONS DIFFÉRENTES DANS LES LABORATOIRES

Trois industriels ont témoigné au cours de la journée organisée par l'ISPE. L'occasion de revenir sur les différentes implémentations possibles mais aussi de détailler les bénéfices et les écueils liés à ces installations. Pierre-Étienne Alain, responsable informatique des Laboratoires Chemineau, revient sur la mise en place d'un système informatique sous forme de briques. Initié en 2006-2007, le système a connu de nombreuses évolutions depuis. « Nous avons mis environ deux ans à digérer ce passage, pour nous PME », souligne-t-il. S'il note des problématiques récurrentes liées à l'encadrement et à l'ergonomie, le laboratoire a poursuivi l'implémentation sur la gestion de l'entrepôt et la centrale de pesée notamment. Du côté de Sanofi, Hélène Deltheil et Claire Penez du site d'Ambarès ont présenté le projet de déploiement de MES. « Dès 1990, nous avons initié le passage du dossier de lot papier à une gestion électronique », rappelle Hélène Deltheil. En 1996, le dossier de lot est ainsi informatisé. Au début des années 2000, le site choisit de remplacer le système existant. C'est aujourd'hui une solution d'Aspentech qui est déployée sur le site pour le conditionnement et pour la fabrication, avec encore des suivis papier pour la fabrication des formes injectables. Pour ce retour d'expérience, les deux collègues de Sanofi pointent quelques écueils sur les équipes utilisateurs et le planning sous-évalués mais considèrent que la stratégie de validation des instructions de fabrication pourrait être allégée. Elles soulignent ainsi que la création d'une instruction de fabrication initiale prend en moyenne 180 minutes contre 650 min sans MES (selon un benchmarking au sein du groupe, il y a deux ans). La revue de dossier de lot passe elle à 60 min par lot contre 125 min sans MES. Troisième laboratoire témoignant de l'utilisation de MES, le laboratoire Ferring propose une approche Lean « et son maintien par un MES », selon Jérôme Repiton, directeur Operational excellence de Ferring. « L'industrie pharmaceutique est lente par rapport aux autres industries. Nous avons des délais à faible délai de péremption. En operational excellence, c'est aller plus vite », précise-t-il. Le laboratoire a commencé par faire du Lean, puis du Lean Six Sigma puis a installé le Ferring doing digital. Si le laboratoire est passé au dossier de lot électronique depuis 2010, le problème que pointe le dirigeant est « d'éviter que les opérateurs soient trop attirés par les nouvelles technologies » et en oublient ce pourquoi ils travaillent. « Il est important de redonner du sens. On demande à nos opérateurs de rester concentrés, mais on multiplie les écrans. Sur une ligne de conditionnement, on a jusqu'à 10 écrans », constate Jérôme Repiton. S'il se montre intéressé par l'usage de lunettes connectées, il insiste sur l'intérêt d'un projet MES qui « doit s'occuper des gens et répondre aux besoins des utilisateurs ».

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