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Les défis du retour vers le futur

À Bruxelles, Julien Cottineau

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Le retour de la production chimique européenne au niveau du pic de 2007 est prévu. Mais pas tout de suite. « Nous n'en serons pas loin fin 2011, mais il arrivera courant 2012 », assure Alan Eastwood, économiste en chef de l'Association britannique des industries chimiques (CIA) qui a eu la charge de présenter la semaine dernière les perspectives dressées par le Cefic. L'organisation entrevoit une croissance de la production continentale de seulement 2,5 % en 2011. Soit quatre fois moins que le rebond de 10 % prévu cette année. Les reconstitutions des stocks et les plans de relance achevés en Europe ne contribueront plus au regain de la demande. L'industrie chimique devra se montrer d'autant plus compétitive que la demande sur son propre territoire n'a pas encore retrouvé ses niveaux d'avant crise et que les plans d'austérité se profilent en Europe. Heureusement, à l'extérieur de ses frontières, la chimie européenne respire mieux. Les échanges commerciaux extra-européens affichent un solde positif de 32 milliards d'euros sur les huit premiers mois 2010, soit 2,8 Mrds € de plus qu'à la même période l'an dernier. Sans surprise, les pays émergents et l'Asie ont considérablement revigoré les exportations chimiques européennes. Pour autant, certaines inquiétudes se profilent. Comme la fluctuation incertaine de l'euro, et surtout le retour des matières premières à des hauts niveaux de prix, pétrole en tête. Cette remontée des prix est un des contrecoups de la forte croissance de l'Asie. Contrairement aux Européens, les chimistes du Moyen-Orient, grâce à leur accès privilégié aux matières premières bon marché, et les acteurs nord-américains qui bénéficient de gaz meilleur marché (voir p. 2), se trouvent aujourd'hui moins menacés par des prix forts. Quant aux acteurs chinois, Alan Eastwood juge que leur véritable avantage réside « dans le fait d'avoir les marchés sur le seuil de leur porte ».

Pour contrer cette féroce compétition internationale, Giorgio Squinzi, président du Cefic, croit à « l'importance d'être innovant, de disposer d'une main-d'œuvre dotée des bonnes compétences, et de politiques qui soutiennent l'industrie via un cadre approprié ». D'un côté, la compétitivité passera par une mobilisation des industriels, en bonifiant les compétences de leurs salariés et de leur R&D afin de renforcer l'innovation. De l'autre, la compétitivité dépendra des politiques européennes. Giorgio Squinzi se montrera vigilant pour qu'elles n'ajoutent pas de « poids additionnel sur les épaules de l'industrie chimique ». La révision du système d'échange des quotas de CO2 (ETS) est clairement dans le collimateur. Le cas de la pétrochimie est notable. Il est déjà prévu que « 5 millions de tonnes de capacités disparaissent en Europe dans les cinq prochaines années », prévient Pierre de Kettenis, secrétaire général de l'Association des producteurs pétrochimiques en Europe (APPE). Ce qui concernera pour l'essentiel des petites unités vieillissantes. Mais si le prix de la tonne de carbone fixé par la directive ETS est trop élevé, les perspectives pourraient largement s'assombrir. Selon la base de calcul de l'APPE, à 30 € par tonne de CO2, 25 à 30 % des marges bénéficiaires des pétrochimistes en Europe devraient être grignotées. Au-delà, ce pourrait être une catastrophe. Déjà, le coût d'une tonne d'éthylène produite en Europe revient actuellement à 800 € contre seulement 300 € au Moyen-Orient. D'où l'importance pour l'UE d'éviter des régulations trop drastiques. Malgré ses efforts, l'industrie chimique européenne n'a donc pas toutes les cartes en mains.


 

 

« L'industrie chimique européenne n'a pas toutes les cartes en mains »

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