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Leem : « L'usine du futur constitue un véritable enjeu pour nous »

Leem : « L'usine du futur constitue un véritable enjeu pour nous »

Les industriels du médicament ont déjà opéré des changements.

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Alors que les initiatives se multiplient autour de l'usine du futur, les Entreprises du médicament (Leem) réfléchissent à l'évolution de la production pharmaceutique en France. Pascal Le Guyader, directeur des Affaires générales, industrielles et sociales, et Arnaud Chouteau, directeur Emploi et Formation, détaillent la position du Leem.

Industrie Pharma Magazine : Comment imaginez-vous l'usine du futur dans le domaine de l'industrie pharmaceutique ?

Pascal Le Guyader : Nous avons mené une étude sur le médicament en 2030 dont les résultats seront présentés à l'automne. Le rôle du Leem est d'identifier les nouvelles technologies de médicaments. Nous regardons notamment comment la e-santé va être intégrée dans les sites de production, comment traiter la donnée individuelle du patient, la traduire et l'appliquer dans nos usines. Demain, on peut imaginer que les informations personnelles du patient seront directement envoyées sur la chaîne de production pour la fabrication d'une dose. Il faudra ensuite la chaîne logistique pour lui délivrer ce médicament personnalisé. Nous parlons de médecine du futur, plutôt que d'usine du futur. Nos industriels regardent comment on peut intégrer ces évolutions. Soyons prêts à fabriquer les produits pour dans 10 ans.

 

Concrètement quelles évolutions sont nécessaires sur les sites de production ?

Arnaud Chouteau : L'usine du futur sera une usine plus intégrée, avec, par exemple, des liens anticipés avec la R&D. La question de l'industrialisation des produits sera de plus en plus anticipée. Les questions posées seront globalisées : par exemple, comment utiliser les big data. Il faudra avoir la capacité de récolter des données, via notamment de nouvelles applications, de les stocker en toute sécurité mais aussi d'avoir la capacité d'analyser l'ensemble. Il va falloir réussir à gérer ces données et à les analyser. Cela va nécessiter des compétences multiples pour interpréter ces procédés et faire le lien avec la production, puis faire évoluer la chaîne logistique pour délivrer le produit sur mesure au patient.

 

Aujourd'hui, quelles sont les évolutions déjà en cours dans les usines ?

A.C. : Nous avons pu constater dans les usines des développements d'un certain nombre de métiers, notamment concernant la coordination de l'amélioration continue ou les procédés. Les usines doivent être toujours plus opérationnelles, toujours plus rentables... Il faut créer les conditions pour être les plus efficaces en production. Des efforts sont faits pour gérer et optimiser les lignes de production. Il y a aussi la digitalisation et l'impact du numérique sur les usines. Il y a déjà des chaînes de production en partie automatisées avec des analyses des données faites plus automatiquement.

 

Comment appréhendez-vous ce thème de l'usine du futur au sein du Leem ?

P.L.G. : L'usine du futur constitue un véritable enjeu pour nous. Nous partons d'un constat qui nous inquiète avec une problématique sur la production. En France, nous avons une surcapacité essentiellement sur des formes sèches et des molécules anciennes. Il faut réussir à attirer les nouvelles molécules, qu'elles soient d'origine biologique mais aussi d'origine chimique. Sinon nous ne pourrons pas maintenir les 43 000 emplois en production d'aujourd'hui. Pour ces nouvelles molécules, il faut de la compétitivité et de l'attractivité. Or une étude de Roland Berger réalisée pour le Leem montre que l'Allemagne et le Royaume-Uni sont très largement en avance pour capter les molécules du futur œndlr : cette étude a répertorié 130 nouvelles molécules autorisées en Europe en 2012-2014. Seules 8 seront produites en France, contre 32 en Allemagne et 28 au Royaume-Uniæ.

 

Comment les industries françaises du médicament se préparent-elles à capter ces volumes de production ?

P.L.G. : Si nous n'avons pas les facteurs d'attractivité et de compétitivité, nous ne pourrons pas rivaliser. C'est un ensemble. Ce n'est pas lié uniquement à l'industrie du futur. En France, il y a de l'investissement pour innover dans les usines. Nos concurrents ont des taux salariaux qui sont moindres. Ça ne suffit pas de se préparer à innover dans les usines, il faut prendre en compte le contexte global de l'attractivité. C'est ça notre actualité. Citons l'exemple du Sovaldi. C'est un médicament innovant, mais c'est un comprimé de forme sèche. Ce n'est pas une production innovante, nos sites sont en capacité de le produire et pourtant, il n'est pas fabriqué en France.

 

Parmi les thèmes de l'industrie pharmaceutique du futur, vous citez la bioproduction. Où en est la France dans ce domaine ?

P.L.G. : Sur la bioproduction, nous ne sommes pas forcément en retard. Servier est en train de construire une chaîne de production sur son site de Gidy œndlr : une ligne pilote qui devrait être opérationnelle en 2019, Loiretæ. Sanofi a déjà investi. L'objectif est d'être en capacité de répondre à la demande.

