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Les acteurs français guettent les signes de reprise

Propos recueillis par Sylvie Latieule

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LE SICOS EN BREF

Le Sicos ou Syndicat de l'industrie chimique organique de synthèse et de la biochimie a été créé, il y a plus de 85 ans, par des entreprises spécialisées dans la chimie organique de synthèse. Ce syndicat est aujourd'hui organisé en cinq sections : produits chimiques à usage pharmaceutique, colorants, biochimie, caoutchoucs et élastomères et solvants oxygénés. Sa vocation est de défendre les intérêts collectifs de ses adhérents, au nombre de 72, de les représenter au sein de commissions spécialisées de l'UIC (syndicat professionnel de toute l'industrie chimique en France), dans des discussions auprès des pouvoirs publics, voire auprès du grand public. Pierre Beaugrand, directeur général d'Axyntis, vient d'être réélu pour un deuxième mandat à la présidence du syndicat. Il est épaulé par Jean-Michel Duffieux, directeur des opérations de Chimex, et Vincent Touraille, directeur général de PCAS. Le syndicat a approuvé la nomination de Catherine Lequime, en tant que déléguée générale. Elle remplace Henri Vacher, loué pour « son travail remarquable » à la tête de l'organisation, qui a choisi de faire valoir ses droits à la retraite.

Les acteurs français guettent les signes  de reprise

PIERRE BEAUGRAND VIENT D'ÊTRE RÉÉLU À LA TÊTE DU SICOS.

© © Axyntis

En décalage avec le reste de l'industrie chimique, la chimie fine en France ne redémarre que mollement. La profession a néanmoins mis à profit les mois de crise pour optimiser ses coûts de production et réorienter sa R&D dans le sens du développement durable. Détails avec Pierre Beaugrand, président du Sicos.

Industrie Pharma : En France, la chimie fine pharmaceutique est fédérée au sein d'un organisme professionnel, le Sicos. En tant que président, quelle vision avez-vous de l'année 2010, après une année 2009 exécrable pour l'ensemble de l'industrie chimique en France ?

Pierre Beaugrand : L'année 2010 n'est pas vraiment une année de reprise pour les acteurs de la chimie fine en France. C'est une année que je qualifierai d'inégale, de molle et d'aléatoire, même si elle sera bien meilleure que 2009. La profession avait chuté de 15 à 20 % l'an passé. Le redémarrage observé d'une part n'est pas franc et d'autre part il n'est pas à la hauteur des volumes perdus. Comme par le passé nous continuons d'observer un décalage de 6 à 8 mois entre l'évolution de la production en chimie de base et en chimie fine. Ainsi la chimie à gros volume qui avait été touchée par la crise économique dès la fin 2008 a commencé à montrer des signes positifs à la mi-2009. De son côté, la chimie fine a été touchée plus tard par la crise. En revanche, en mars de cette année, nous attendions encore des signes positifs. Heureusement, ils ont fini par arriver et les mois de juin et juillet semblent un peu meilleurs que ce que nous avons connu jusqu'à présent.

I.P. : Est-ce que des pans de la chimie fine pharmaceutique s'en tirent mieux que d'autres ?

P.B. : Il n'y a pas de règle. Certains acteurs de la chimie fine redémarrent, d'autres pas. Le domaine de la production de principes actifs pour les médicaments princeps a souffert pendant la crise de l'arrêt de nombreux contrats de sous-traitance. Face à la baisse des volumes liée à des phénomènes de déstockage, des donneurs d'ordre ont choisi de rapatrier des productions en interne pour faire tourner leurs propres usines. Maintenant que la production repart et que les stocks se reconstituent, certains contrats de sous-traitance ont redémarré, mais d'autres ont été abandonnés. Dans le domaine des génériques, il n'y a pas davantage de règles. Certaines productions de génériques repartent, d'autres restent touchées par la crise. Mais à mesure que les mois passent les signes d'améliorations sont de plus en plus nombreux, même s'ils restent globalement de faible intensité.

I.P. : Que représente la chimie fine pharmaceutique pour un pays comme la France ?

P.B. : Entre la production d'intermédiaires et de principes actifs, la chimie fine pharmaceutique en France représente entre 10 et 12 000 emplois directs. Il est difficile d'évaluer précisément le poids de cette profession, car une partie de la production reste captive au sein de grands groupes pharmaceutiques. Néanmoins nous estimons le chiffre d'affaires global entre 1,5 et 2 milliards d'euros par an. C'est un secteur qui a tendance à s'éroder en France, tant au niveau de son chiffre d'affaires que de ses effectifs, principalement en raison des plans de maîtrise des coûts de santé dans les pays développés, en particulier en Europe. En revanche, si l'on raisonne au niveau mondial, la profession se porte bien avec un taux de croissance annuel de 4 à 5 %. Cette croissance est, bien entendu, tirée par les pays émergents, en particulier la Chine et l'Inde, qui inondent le marché mondial avec des produits à bas coûts.

I.P. : Justement, la chimie fine pharmaceutique en Europe souffre-t-elle toujours de la concurrence des productions asiatiques ?

