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Le Leem réfléchit aux besoins d'une industrie émergente

Sylvie Latieule

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4 questions à Brigitte Lindet directrice adjointe en charge de la formation à l'École Nationale Supérieure de Technologie des Biomolécules de Bordeaux (ENSTBB)

Pouvez-vous présenter l'ENSTBB ?

L'ENSTBB est une école d'ingénieur publique, spécialisée dans le domaine des biotechnologies et de la bioproduction. Elle a été créée en 1994 sur la base d'une étude de marché qui anticipait une pénurie d'ingénieurs pour les années à venir. Aujourd'hui les promotions accueillent 45 élèves, mais nous n'observons pas une explosion des besoins de cadres. C'est un secteur d'activité qui embauche, mais les besoins sont assez bien couverts par les formations existantes. En revanche, on observe une forte pénurie de main d'œuvre sur des niveaux techniciens bac+2, bac+3. Nous recevons souvent des appels d'entreprises à la recherche de techniciens spécialisés en biotech. Mais nous n'offrons pas ce type de formation.

Est-ce que cela signifie que vos étudiants éprouvent des difficultés à entrer dans la vie active ?

Ils n'éprouvent pas de difficultés car la majorité d'entre eux partent démarrer leur carrière l'étranger. Les sociétés étrangères ont une dé marche proactive. Ils viennent les recruter jusque dans nos locaux. Les sociétés françaises ont plus de difficulté à faire confiance aux jeunes diplômés. Elles préfèrent embaucher des personnes avec 2 à 5 ans d'expérience. De leur côté, les start-up ne leur proposent pas toujours un premier poste avec un statut de cadre. Au bout deux ou trois ans, on constate toutefois qu'un grand nombre de nos diplômés reviennent poursuivre leur carrière en France.

Qu'est-ce qui fait la spécificité de l'ENSTBB ?

Nous proposons une formation d'ingénieur complète, avec une place pour les sciences de l'ingénieur, mais également pour les sciences humaines, sociales et économiques. Un ingénieur doit à la fois savoir gérer des projets et de l'humain. Nous accordons également de l'importance au développement personnel et au projet professionnel. Pour cela nous faisons appel à un cabinet de recrutement. Par ailleurs, notre formation évolue en fonction des besoins de l'industrie des biotech. Il y a trois ans nous avons identifié un besoin autour du cycle de vie du médicament. Pour cela nous avons monté un module avec un maître de conférence spécialisé et des industriels. Un autre besoin est apparu dans le domaine des statistiques où notre enseignement n'était pas assez approfondi. Nous l'avons entièrement remis à plat. Toujours sur les conseils d'industriels, nous avons renforcé notre enseignement en assurance qualité, notamment dans la maîtrise des BPF et des BPL.

Quelle place accordez-vous à l'industrie dans votre école ?

Les industriels sont présents à plusieurs niveaux. Le conseil de l'école est présidé par un industriel : Rémi Urbain du LFB. Ils participent au conseil de perfectionnement qui définit les programmes et les grandes orientations stratégiques. Ils collaborent à nos formations en tant que conférenciers. Nous avons également engagé un partenariat privilégié avec le laboratoire groupe Sanofi. Dans le cadre d'une opération baptisée Campus biotech, et qui a démarré en 2010, nous participons à la reconversion de cadres, ou de personnes en processus de cadration, de la chimie vers les biotech. Il s'agit d'une formation diplômante d'une année, qui passe par des validations d'acquis et le suivi de modules aux côtés de nos étudiants. Cette année, nous avons formé 5 personnes âgées de 28 à 42 ans en provenance de Vitry, Neuville-sur-Saône et Sisteron.

Le Leem réfléchit aux besoins  d'une industrie émergente

L'ENSTBB FORME DES INGÉNIEURS DANS LE DOMAINE DES BIOTECHNOLOGIES ET DE LA BIOPRODUCTION.

© © ENSTBB

L'industrie des biotechnologies n'est pas en phase d'explosion du point de vue de ses effectifs. Il n'en demeure pas moins qu'elle requière des connaissances et compétences spécifiques pour soutenir son développement

En 2005, le Leem publiait une première étude prospective sur les métiers et l'emploi dans les entreprises du médicament, définissant les besoins spécifiques en compétences, notamment pour le domaine des biotechnologies, pour les 5 ans à venir. En cette fin de premier semestre 2011, le syndicat de l'industrie pharmaceutique prépare une nouvelle feuille de route quinquennale. Emmanuelle Garassino, directeur adjoint des affaires sociales, industrielles et de la formation, au Leem, nous en donne la primeur. Avec un premier constat : les grandes tendances, observées en 2005, restent d'actualité. Le secteur des biotech emploie un peu plus de 21 000 salariés sur le territoire français (contre 20 000 personnes en 2005). 60 % d'entre eux travaillent toujours dans de grandes entreprises, principalement dans le domaine des vaccins (Sanofi Pasteur, Glaxo SmithKline... ). 40% exercent leur profession dans des PME. Ces PME étaient axées au départ sur la R&D, mais à mesure que leurs recherches avancent, certaines commencent à exercer des activités de production pour la préparation de lots cliniques, à l'instar de la société Transgene qui dispose de petites installations de bioproduction dans la périphérie de Strasbourg. En conséquence, les enjeux en matière d'emploi se situent moins dans l'évolution du nombre de salariés que dans l'évolution des métiers.

