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Les effets du « recentrage » de la R&D de Pierre Fabre

À Toulouse, Aurélie Dureuil
Les effets du « recentrage » de la R&D de Pierre Fabre

Pierre Fabre Médicaments a investi en r&d 16% de ses revenus (926 M€) en 2015.

© Pierre Fabre

Le laboratoire français a initié, fin 2014, une réorganisation de sa R&D. Une remise à plat qui s'est traduite notamment par des suppressions de postes. Avec une R&D en ordre de marche, Pierre Fabre affiche ses ambitions.

L'annonce était tombée début décembre 2014, à travers la présentation du plan stratégique Trajectoire 2018. Les Laboratoires Pierre Fabre entamaient une réorganisation de leurs activités R&D de la branche pharmacie. Près de 18 mois plus tard, le plan touche à sa fin. « Nous avons opéré, ces derniers mois, une réorganisation et une refonte complètes du modèle de notre R&D », détaille Vincent Denoel, directeur des Opérations R&D et Support innovation de Pierre Fabre. De 928 en 2014, les effectifs en R&D devraient être de 650 personnes, en fin d'année 2016. Si les équipes de R&D ont été réduites, le groupe a maintenu son effort financier dans ce domaine. Pierre Fabre Médicaments a investi 16 % de ses revenus (926 M€) en 2015, soit plus de 145 M€. Au total, le groupe a enregistré un chiffre d'affaires de 2,2 Mrds € en 2015 (58 % pour l'activité Pierre Fabre Dermo-cosmétique, 41 % pour l'activité Pierre Fabre Médicaments et le solde pour les activités périphériques). Son budget total de R&D atteignant les 200 M€, le groupe en investit donc une majorité dans la branche Médicaments. « La restructuration n'avait pas pour but de diminuer nos investissements mais d'augmenter la part consacrée aux coûts variables afin de gagner en souplesse », ajoute le directeur des Opérations R&D.

En parallèle, le laboratoire a décidé de se concentrer sur quatre aires thérapeutiques : l'oncologie, le système nerveux central, la dermatologie et la santé grand public. « À travers ce modèle, notre souci principal est d'alimenter notre portefeuille avec des projets différenciés à forte valeur médico-économique », confie Laurent Audoly, directeur R&D de Pierre Fabre Médicaments. Il assure ainsi : « le patient est au centre de notre réflexion ». Sans vouloir entrer dans les détails, le patron de la recherche affirme par ailleurs que le groupe dispose d'un portefeuille fourni de « produits à différents stades d'avancement dans les quatre aires thérapeutiques priorisées ». Le laboratoire veut s'appuyer sur son expertise tant autour des petites molécules chimiques que des biotechnologies et des anticorps combinés (ADC). La recherche de Pierre Fabre Médicaments s'appuie sur trois centres : Toulouse sur le campus de l'Oncopole (Haute-Garonne) autour des petites molécules, Saint-Julien-en-Genevois (Haute-Savoie) spécialisé dans les biotechnologies et Castres dans le système nerveux central et la santé grand public.

Des premiers produits pourraient arriver sur le marché à « court terme », selon Laurent Audoly. Il cite d'ailleurs l'accord signé, en novembre 2015, avec la société américaine Array BioPharma. Ce contrat concerne le développement et la commercialisation de deux petites molécules (binimetinib et encorafenib), actuellement en phase III d'essais cliniques dans le traitement du mélanome et du cancer colorectal. Cet accord témoigne de la nouvelle stratégie de Pierre Fabre qui se tourne de plus en plus vers de l'innovation externe. En 2015, Pierre Fabre a également signé une option de licence sur le récepteur métabotropique de glutamate de type 3 d'Addex Therapeutics. « Nous sommes à la recherche de molécules, avec le double objectif de délivrer des médicaments le plus rapidement possible et de construire un pipeline pérenne », ajoute-t-il. Et le directeur de la R&D d'ajouter que « l'open innovation porte d'abord sur la recherche de nouvelles molécules, mais nous l'élargissons aux nouvelles cibles thérapeutiques, aux technologies émergentes et aux compétences que nous n'avons pas encore ou insuffisamment développées en interne ». Le groupe français entend ainsi « obtenir un portefeuille de produits étoffé dès 2018, recentré sur les domaines thérapeutiques correspondant à la stratégie du groupe et équilibré d'ici à 2025. À cette date, l'oncologie sera majoritaire, suivie à parts égales par le système nerveux central et la dermatologie ».

