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Les bioproduits auront notre peau

Nadia Timizar

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Les bioproduits auront notre peau

Les micropointes s'introduisent sans douleur dans l'épiderme où elles se dissolvent pour délivrer l'antigène vaccinal (image prise au microscope à balayage électronique).

© © Blueacre Technology

Un système de délivrance transdermique semble répondre aux contraintes de formulation des médicaments biologiques.

Quelques-uns des fumeurs repentis ont soigné leur addiction en partie à l'aide de patch à la nicotine. Cela n'a rien d'innovant. Une des nouveautés dans le domaine des dispositifs transdermiques est d'origine japonaise, de la Faculté de pharmacie de Kyoto, et a fait l'objet du dépôt de cinq brevets dans le monde. C'est dire à quel point les chercheurs ont foi en leur découverte. Issue de la recherche publique, cette découverte est valorisée par la société BioSerenTach (créée en 2001). Et, pour en parler, quoi de mieux que de surfer sur une actualité : le "tsunami" H1N1. Les chercheurs japonais ont formulé un vaccin en patch. Pourtant, les tentatives des laboratoires pour affranchir les patients de piqûres ont été aussi nombreuses que décevantes. L'exemple des insulines inhalées est probant.

L'intérêt de fouler le terrain des vaccins est plus qu'évident, quand on sait qu'un nourrisson reçoit environ 11 à 13 injections les deux premières années de sa vie. Même si ces dernières années se sont illustrées par l'arrivée de vaccins multivalents (combinés), limitant le nombre de piqûres. La technologie de délivrance transdermique devrait épargner les enfants (et les grands), non seulement d'être exposés à un risque infectieux mais aussi de subir une piqûre pour s'en prémunir.

L'équipe du professeur Kanji Takada a mis au point un système d'administration de vaccin qui prend la forme d'un timbre transdermique. Il s'agit d'un disque de diamètre de 1,5 cm, couvert de 200 à 300 micro-aiguilles (diamètre à la base : 0,3 mm ; longueur : 0,5 mm). Ces aiguilles renferment le principe actif, un antigène vaccinal en l'occurrence. Elles sont constituées de polymères solubles, tels que le hyaluronate de sodium, le dextrane et l'albumine.

Bientôt un patch à l'insuline ?

Lorsque le timbre est appliqué sur la peau, les micro-aiguilles pénètrent dans l'épiderme, puis se dissolvent en quelques minutes, libérant ainsi le vaccin dans l'organisme. Trop courtes pour toucher le derme, les micro-aiguilles sont sans douleur. Le patch est particulièrement approprié pour des substances actives pour lesquelles la dose clinique est inférieure à un milligramme. Le dispositif améliorerait aussi la biodisponibilité. L'autre grand intérêt est d'avoir réussi à formuler des substances actives biologiques avec un tel dispositif.

Le système pourrait renfermer de l'insuline, des interférons (protéines qui stimulent le système immunitaire) ou de l'hormone de croissance. L'équipe du professeur Takada travaille sur d'autres moyens d'administration de substances actives. L'équipe a, par ailleurs, développé deux autres systèmes de délivrance. Le GI-MAPS (gastrointestinal mucoadhesive patch system) est un patch destiné à la muqueuse stomacale. Il est spécialement adapté aux glycoprotéines, comme l'érythropoïétine (EPO). Les microcapsules à triple couche permettent, quant à elles, un relargage prolongé. La couche de surface module le relargage. En sélectionnant les molécules qui composent cette couche de surface, la période de délivrance peut durer jusqu'à un mois. La preuve de concept a été faite sur l'EPO couplé au leuprolide ainsi que sur une héparine de bas poids moléculaire associée à du poly-caprolactone. La délivrance s'est déroulée sur dix jours.

Le procédé de fabrication de ces dispositifs couple des technologies issues des semi-conducteurs à celles des biotechnologies. Il se déroule à température ambiante, ce qui convient particulièrement aux bioproduits thermosensibles. La technologie convient également aux nouvelles générations de thérapeutiques comme les ADN dans les vaccins mais aussi les ARN interférents. La société japonaise s'adresse aux entreprises pharmaceutiques, avec lesquelles elle recherche des partenariats pour des essais cliniques. De son côté, la société irlandaise Blueacre Technology est spécialisée dans le micro-usinage au laser de pièces pour divers secteurs, comme les semi-conducteurs et l'électronique mais aussi les composants mécaniques et les dispositifs médicaux. Parmi lesquels un patch équivalent à la version japonaise. La société a mis au point des micro-aiguilles composées d'un polymère biodégradable, qui renferment à leurs pointes le médicament à délivrer. C'est le moule du dispositif, en tant que tel, qui est fabriqué avec des outils de micro découpe au laser.


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