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Le Leem se penche sur les fake news

Mathilde Lemarchand

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Le Leem se penche sur les fake news

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Après plus d'un an de pandémie, le Leem fait le point sur le phénomène des fake news en santé, aux côtés notamment de différents acteurs de la chaîne du médicament. De quoi mieux comprendre leur émergence et leur diffusion, pour mieux enrayer leurs conséquences sanitaires et épidémiologiques mais également économiques.

Comment éviter les fake news en santé ? C'est à cette question et dans un contexte de crise sanitaire particulièrement propice à la diffusion d'informations erronées concernant la santé et les médicaments que le Laboratoire Médicament et Société (Lab M&S), une instance du Leem regroupant associations d'usagers du système de santé, professionnels de santé et entreprises du médicament, a voulu répondre.

Après s'être penché pendant plus d'un an sur le phénomène, le Lab M&S a ainsi tenu un colloque baptisé « Les fake news nuisent gravement à votre santé ». L'occasion de faire le point sur ce phénomène et de faire émerger des solutions. Depuis plus d'un an, la pandémie de Covid-19 s'est en effet couplée à ce que le directeur de l'OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus, a qualifié dès le mois de mars 2020 d'infodémie, comme l'a rappelé en introduction Thomas Borel, le directeur Recherche, innovation, santé publique et engagement sociétal du Leem.

La pandémie a en effet été l'occasion de voir fleurir bon nombre de désinformations et de mésinformations dans le domaine de la santé, en particulier sur Internet, allant jusqu'à des théories complotistes. Un essor dont les conséquences peuvent se révéler dramatiques.

« Avec les fake news en santé, il existe des enjeux de mésusage ou d'arrêt de traitements, mais également un enjeu de confiance vaccinale. Elles peuvent également entraîner des dérives sectaires et une certaine méfiance envers l'ensemble des acteurs de la chaîne du médicament », souligne Thomas Borel.

 

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Thomas Borel, le directeur Recherche, innovation, santé publique et engagement sociétal du Leem.
 

Un marché de l'information favorable aux fake news

« Les "fake" concernent tous les domaines, celui de la santé n'est pas épargné, parce qu'il concerne tout le monde », précise Gérald Bronner, professeur de sociologie à l'université de Paris. Cependant, d'autres leviers peuvent expliquer l'apparition de fake news, comme le précise Caroline Faillet, la dirigeante d'Opinion Act, un cabinet de veille en stratégie d'influence. « Il existe quatre types de motivations pour émettre des fake news : financières, idéologiques, psychologiques, ce qu'on appelle familièrement les trolls, et la peur », ajoute-t-elle.

Et pour se répandre, ces fake news ont un terrain de jeu tout trouvé : Internet, et plus particulièrement, les réseaux sociaux. « On a produit plus d'informations depuis la création d'Internet au début des années 2000, que depuis l'invention de l'imprimerie par Gutenberg. Ces deux dernières années, nous avons produit 90 % de l'information disponible sur cette terre », chiffre Gérald Bronner. Une production massive d'informations qui a, selon le sociologue, conduit à une dérégulation du marché de l'information et constitue aujourd'hui un « défi civilisationnel ».

Et cette dérégulation est le plus souvent favorable aux groupes minoritaires : « Prenons les « antivax », par exemple : avant Internet, leur argumentation était beaucoup moins visible et moins audible qu'aujourd'hui. Sur Internet et sur les réseaux sociaux, toutes les théories se valent et sont en concurrence », déplore le sociologue. Autre constat, les fake news se diffusent plus vite que les informations vérifiées sur Internet. « Un article de la revue Science a démontré que, sur Twitter, les fausses informations se diffusent en moyenne six fois plus vite que les informations vérifiées, et elles sont généralement mieux mémorisées. »

Enfin, les fake news bénéficient, à leur avantage, du « fonctionnement ordinaire de notre cerveau », en particulier dans le domaine de la santé. « Nous somme hypersensibles aux coûts plutôt qu'aux bénéfices, nous oublions facilement les bénéfices. Pour compenser un euro de coût, il faut 2,50 euros de bénéfices », illustre Gérald Bronner. Une asymétrie intellectuelle, une fois de plus, à l'avantage des fake news.

