Nous suivre Industrie Pharma

Les biomédicaments ont trouvé leur dynamique

Pour porter ses ambitions dans le secteur des biomédicaments, la région Centre-Val de Loire a su multiplier les initiatives dans le cadre d'une stratégie plurielle.

C'est une longue histoire, entre la région Centre-Val de Loire et les biotechnologies. Au début du XXe siècle déjà, elle abritait le plus grand centre vaccinal d'Europe. Désormais, elle consolide une dynamique solide autour des biomédicaments, ancrée sur plusieurs niveaux. « D'une part, la dynamique biomédicaments repose sur le concours de l'État, notamment via les Investissements d'avenir, développe Hervé Watier, à la tête du laboratoire d'excellence MAbImprove. D'autre part, il y a l'action de la région elle-même, qui a par exemple préparé la stratégie 3S (Smart specialisation strategy) dans le cadre des initiatives phares de la stratégie de croissance européenne « Europe 2020 », permettant à terme le fléchage de financements européens. » Autre témoin de son ambition, la région Centre-Val de Loire a défini un Domaine potentiel de spécialisation (DPS) « Biotechnologies et services appliqués à la santé et la cosmétique », parmi les cinq qu'elle compte. Ce DPS est piloté par Patrick Hibon de Frohen, par ailleurs vice-président exécutif de l'Institut des métiers et des technologies pour les industries pharmaceutiques et cosmétiques (groupe IMT) et vice-président du cluster Polepharma. « 70 % des médicaments obtenant une AMM aujourd'hui sont des biomédicaments, rappelle-t-il. Il faut permettre à la région de se développer dans le cadre de ces produits ! »

En 2001 déjà, le Groupement de recherche CNRS « Immuno-ciblage des tumeurs » fut l'un des premiers réseaux nationaux au sein desquels pouvaient se retrouver les équipes travaillant sur les anticorps thérapeutiques. La création en janvier 2009 du groupement de recherche CNRS « Anticorps et ciblage thérapeutique » (GDR ACCITH) a suivi. Dès ses débuts, le GDR comptait déjà une soixantaine d'équipes réparties dans l'Hexagone, sous la conduite d'Hervé Watier. Il a débouché sur la création du Laboratoire d'Excellence MAbImprove, labellisé en 2011, qui s'appuie aujourd'hui sur le site tourangeau ainsi que le site montpelliérain. Très prochainement, une nouvelle structure au service des biotechnologies verra le jour dans la région : le Bio3 Institute (lire "Biocube", voir encadré), qui viendra appuyer et compléter l'expertise du LabEx MabImprove. En effet, le projet est non seulement voué à assurer la formation (initiale, continue et via l'apprentissage) de travailleurs dans les domaines de la bioproduction, du biocontrôle et de l'analyse, du réglementaire dans le secteur des biotechnologies ; mais dotera également la région d'un plateau technique conséquent afin de répondre aux besoins des industriels, notamment des start-up. La première pierre du bâtiment a été posée le 21 avril 2015. Patrick Hibon de Frohen (IMT), à sa tête, explique : « Le Bio3 Institute s'inscrit dans la prolongation de MAbImprove en termes de besoins. » Le projet est en totale adéquation avec « une étude menée dans le cadre de l'Agence régionale pour l'innovation (ARITT Centre) en 2014, qui a pour objectif de définir les futurs besoins en formation de l'industrie de la pharmacie dans la région, nous apprend-il. Il fallait pouvoir accompagner les industriels dans la transformation de leur outil industriel actuel. » « Le paysage change et l'arrivée des biomédicaments a créé une situation qui a obligé à se poser la question de l'avenir et de la diversification de nos entreprises », résume Hervé Watier. Le constat est partagé par Xavier Monjanel, directeur général des Laboratoires Chemineau, également président du Groupement régional des établissements pharmaceutiques industriels du Centre (Grépic) et vice-président de Polepharma : « La région Centre-Val de Loire se prête au développement des biomédicaments car c'est une terre légitime de savoir-faire pharmaceutique avec une forte implantation d'usines de production. Pour favoriser ce virage vers les biotechnologies, la Comue (Communauté d'universités et établissements du Centre-Val de Loire) a notamment travaillé sur deux projets : le LabEx MAbImprove et l'implantation d'outils visant à former les techniciens dans le domaine des biotechnologies. La construction du Bio3 Institute est la suite logique de cette démarche. » Pour permettre la levée de fonds privés nécessaire au financement d'une partie du projet Bio3 Institute, une fondation partenariale a été créée : la fondation Philippe-Maupas, dont Xavier Monjanel a pris la présidence (voir encadré). « Les industriels pharmaceutiques de la région Centre-Val de Loire se sont mobilisés pour permettre la construction du Bio3 Institute et pour que la dynamique du biomédicament s'installe dans la région et attire start-up et capitaux », ajoute-t-il. Le laboratoire d'excellence MAbImprove et le Bio3 Institute se complètent. Outre la dynamique qu'ils impulsent, il était également nécessaire de « passer d'une dynamique de site à une dynamique plus régionale », décrypte Hervé Watier. C'est ainsi qu'a été créé le programme Biomédicaments, initié début 2014 et dont il est le coordinateur. Ce programme soutient cinq projets actuellement en cours de développement (voir encadré). « C'est un bel exemple d'articulation entre Investissements d'avenir et politique territoriale », note Hervé Watier.

