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Le Sativex débarque en Europe

Nadia Timizar

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Le cannabis jugé thérapeutique depuis 1985 par la FDA

Déjà en 1985, la FDA approuvait la commercialisation de deux médicaments dérivés du cannabis. D'un côté, la nabilone (Cesamet) est indiquée pour les traitements des nausées et des vomissements liés à la chimiothérapie. D'un autre côté, le dronabinol (Marinol) est indiqué dans le traitement des mêmes symptômes liés à la chimiothérapie, ainsi que pour stimuler l'appétit chez les malades du sida. Les recherches pharmaceutiques ont permis de montrer qu'il est possible d'annuler l'effet psycho actif tout en préservant l'intégralité des effets thérapeutiques. De nombreux états autorisent l'usage du cannabis thérapeutique : Suisse, Belgique, Australie, Canada, Pays-Bas, Grande-Bretagne, Nouvelle-Zélande, Espagne, ou encore certains états américains (Californie, Arizona, Alaska, Hawaï, Maine, Nevada, Oregon, Washington).

Le Sativex débarque en Europe

Les composés actifs du Sativex sont extraits de plantes de Marijuana cultivées secrètement en Grande-Bretagne.

© GW Pharmaceuticals

Alors qu'ils s'époumonent à nous convaincre des bienfaits du cannabis, les adeptes de la plante médicinale ne sont jamais pris au sérieux. Cette fois, la biomédecine s'en mêle. Les autorités de santé britannique et espagnole sont sur le point d'autoriser le Sativex.

Autant refréner d'entrée d'éventuels sursauts "baba-cool" : il ne s'agit pas là de décrire les effets psychotropes d'une plante médicinale connue de longue date. Il ne s'agit pas là non plus d'envoyer sur orbite des patients atteints de cancers ou d'autres maladies graves. Et de les laisser flotter dans les hauteurs de l'ivresse cannabique... En réalité, ce sont ses effets collatéraux très "terre à terre" qui intéressent les biologistes : antiémétique, stimulant de l'appétit, régulateur du poids, de la balance énergétique et de la glycémie. Les effets biologiques du cannabis sont nombreux. Ils œuvrent dans ce que les biologistes appellent le système endocannabinoïde. Depuis peu, ce sont des effets neuroprotecteurs qui ont été identifiés. Les laboratoires pharmaceutiques se sont penchés sur ce système. S'il est vrai que tout le monde garde en tête l'échec cinglant de l'Acomplia (rimonabant), les laboratoires ne renoncent pas pour autant. Ce traitement qui ciblait un récepteur aux cannabinoïdes était censé faire perdre quelques kilos à des obèses mais il les a conduits au suicide (ou exposés à un risque accru de dépression sévère). En mars dernier, les gouvernements britannique et espagnol ont indiqué leur décision imminente d'autoriser la commercialisation d'un autre médicament dérivé du cannabis, le Sativex, indiqué dans le traitement des spasmes provoqués par la sclérose en plaques. Développé par la firme britannique GW Pharmaceuticals, Sativex présente des résultats cliniques satisfaisants. Les dernières négociations du laboratoire avec les états européens portent sur des points de clarification sur la notice. Ce spray administré sous la langue sera commercialisé par Bayer en Grande-Bretagne et et par Almirall, en Espagne, au deuxième semestre 2010. Ce médicament combine deux molécules pour une meilleure action sur le système endocannabinoïde. Explications.

Félicité et bonheur

Les hommes secrètent naturellement un composé très similaire au tétrahydrocannabinol (THC), contenu dans la plante : l'arachidonoyl éthanolamide ou l'anandamide. Ce mot est dérivé d'un mot Sanskrit « ânanda » qui signifie bonheur ou félicité. C'était également le prénom du cousin et l'un des principaux disciples du Bouddha. Tout s'explique. L'anandamide et le THC, tous deux agonistes partiels, se fixent préférentiellement au récepteur aux cannabinoïdes de type 1 (CB1) présent dans le cerveau. Tandis que le cannabidiol (CBD), un phytocannabinoïde, présent dans la formulation du Sativex, agit peu sur le CB1 mais présente une forte affinité avec les récepteurs de type 2 (CB2), situés en périphérie dans les tissus lymphoïdes. Le CBD stimule également des récepteurs de la douleur, les nocicepteurs vanilloïdes. Cette découverte affine les approches susceptibles de répondre à des problématiques de douleur, de contrôle de l'inflammation et d'immunomodulation. En combinant le THC avec le CBD et des huiles essentielles extraites de cannabis, le Sativex offre des effets antioxydants neuroprotecteurs. La combinaison thérapeutique inhibe l'excitoxicité (ou la destruction des neurones) relayée par le NMDA (un neuromédiateur) dans le cadre d'un traumatisme crânien, de rupture d'anévrisme, et de maladies dégénératives.

Le produit britannique réduit les spasmes des patients atteints de sclérose en plaques, qui ne répondent pas aux traitements disponibles. Sativex est déjà autorisé au Canada depuis 2005 dans le traitement des douleurs cancéreuses et des douleurs des scléroses neuropathiques, sous conditions (Health Canada's Notice of Compliance). D'autres essais cliniques sont en cours sur ces indications et d'autres. Dernier essai en date : un lancement de phase III dans le traitement de la douleur liée aux cancers. Les patients sont traités en raison d'un échec d'un soulagement de leurs douleurs avec des dérivés opioïdes. Cet essai est co-conduit par GW et son partenaire sur le produit aux États-Unis, le Japonais Otsuka Pharmaceutical. La douleur cancéreuse est la première indication ciblée par le laboratoire aux États-Unis, où quelques états ont déjà légalisé l'usage du cannabis dans le traitement des douleurs cancéreuses. Sativex a longtemps plané au-dessus du marché européen. Depuis 2003, le produit cherche sa légitimité thérapeutique surtout réglementaire. Le produit est extrait de plantes de marijuana secrètement cultivées en Grande-Bretagne.

 

 

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