Si l'innovation passe par la multiplication des accords de licences, Pierre Fabre a également initié une politique d'ouverture de ses expertises. Ainsi, il a d'abord mis en place, fin 2015, la Nature Open Library, qui consiste à proposer son expertise autour des actifs végétaux. Ce projet d'open innovation repose sur 15 000 échantillons correspondant à 7 000 espèces de plantes. En février 2016, le groupe a lancé un fonds pour l'innovation afin de mettre les compétences de ses chercheurs au service de jeunes sociétés d'innovation en oncologie ou en dermatologie (voir interview de Vincent Serra).

 

Une coopération avec les organismes publics

 

Pierre Fabre multiplie également les accords de coopération avec des organismes publics. Le laboratoire a ainsi signé, fin 2015, un partenariat avec le laboratoire des Cordeliers de l'Inserm afin d'identifier de nouvelles cibles biologiques dans le domaine de l'immuno-oncologie. En mai dernier, il a renforcé son partenariat avec le programme Matwin (Maturation et acceleration translation with industry). « Ces accords visent à augmenter la connectivité de nos équipes R&D et à devenir un acteur incontournable dans les recherches de partenaires », précise Laurent Audoly.

Le groupe français est également prêt à céder des licences sur les produits de son pipeline. Vincent Denoel cite les accords passés avec le laboratoire américain Forest (devenu Allergan) : « Nous avons licencié en phase amont deux molécules qui sont aujourd'hui commercialisées aux États-Unis dans le traitement des troubles dépressifs majeurs ». Dans cette aire thérapeutique du système nerveux central, Pierre Fabre entend d'ailleurs rester « un acteur en discovery, en portant les projets jusqu'à la preuve de concept », selon le directeur des Opérations R&D. Une stratégie opposée est développée dans le domaine de la dermatologie. « Nous n'avons pas d'équipe interne pour la discovery. Nous allons chercher le meilleur de la recherche externe pour l'amener en clinique. Dans le domaine de la santé grand public, nous maîtrisons toute la chaîne, mais nous sommes sur des cycles courts. Enfin, en oncologie, nous maîtrisons également toute la chaîne avec la possibilité de prendre des licences ou de licencier des technologies », détaille Vincent Denoel. Le groupe entend également s'appuyer sur sa double expertise en oncologie et en dermatologie pour développer des produits à la croisée de ces aires thérapeutiques, en premier lieu dans le cadre du partenariat avec Array BioPharma. La recherche Pierre Fabre poursuit ainsi sa mutation.

UNE JOURNÉE DE RENCONTRE AVEC LES START-UP

Le 21 juin 2016 s'est tenue Day-One. Cette journée organisée avec le pôle de compétitivité Cancer-Bio-Santé vise à « mettre en place une opération commune afin d'identifier des projets de collaborations et de favoriser l'ouverture de nos équipes en interne à l'univers des start-up », témoigne Vincent Denoel, directeur des Opérations R&D et Support innovation de Pierre Fabre. 300 à 400 personnes se sont rendues sur le site de R&D Pierre Fabre de l'Oncopole de Toulouse : start-up, partenaires académiques, sociétés de capital risk, business angel, et bien sûr, collaborateurs du groupe. « Nous allons organiser une dizaine de pitch privés. Des sociétés de biotech qui nous ont pré-soumis leur dossier présenteront aux collaborateurs Pierre Fabre avec un accord de secret. Il y aura également une vingtaine d'entreprises ou d'institutions qui feront des présentations publiques », a détaillé Vincent Denoel en amont de l'évènement. L'objectif est double : détecter des projets de recherche intéressants pour Pierre Fabre Médicaments mais aussi mieux faire connaître le groupe. « Nous voulons créer une intimité avec les différents acteurs afin de devenir le partenaire naturel de cette innovation », conclut-il.