En résumé, une savante combinaison d'initiatives porte la dynamique biomédicaments dans la région. « La tâche est ample, constate Hervé Watier. Il nous faut jouer sur plusieurs tableaux. » Dans l'ensemble, l'avenir semble augurer de perspectives assez positives. « Ce serait encore mieux si la politique des établissements pouvait être plus engagée dans le sens de cette spécialisation, mais beaucoup de voyants sont actuellement au vert », conclut-il.

UNE FONDATION AUX CÔTÉS DU BIO3 INSTITUTE

La Fondation Philippe-Maupas a été créée le 20 juin 2013. Xavier Monjanel, directeur général des Laboratoires Chemineau, en est le président. « Le projet du Bio3 Institute est financé par l'État, la Région, le Département, la Communauté d'agglomération de Tours et par une partie d'argent privé. Il s'agit d'une demande de l'État qu'au moins 10 % du financement soient issus d'une source privée », détaille Xavier Monjanel. Cette somme sera donc levée par la Fondation d'ici juin 2016. Celle-ci compte déjà parmi ses membres fondateurs, des laboratoires pharmaceutiques et équipementiers de la région, ainsi que les porteurs du projet : le groupe IMT, la Chambre de commerce et d'industrie de Touraine, l'Université François-Rabelais de Tours et les groupements et clusters régionaux (le Grépic, Polepharma et la Cosmetic Valley). En outre, la fondation Philippe-Maupas a aussi pour objectifs la création d'un think-tank Health care and well-being et la participation à l'organisation d'événements et à la mise en réseau de différents acteurs travaillant sur les thématiques des biomédicaments. « Une antenne tourangelle de Polepharma a été créée et confiée à Sophie Ehrhardt, chargée de mission Innovation et Biomédi-caments de Polepharma. Des rencontres entre académiques et industriels ainsi que des conférences sur l'état de l'art de la recherche sur les biomédicaments ont déjà été organisées », renseigne Xavier Monjanel.

UN PROGRAMME QUI PORTE LES AMBITIONS DE LA RÉGION

C'est en réponse à l'appel à manifestation d'intérêt Ambition recherche et développement 2020 (ARD 2020) que le programme « Biomédicaments » lancé par la région Centre-Val de Loire a été conçu en 2012. Les académiques du secteur Biologie-Santé de la région se sont rassemblés autour de ce programme, qui engage également l'IMT, le cluster Polepharma et le Studium, dans la suite des Investissements d'avenir. L'objectif imposé par la région : que les équipes de recherche s'emploient à développer de l'activité économique autour des biomédicaments de demain. Par ailleurs, il est escompté que le secteur pharmaceutique profite également du dynamisme qui se crée pour s'investir sur le sujet. Le programme bénéficie d'un financement de 7 millions d'euros de 2014 à 2016. Les cinq projets issus du programme qui ont été sélectionnés portent sur des sujets variés. Quatre sont des projets de biologie connectés au déploiement d'une activité économique, le cinquième est un projet de sciences humaines et sociales. Le cluster Polepharma a une mission de connexion en vue de provoquer des coopérations et de promouvoir les compétences régionales en matière de biotech et d'innovation santé. « Si le programme est couronné de succès, nous pourrons le prolonger de trois années supplémentaires », précise Hervé Watier.

Bienvenue !

Vous êtes inscrit à la news Industrie Pharma

Nous vous recommandons

Transformation digitale : Des solutions qui s'imposent

Transformation digitale : Des solutions qui s'imposent

Avec le confinement et le développement du travail à distance, la transformation numérique de l'industrie n'a jamais paru aussi pertinente. Et si la crise liée au Covid-19 accélérait[…]

La pharma se dévoile en chiffres clés

La pharma se dévoile en chiffres clés

La crise bouscule les habitudes

La crise bouscule les habitudes

Données : « Prioriser le retour sur investissement »

Données : « Prioriser le retour sur investissement »

Plus d'articles