 

A.C. : La bioproduction est un mode de production du médicament qui se développe. De même, les biotechnologies évoluent et se développent. On parle de technologies génétiques, tissulaires, de nanotechnologies... Le panel des technologies utilisées va être extrêmement large.

 

Vous publiez en octobre un rapport sur les métiers de la bioproduction. Quels sont les besoins identifiés ?

A.C. : Les métiers vont évoluer. La multidisciplinarité va être au centre des évolutions. Pour la bioproduction, on va avoir besoin de biophysiciens, d'ingénieurs des matériaux... Cela va nécessiter des compétences multiples en biologie, en chimie mais aussi en informatique, en mathématiques. Il faudra pouvoir interpréter les données collectées (big data) et faire le lien avec la production. Il y aura notamment des métiers pour la gestion des big data, avec les compétences pour l'analyse de ces données. Il y aura aussi des métiers pour la transition et le stockage de ces big data. En R&D, il faudra anticiper le plus en amont le procédé et savoir comment passer en industrialisation dès les phases de R&D. En effet, lorsqu'on parle de procédés et d'industrialisation d'innovations thérapeutiques autour du biomédicament, il faut des compétences intégrées en génie des matériaux, en biophysique... Des métiers sont en cours de création. Et pour l'usine du futur, il y a des métiers qui sont transverses entre la bioproduction et la production autour de molécules chimiques. C'est le cas des coordinateurs d'amélioration continue ou de Lean manufacturing. Et il y aura également un impact sur d'autres métiers liés à la production. Notamment la chaîne de distribution. Il faudra faire parvenir aux patients ces biomédicaments en respectant les réglementations et les conditions spécifiques de transports de ces biomédicaments.

 

Avec ce constat sur les nouveaux métiers de l'industrie du futur, quelles actions sont engagées par le Leem ?

A.C. : Nous travaillons à la fois sur la formation initiale et la formation continue. Début octobre, nous présenterons et publierons une étude dénommée « plan compétences biotech et innovations santé à l'horizon 2020 ». Il s'agit de discuter avec des industriels, des universités de pharmacie et des écoles des évolutions de parcours de formation nécessaires, comment notamment avoir cette multidisciplinarité. Nous sommes en contact direct avec les facultés de pharmacie pour faire évoluer les parcours existants et analyser les compétences nouvelles. De même pour la formation continue, avec le concours direct de Mab Design, nous allons travailler avec les organismes pour faire évoluer l'offre accessible aux salariés du secteur.

 

P.L.G : L'objectif est d'établir des conventions avec les universités aussi bien pour la formation initiale que continue afin de voir comment adapter les formations existantes.

 

En France, plusieurs initiatives concernent l'usine du futur, notamment l'Alliance pour l'industrie du futur. Faites-vous partie de cette organisation ?

P.L.G. : Pour le moment, nos problématiques sont un peu éloignées. Nous nous voyons dans des groupes de travail, mais tout le monde est en train d'étudier la question. Nous avons effectué un rapprochement avec la chimie et la chimie verte. Nous savons que le médicament du futur comportera aussi de la mécanique. Nous devons voir comment allier cette mécanique à la molécule chimique ou biologique. Tant que nous n'avons pas défini comment le médicament va évoluer demain, il est compliqué d'avoir une traduction en production.

 

A.C. : Nous sommes assez éloignés en matière de process, de taille d'usine. Nos points communs sont que nous anticipons aussi une montée en compétences de l'ensemble des collaborateurs, une augmentation de l'automatisation et de la réduction des risques. Néanmoins, les sites pharmaceutiques ne sont pas des usines automobiles.

 

Quand on parle de digitalisation, cela concerne également la manière de prendre le médicament, mais aussi les éléments de conditionnement comme les notices. Peut-on attendre des innovations dans ce domaine ?

P.L.G. : Aujourd'hui, on pourrait imaginer de ne pas mettre une notice dans chaque boîte de médicament. Le patient pourrait regarder sur son smartphone ou sa montre. Pour le moment, la réglementation est très figée sur ce point. Parfois, nous sommes ainsi bloqués par la réglementation. C'est le cas par exemple pour indiquer le lieu de fabrication sur la boîte de médicament. Nous avions l'appui du gouvernement français, mais la réglementation européenne l'interdit. Par exemple, dans le domaine du big data, il nous aura fallu 10 ans pour obtenir l'ouverture des bases de données. Pour la digitalisation dans la santé, il y aura des choses que nous ne pourrons pas mettre en oeuvre, alors que la technologie nous le permettrait. Il faut, bien sûr, être certain que ces développements d'outils digitaux ne se fassent pas au détriment de la sécurité sanitaire. Mais globalement, la réglementation n'évolue pas assez vite, et surtout pas au même niveau que les technologies.

L'INDUSTRIE PHARMACEUTIQUE EN FRANCE

Acteurs : 252 entreprises du médicament et 450 entreprises de biotechnologies Effectifs de production : 42 696, fin 2014 (98 810 personnes pour les entreprises du médicament, fin 2014) Chiffre d'affaires de l'industrie pharmaceutique : 53,23 Mrds € en 2015, dont 25,4 Mrds € d'exportations

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