P.B. : Le mouvement s'est beaucoup ralenti car les donneurs d'ordre occidentaux ont rencontré des problèmes de qualité. Par ailleurs, les coûts de productions ont beaucoup augmenté en Inde et en Chine. Les clients occidentaux se montrent désormais plus réservés.

I.P. : En France, l'industrie chimique de commodités et de spécialités fait souvent état de sa difficulté à rester compétitive au plan européen, a fortiori mondial ? Qu'en est-il de la chimie fine pharmaceutique ?

P.B. : Comparée aux autres acteurs occidentaux, la chimie fine française est une industrie compétitive. Elle se situe en bonne position au niveau des prix et elle bénéficie d'une image historique d'industrie expérimentée. L'explication vient du fait que la plupart des usines qui tournent sur le territoire français, en particulier celles de PCAS, Minakem, Novasep ou Axyntis, sont des usines ayant appartenu à des groupes pharmaceutiques français et qui ont été vendues à des sous-traitants. Ce mouvement de cessions d'usines a été très fort au cours des 10 à 20 dernières années. Il est aujourd'hui quasiment achevé, mais il a fourni une expérience unique aux acteurs de la chimie fine en France. Expérience qui est d'ailleurs reconnue par les grands laboratoires internationaux que sont Pfizer, Merck, Lilly ou encore GlaxoSmithKline.

I.P. : Il n'y a donc plus de sites à vendre sur le territoire français ?

P.B. : La cession de sites de matières actives appartenant à des laboratoires pharmaceutiques français est pratiquement achevée. Le dernier dossier en date est celui de la vente de Synkem à ICIG, car dans le cadre du rachat de la pharmacie de Solvay, le groupe Abbott n'avait pas souhaité poursuivre la production de matière active. Par contre, il y a d'autres situations que celles de désinvestissements de grands laboratoires, et donc cela ne signifie pas qu'il n'y a plus de dossiers qui circulent en France et même en Europe. Mais il se trouve que le marché est au plus bas et les valeurs d'entreprises s'en ressentent. Les vendeurs n'arrivent pas à se résoudre à céder leurs sites aux prix actuels du marché.

I.P. : Il est vrai qu'hormis la cession d'Isochem et de Synkem, la chimie fine française pouvait donner l'impression d'un certain immobilisme...

P.B. : S'il n'y a rien qui se passe de façon visible, en coulisse il y a beaucoup de dossiers qui tournent et pas uniquement en France. Mais tant qu'ils n'aboutissent pas, on n'en parle pas.

I.P. : De même, malgré la crise, on a peu entendu parler de restructurations et de fermetures de capacités dans la chimie fine ? Quelle est votre explication ?

P.B. : En chimie de commodités, on évalue les capacités de production, la demande, et s'il y a un trop grand décalage entre les deux, on ferme des sites. En chimie fine, on cherche à tout prix à préserver les outils de production. D'une part parce que l'on pense qu'il y aura une après-crise. Et d'autre part parce que les outils sont polyvalents. On peut à la fois faire tourner des unités à faible capacité et relocaliser les effectifs d'une ligne à l'autre, en fonction des besoins. Les entreprises ont toutefois mis en place des mesures d'économies avec une réduction des dépenses au niveau des achats, une baisse des investissements ou une baisse temporaire des effectifs par le non-renouvellement de contrats d'intérim ou par le non-remplacement de départs naturels. Hormis quelques sociétés, comme Clariant, Calaire ou PCAS, les plans sociaux sont restés rares dans la chimie fine.

I.P. : L'an dernier, lors d'un précédent entretien, vous évoquiez l'innovation comme une voie possible pour traverser la crise. Quels sont les domaines les plus porteurs ?

P.B. : Par le passé, les sociétés ont beaucoup travaillé sur l'amélioration de leur chimie et le développement de nouvelles voies de synthèse. Aujourd'hui, elles réorientent leur R&D vers des segments plus porteurs qui vont dans le sens du développement durable. On peut citer le domaine de la chimie du végétal qui est particulièrement actif avec l'Association chimie du végétal.

Il y a beaucoup de travaux autour de la mise au point de solvants du futur, dans la continuité du programme européen Solvsafe. De nouveaux catalyseurs voient le jour en particulier en catalyse homogène et enzymatique. Et les sociétés commencent à s'intéresser de plus près aux technologies de production, par exemple à la microréaction. Les premières applications pourraient voir le jour d'ici 2 à 3 ans.

I.P. : Pour finir, quels sont aujourd'hui les grands sujets de préoccupations de votre profession ?

P.B. : Nous sommes toujours engagés dans un lobbying auprès de Bruxelles, pour essayer d'obtenir une modification des textes qui imposerait un audit systématique, par des autorités indépendantes, de tous les sites de production de matières actives, implantés en dehors des frontières de l'Europe.

Par ailleurs, nous militons farouchement pour la généralisation d'un étiquetage des boîtes de médicaments qui stipulerait le pays de provenance de la matière active dans un souci de transparence.

La chimie fine et les industriels de la pharmacie sont unanimes pour ce qui est de la nécessité de mettre en place des audits de tous les sites de production à travers le monde. A l'encontre, la question de l'étiquetage est plus controversée, notamment du côté des génériqueurs. Mais nous continuerons notre combat.

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