En France, Emmanuelle Garassino constate que l'offre en matière de formation scientifique initiale reste solide. « Nous avons un très bon niveau de formation universitaire et de longue date, en particulier dans le domaine de la santé », confirme la directrice adjointe des affaires sociales, industrielles et de la formation, du Leem. Elle observe toutefois des reculs dans certains domaines, comme la culture cellulaire dont l'enseignement a été allégé, ainsi qu'en toxicologie et en immunotoxicologie. A contrario d'autres domaines comme les biostatistiques ou la galénique moléculaire sont en train de se renforcer. Néanmoins, les formations initiales continuent d'être trop « tubulaires ». On forme des médecins, biologistes ou pharmaciens, là où l'on aurait besoin de compétences croisées. « Un docteur en biologie devrait avoir une des notions de pharmacologie ou d'assurance qualité », observe Emmanuelle Garassino. « C'est le chantier le moins abouti de ces cinq dernières années, mais c'était aussi le plus compliqué à réaliser », a-elle ajouté. Une initiative est cependant en cours avec la mise en place par Valérie Pécresse, Ministre de la recherche et de l'enseignement supérieur, de plateformes de recherche et formation en sciences du vivant et de la santé (ou « pôles d'excellence ») pour répondre aux besoins de formation en compétences multiples. « Bien identifiées sur le territoire, offrant de multiples formations, orientées sur l'international et travaillant en réseau avec d'autres établissements de formation, ces plateformes sont situées à proximité des zones industrielles et des pôles de compétitivité pour faciliter les liens avec les entreprises », avait expliqué le Leem en 2010, à l'occasion de la publication du rapport à Valérie Pécresse du Professeur bordelais Manuel Tunon de Lara, Président de l'Université Bordeaux Segalen, qui en préconisait à l'époque leur création. Mais en dehors des grands cursus universitaires, une offre surabondante de formations initiales de tous niveaux subsiste. Le Leem qui en avait dénombré environ 500 en 2005 a travaillé avec le ministère de l'éducation nationale et les universités à la mise en place du site « Formations Biotech » (www.formations-biotech.org). Grâce à l'élaboration d'une charte d'évaluation, ce site permet de recenser des formations et de les évaluer à travers un système de notation élaboré. « C'est un site qui n'est pas assez connu, ni utilisé, en dépit de ses nombreuses fonctionnalités. Notre ambition est de la redynamiser », confie Emmanuelle Garassino.

Quoi qu'il en soit dans ce domaine des biotech, la connaissance initiale, en particulier scientifique, ne suffit pas. « Les PME requièrent d'autres compétences transverses qui ne sont souvent pas acquises pendant la formation initiale », explique Emmanuelle Garassino. Les dirigeants de start-up, souvent issus du monde académique, n'acquièrent pas encore au cours de leur formation initiale les capacités à diriger leurs équipes et à réaliser des business plan. Elle souligne également de fortes lacunes en matière de gestion de projets. « C'est une compétence très particulière que peu d'universités ou d'écoles apportent dans leurs cursus », ajoute-t-elle. La maîtrise de l'anglais reste un point capital, notamment lorsqu'il s'agit de lever des fonds auprès d'investisseurs internationaux. Enfin, le Leem a pu détecter des besoins forts dans le domaine de la connaissance du cycle de vie des médicaments, de l'assurance qualité et des affaires réglementaires. Pour combler certaines de ces lacunes, le syndicat a mis en place dès 2005 des formations appropriées en collaboration avec l'Opca/C2P. L'Opca ou Organisme Paritaire Collecteur Agréé a pour mission de collecter et de gérer des contributions dues par les entreprises au titre de la formation professionnelle. C2P est l'Opca des branches chimie/pétrole/pharmacie. Le Leem a apporté sa contribution en matière de définition des besoins et de montage des formations par le biais d'organismes spécialisés, par exemple HEC ou l'IFG pour des modules relatifs à l'acquisition de compétences managériales. « Nous offrons un travail consolidé comprenant une analyse des besoins, le lancement d'appels d'offres, le choix des organismes, le suivi des stages, la recherche de solutions de financement, notamment via l'Opca. Cette mutualisation permet aux entreprises de gagner du temps et de réduire leurs coûts de formation », estime la directrice adjointe. Ces programmes de formations élaborés par le Leem visent principalement les PME, même si les grandes entreprises n'en sont pas exclues. Depuis 2005, six formations différentes ont pu être mises sur pied, pour un total de 200 salariés formés chaque année. A noter que ces formations s'ajoutent aux initiatives proposées par les pôles de compétitivité comme Medicen ou Lyon Biopôle.

Sur la période 2011-2015, de nouvelles formations devraient voir le jour, fruits d'une nouvelle réflexion engagée dans le cadre de l'observatoire paritaire des métiers des entreprises du médicament sur les besoins des entreprises de biotechnologie santé. « La propriété industrielle est un enjeu fort pour la compétitivité des entreprises », explique Emmanuelle Garassino. Des stages sont prévus sur ce sujet en 2012. D'autres besoins ont été identifiés au niveau de l'acquisition de compétences dans la mise en place de contrats de consortium en recherche, ou de la maîtrise des nouvelles technologies de production, en particulier dans le domaine de la filtration. L'objectif reste de former 200 salariés par an. L'emploi et la formation reste des sujets stratégiques pour le Leem. A travers eux, c'est aussi l'enjeu de l'attractivité de la France en matière de biomédicaments qui se joue.

 

« Notre formation évolue en fonction des besoins de l'industrie des biotech », (ENSTBB).

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