Une industrie tenue au silence par la loi

Un constat amer partagé par Catherine Raynaud, directrice des Affaires publiques de Pfizer, pour qui, « l'industrie pharmaceutique est en ligne de mire, d'autant plus que la défiance envers cette industrie était déjà forte, même avant la pandémie. » Avec des conséquences directes qui se font sentir sur les mesures de santé publique.

« En mars 2020, un Français sur deux disait ne pas vouloir se faire vacciner contre le coronavirus », rappelle-t-elle. Face à cette défiance et aux fausses informations, l'industrie pharmaceutique se trouve dans une impasse légale. « Pour regagner la confiance du grand public, nous aurions envie de répondre, nous avons une responsabilité en termes de bon usage des médicaments », rappelle Catherine Raynaud, avant de déplorer : « Mais dans un cadre légal, nous ne disposons pas de l'autorisation pour parler au grand public de nos produits, car cela est considéré comme de la publicité. Ce sont les autorités sanitaires qui représentent les garde-fous et les garants de la sécurité pour les médicaments de l'industrie pharmaceutique. »

 

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Catherine Raynaud, directrice des Affaires publiques de Pfizer.

 

Structurer, vulgariser et éduquer

Mais alors comment lutter contre la propagation de ces fake news ? Pour Anne-Sophie Joly, la présidente du CNAO (Collectif national des associations d'obèses), la solution viendra peut-être des sociétés savantes ou des instances étatiques : « Il est nécessaire de diffuser l'information scientifique en faisant de la pédagogie et de la vulgarisation. Pour ce faire, pourquoi pas une structure étatique ou un organe visible, pour les professionnels de santé, les journalistes et le grand public. Je pense également à la Miviludes (Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires) ou à une plateforme d'alerte des fake news. La santé doit être un vrai sujet politique. »

Une préconisation largement partagée par le Lab M&S du Leem qui suggère, par exemple, de créer un observatoire français des fake news en santé, ou encore d'attribuer des moyens supplémentaires à la Miviludes. L'organe du Leem met également le doigt sur la question de la vulgarisation des données scientifiques, jugée « capitale », et celle de l'éducation, en prônant comme mesure phare la question de la formation des étudiants en santé.

« Les professionnels de santé doivent saisir chaque occasion pour sortir les gens du complotisme », indique Anthony Mascle, étudiant en pharmacie et conseiller au Ceser (Conseil économique social et environnemental régional) de Nouvelle-Aquitaine. Des outils qui seront sans nul doute nécessaires face à ce « défi civilisationnel » des fake news.

LES CINQ RECOMMANDATIONS DU COLLOQUE

  • Concevoir et promouvoir une culture grand public du médicament, pour prévenir les fake news sur le médicament
  • Doter les professionnels de santé d'outils pour lutter contre les fake news sur le médicament
  • Structurer une politique nationale de lutte contre les fake news en santé
  • Faciliter le fact-checking ou journalisme de vérification, en particulier des faits relatifs au médicament
  • Améliorer la qualité des outils de signalement des fake news utilisés par les opérateurs de plateformes numériques et les informations sur le médicament

 

LES FAKE NEWS, UN IMPACT ÉCONOMIQUE NON NÉGLIGEABLE

Si les fake news peuvent avoir des conséquences épidémiologiques et sanitaires, leur impact au niveau économique est loin d'être négligeable. « Parmi les émetteurs de fake news, il y a les professionnels du business de l'intox qui vont vivre des revenus publicitaires générés par la monétisation de l'audience apportée par les fake news. Les réseaux sociaux, et notamment le modèle économique des plateformes numériques, se fondent sur la vente de publicités contre des données », indique Caroline Faillet.

Anne-Sophie Joly, la présidente du CNAO, partage cet état de fait : « Dans le cas du traitement de l'obésité, pourtant reconnue comme une maladie par l'OMS depuis 1997, des fake news sont très souvent répandues dans le but de vendre des régimes ou des pilules miracles pour maigrir. Nous le constatons avec le CNAO, l'intérêt financier est un moteur important de diffusion de fake news, on est sur du chiffre d'affaires. »

Et ce marché des fake news peut s'avérer très juteux. Une étude de 2019, menée par l'économiste Roberto Cavazos de l'université de Baltimore, révèle justement que l'impact économique de ces fausses informations pourrait se chiffrer à 78 milliards de dollars par an, dont neuf milliards de dollars à cause de la désinformation en matière de santé.

 

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