Nous suivre Industrie Pharma

Le LFB change de statut et prend son envol

Sujets relatifs :

Producteur de médicaments dérivés du sang, le LFB (Laboratoire français de fractionnement et des biotechnologies) change de statut et devient une société anonyme. Christian Béchon, son président depuis début 2006, lève le voile sur les développements que cela va autoriser.
CPH: Le LFB change de statut pour devenir une SA. Qu'est-ce que cela va apporter? Christian Béchon: Le statut de GIP (Groupement d'intérêt public) était devenu un frein au développement du LFB. Avec ce nouveau statut de société anonyme (SA) à capitaux majoritairement publics, nous avons désormais la possibilité de nouer des partenariats, réaliser des opérations financières, vendre et acheter des titres. Bref, gagner en souplesse financière pour faire tout ce qu'une société pharmaceutique classique peut faire. Mais il est important de souligner que nous restons une entreprise publique, c'est-à-dire que la part de l'État dans le LFB ne pourra pas passer en dessous des 51 %. Quels sont les axes de développement du LFB? Nous voyons notre essor selon trois axes: le développement de nos produits actuels, l'entrée dans une phase de fort développement pour les biotechnologies et l'internationalisation. Traditionnellement, notre portefeuille de produits se compose de trois gammes. La première, l'hémostase (les facteurs de coagulation), représente environ 30 % de nos ventes en France. Ces produits concernent plus précisément le traitement des hémophiles A (facteur VIII), des hémophiles B (facteur IX), de la maladie de Willebrand ou encore des déficits en facteurs rares comme le facteur XI. Nous avons aussi une activité dans l'anesthésie/réanimation, pour le traitement des grands brûlés et des hémorragies de la délivrance, qui représente 25 % de nos ventes. Enfin, la gamme « Immunologie », qui couvre les 40 % restants. À elles seules, les immunoglobulines (IG) représenteront probablement 60 % de notre activité plasmatique dans cinq ans. Et ce, pour deux raisons: les maladies auto-immunes, comme le syndrome de Guillain-Barré ou la sclérose en plaques, progressent dans nos pays, et les personnes ayant besoin de traitements de substitution, en raison de déficiences immunitaires (par exemple lors de cancers, ndlr) sont aujourd'hui mieux diagnostiquées. Au-delà de cette évolution du marché, nous voulons faire évoluer notre portefeuille, en intégrant les produits d'origine biotechnologique. Nous pensons en effet qu'il existe de nombreuses synergies entre les biotechnologies et les molécules plasmatiques et que le gap pour nous est moins grand que pour les sociétés de chimie fine qui se mettent aux biotechnologies. Ce travail passe par un effort de recherche important? Tout à fait. Nous consacrons aujourd'hui 12 % de notre chiffre d'affaires à la R&D. Ce chiffre passera à 20 % (soit plus de 48 millions d'euros) dans les deux à trois prochaines années. Cette accélération sera consacrée aux biotechnologies, avec une focalisation sur les anticorps monoclonaux. Dans ce domaine, nous avons en début de phase I d'essais cliniques une immunoglobuline anti-D (pour prévenir la maladie hémolytique du nouveau né, ndlr) et un anticorps anti-CD20 dans les leucémies et les cancers lymphatiques. Nous n'abandonnons pas pour autant les molécules plasmatiques et nous menons en parallèle des projets de recherche pour améliorer leur sécurisation et valider de nouvelles indications. Entendez-vous pour cela nouer des partenariats? Nous cherchons effectivement des partenariats, par exemple dans l'ingénierie moléculaire. En effet, l'une des difficultés majeures de la biologie réside dans la compréhension des mécanismes biologiques des molécules, mais aussi leur éventuelle toxicité. Il faut aussi se fonder sur de solides connaissances en physiopathologie. Un autre sujet de recherche est la lutte contre le risque d'attrition, c'est-à-dire de manque d'efficacité des molécules issues des biotechnologies. Un problème que l'on peut parfois résoudre en associant plusieurs molécules. Avec le statut de SA, tous ces travaux peuvent désormais bénéficier de partenariats plus structurés.
Tous ces projets nécessitent aussi des investissements?
Nous avons aujourd'hui deux sites de production, un aux Ulis (Essonne), qui emploie 400 personnes et un à Lille, de 500 personnes avec un site de R&D dédié aux biotechnologies. Sur ce dernier, nous avons prévu un investissement de 50 millions d'euros sur trois ans, dans les produits plasmatiques et les immunoglobulines. Plus globalement, nous prévoyons un plan d'investissements d'environ 100 millions d'euros sur cinq ans, pour suivre l'évolution de la demande. Enfin, nous voulons développer un centre sur les bioprocédés à Toulouse. Mais ceci est encore fonction des contacts et partenariats qui pourront être noués localement.
Et qu'en est-il de l'internationalisation?
Si nous sommes déjà présents à l'étranger, au Maroc, au Brésil, en Belgique et au Luxembourg, notre nouveau statut va nous permettre la création de filiales, dans un premier temps de distribution et pourquoi pas de production. Les discussions ont déjà commencé avec certains pays, en particulier en Amérique latine et au Moyen-Orient. Mais l'installation de sites dans un pays dépend de nombreux facteurs. Il faut en effet que le volume justifie l'implantation. Mais il faut aussi que la collecte du plasma, organisée par l'État au niveau national, respecte des critères de qualité et d'éthique. Enfin, il faut s'assurer de la formation des médecins avant de mettre ces produits particuliers sur le marché.
Propos recueillis par Gwénaëlle Deboutte.

Bienvenue !

Vous êtes inscrit à la news Industrie Pharma

Nous vous recommandons

Les Philippines poursuivent Sanofi pour le Dengvaxia

Les Philippines poursuivent Sanofi pour le Dengvaxia

Le gouvernement philippin a annoncé, le 1er mars, son intention d'engager des poursuites contre des responsables de Sanofi Pasteur pour « négligence grave ayant entraîné la mort » concernant le[…]

Nouvelles recommandations de l'ANSM pour les médicaments à base d'argile

Nouvelles recommandations de l'ANSM pour les médicaments à base d'argile

Scott Gottlieb, le n°1 de la FDA démissionne

Scott Gottlieb, le n°1 de la FDA démissionne

Le Leem liste des mesures pour des médicaments prioritaires

Le Leem liste des mesures pour des médicaments prioritaires

Plus d'articles