CRÉATION D'UNE CHAIRE INDUSTRIELLE AVEC LA FONDATION TOULOUSE CANCER SANTÉ

Présent depuis l'origine dans l'écosystème de l'Oncopole à Toulouse, le groupe Pierre Fabre a annoncé la création d'une chaire de recherche avec la Fondation Toulouse Cancer Santé. Cette chaire représente « une passerelle entre le monde académique et celui de l'industrie », indique Liberto Yubéro, directeur du centre de R&D Pierre Fabre sur l'Oncopole de Toulouse et président du pôle de compétitivité Cancer-Bio-Santé. Cette chaire se concentrera sur la recherche translationnelle appliquée en immuno-oncologie. Financée à parts égales entre le groupe Pierre Fabre et la Fondation Toulouse Cancer Santé, elle « sera dirigée par un médecin-chercheur d'envergure internationale, spécialisé en médecine translationnelle avec une expertise confirmée dans le domaine de l'immuno-oncologie ». L'équipe sera intégrée au Centre de recherche en cancérologie de Toulouse (CRCT). L'appel à candidature est ouvert du 2 juin au 31 juillet. « Le candidat retenu pour un programme de 5 ans sera connu d'ici à la fin de l'année 2016 », confie Liberto Yubero.

PIERRE FABRE FUND FOR INNOVATION « Signer au moins un accord avant la fin de l'année »

Lancé en février 2016, le fonds Pierre Fabre Fund for Innovation s'inscrit dans la stratégie d'Open innovation du laboratoire français. Vincent Serra, executive partner du Pierre Fabre Fund for Innovation, détaille cette initiative.

Industrie Pharma : Pouvez-vous présenter le Pierre Fabre Fund for Innovation ? Vincent Serra : Le Pierre Fabre Fund for Innovation a été créé officiellement début février 2016. L'objectif est d'investir dans des sociétés ou des projets dans les domaines de l'oncologie, la dermatologie et la dermato-oncologie. Pour un certain nombre de projets analysés dans le cadre de business development, nous avons remarqué que certaines opérations n'aboutissaient pas, non par manque d'innovation mais par un manque de certaines expertises dans la chaîne de développement du produit notamment dans les étapes d'industrialisation, ou de développement clinique. Face à ce constat, nous avons décidé de créer ce fonds pour contribuer plus en amont au codéveloppement de ces sociétés. Quelles formes vont prendre ces investissements ? V.S. : Il pourra s'agir de participation au capital, mais ce n'est pas cet élément qui nous différencie des investisseurs classiques. Nous voulons d'abord partager l'expertise R&D Pierre Fabre pour aider à mieux structurer les projets grâce à notre expérience de l'industrie, de la réglementation pharmaceutique, sur toute la chaîne de valeur du développement d'un produit. En fonction des sociétés et de leur business model, nous pourrons envisager un « first right to access » afin de conforter notre pipeline ou des droits prioritaires, si la société mène plusieurs programmes de recherche. Nous ne voulons pas mettre en place d'accord d'option exclusive qui pourrait freiner le financement ultérieur de la société. Quels types de projets ciblez-vous ? V.S. : Nous regardons les projets uniquement dans les domaines définis, autour de petites molécules ou d'entités biologiques. Nous regardons prioritairement les sociétés qui sont à environ 2 ans de la clinique. Notre objectif est de signer au moins un accord avant la fin de l'année. Puis d'accélérer en 2017, et de nouveau, l'année suivante. Nous allons cibler nos investissements d'abord en France, et en Europe, sans nous interdire les partenariats dans le reste du monde. À la mi-mai, nous avons déjà évalué 170 sociétés dont 50 % de France, 30 % en Europe et le reste aux États-Unis. Quels sont les montants que le fonds pourra investir ? V.S. : C'est assez difficile à évaluer dans la mesure où nous proposons du financement mais aussi de l'expertise. Nous pouvons participer à une levée de fonds de type amorçage ou série A. Nous n'écartons pas également la mise en place de partenariats stratégiques avec des fonds d'investissements. Nous sommes notamment en discussion avec des sociétés de capital-risque françaises et européennes.

Propos recueillis par Aurélie Dureuil

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