Nous suivre Industrie Pharma

Les entreprises françaises misent sur l'international

Après une vague de croissance basée sur le rachat de sites de production de grands laboratoires pharmaceutiques, les façonniers français cherchent désormais à consolider leurs positions. Pour cela, certains choisissent l'internationalisation.

Se développer à l'international et conquérir de nouveaux marchés, telle est la stratégie de plusieurs façonniers pharmaceutiques français qui ont récemment acquis des sites à l'étranger. C'est le cas d'Unither pharmaceuticals, qui, après s'être implanté aux États-Unis en octobre 2013, a décidé d'investir au Brésil. Le spécialiste des doses unitaires stériles a ainsi racheté, fin 2015 une usine de façonnage, Mariol Industrial, située à Barritos, dans l'État de São Paulo. Pour lui, cette acquisition permet de s'implanter sur un marché qui devrait se développer fortement. « Nous avons choisi le Brésil car c'est l'un des gros marchés pharmaceutiques mondiaux, appelé à une forte croissance. IMS Health prévoit qu'il sera le 5e mondial en 2020 », précise Éric Goupil, p-dg d'Unither Pharmaceuticals. « Généralement, lorsque les laboratoires internationaux font appel à un façonnier au Brésil, ils sous-traitent à de grands laboratoires installés là-bas (Sanofi, Boerhinger), ce qui évite les soucis de qualité. En revanche, le façonnage peut varier au gré des capacités de production de ces laboratoires : quand ils ont de la capacité excédentaire, ils font volontiers du façonnage pour un tiers, mais s'ils sont en capacité insuffisante, le risque est qu'ils ne puissent pas honorer une commande », explique Éric Goupil. Cette situation offre donc de belles opportunités pour les façonniers. Si Unither vise les marchés nord- et sud- américains, d'autres façonniers préfèrent miser sur l'Europe. Ainsi, Delpharm, le leader français du façonnage pharmaceutique, a choisi de consolider ses positions sur le marché italien en mai 2016. Pour cela, il a acquis l'usine du Japonais Takeda, implantée à Cerano, à une trentaine de kilomètres de Milan, en Italie. Cette entreprise est spécialisée dans la fabrication en petite série de formes sèches et liquides à forte valeur ajoutée, ainsi que dans le conditionnement de produits biologiques. Pour Sébastien Aguettant, le président de Delpharm, cette acquisition permet de positionner son groupe sur le troisième marché européen, mais aussi de le « doter d'une plateforme industrielle spécifiquement dédiée aux petites séries ».

De son côté, Synerlab a également choisi de se développer sur le marché européen. Fin 2015, il a acquis Alcalà Farma, l'un des principaux façonniers pharmaceutiques en Espagne. Située dans les environs de Madrid, l'entreprise compte deux sites de fabrication, l'un spécialisé dans les capsules molles et l'autre couvrant plus de 250 formulations. Pierre Banzet, président de Synerlab, avait indiqué à Industrie Pharma, en novembre 2015, que ce rachat s'inscrivait dans la « stratégie d'expansion à l'international » du groupe, précisant qu'il s'agissait de sa première acquisition hors de France. Ce rachat a aussi permis au groupe de diversifier son portefeuille de produits sur les sachets sticks, les capsules molles, les injectables et les formes pâteuses, en plus des sachets, comprimés et gélules. Et Synerlab ne compte pas s'arrêter en si bon chemin. « Nous continuons à regarder les opportunités en Espagne, Italie et Allemagne, ainsi qu'en Pologne et Turquie, avait détaillé Pierre Banzet. Notre stratégie vise à nous étendre au niveau international, mais aussi à compléter notre portefeuille de formes pharmaceutiques, notamment dans l'injectable qui reste une forme très intéressante ». Internationalisation et diversification sont donc deux axes autour desquels les façonniers cherchent désormais à asseoir leurs positions.

3 questions à Éric Goupil p-dg d'Unither Pharmaceuticals« Pour une entreprise comme la nôtre, l'internationalisation est naturelle »

Industrie Pharma : Pouvez-vous détailler l'acquisition de l'entreprise brésilienne Mariol industrial, réalisée en décembre 2015 par Unither ? Éric Goupil : Nous avions une filiale commerciale au Brésil depuis quatre ans, mais cela n'était pas suffisant. Si nous voulions être présents durablement au Brésil et en Amérique latine, cela devait passer par une présence industrielle locale. Nous avons eu la chance de trouver un façonnier, alors qu'il y en a peu au Brésil. Il s'agit d'une filiale d'un groupe familial, Mariol Industrial. Il est basé à Barretos et compte 150 salariés. Pourquoi ce positionnement international ? É.G. : Pour une entreprise comme la nôtre, spécialisée dans les unidoses, l'internationalisation est naturelle car notre savoir-faire se compte sur les doigts d'une main dans le monde. Alors qu'on pourrait penser que l'unidose est un conditionnement pour les pays plus matures, au Brésil, elle permet de délivrer le médicament, dose par dose. Le patient peut alors acheter uniquement la quantité dont il a réellement besoin. Nous avions déjà repris une usine aux États-Unis, en octobre 2013, car ils représentent le premier marché mondial. Cela nous a apporté une vraie présence là-bas. Ce n'est pas la même chose d'envoyer simplement nos produits à l'étranger et de pouvoir les produire sur place, sur le même fuseau horaire, en discutant dans la langue locale ! Quelles sont les difficultés que vous avez rencontrées lors de votre installation au Brésil ? É.G. : Culturellement, c'est forcément différent. Beaucoup de personnes dans l'usine ne parlent pas anglais, et certains d'entre nous ne parlent pas portugais. Néanmoins, les Brésiliens sont plutôt des latins, donc nous avons une composante culturelle commune qui nous permet de les comprendre. Le Brésil est un grand marché. Il est très compliqué au niveau fiscal car il y a trois niveaux : le niveau fédéral, l'État et la ville. Il faut apprendre le droit des sociétés avant de se lancer ! Mais le plus difficile pour nous a été de trouver le bon acteur car nous voulions une qualité compatible avec nos standards.

PROPOS RECUEILLIS PAR ANNE-GAËLLE MOULUN

Bienvenue !

Vous êtes inscrit à la news Industrie Pharma

Nous vous recommandons

Evonik investit 36 M€ dans la production d'API aux États-Unis et en Europe

Evonik investit 36 M€ dans la production d'API aux États-Unis et en Europe

Le chimiste allemand a annoncé avoir finalisé l'expansion des capacités d'ingrédients pharmaceutiques actifs (API) de ses activités de CMO aux États-Unis et en Europe. Un projet qui a[…]

24/09/2018 | ProductionAPI
Sous-traitance analytique : Carso met son expertise au service de l'industrie pharmaceutique

Sous-traitance analytique : Carso met son expertise au service de l'industrie pharmaceutique

Hovione fait le point sur son programme d'expansion

Hovione fait le point sur son programme d'expansion

Minafin booste ses capacités de production à Dunkerque

Minafin booste ses capacités de production à Dunkerque

Plus d'articles