Nous suivre Industrie Pharma

Le générique, un mal passager

Sujets relatifs :

, ,
Le générique, un mal passager

Sylvie Latieule Rédactrice en chef

S'il ne faut retenir qu'une chose des bilans de l'industrie pharmaceutique mondiale, c'est l'effet générique. Sur l'exercice 2011, le numéro un mondial Pfizer a amorcé un plongeon sans précédent avec le début de pertes de brevets sur son médicament le plus vendu au monde, le Lipitor (atorvastatine). Cette pépite, qui lui rapportait plus de 10 milliards de dollars de chiffre d'affaires, a vu ses ventes plonger de 42 % aux États-Unis au quatrième trimestre, alors que son brevet n'a expiré qu'en novembre. Et le scénario ne manquera pas de s'amplifier au plan mondial, à mesure de la montée en puissance de versions génériques. Sur 2012, le chiffre d'affaires global de Pfizer risque de tomber aux alentours de 60 Mrds $, contre un peu plus de 67 Mrds $ en 2011.

Mauvaise passe également en 2011 pour Sanofi qui exploite l'antiagrégant plaquettaire Plavix (clopidogrel). Encore un médicament à 7 Mrds $ qui est en train de perdre son monopole. Son partenaire américain BMS fera face au problème, courant 2012. Et pour Sanofi, ce n'est pas la seule menace, puisque le Français perd aussi la protection d'Avapro (irbesartan). Autre illustration avec Lilly qui a fait face à la perte d'exclusivité de son antipsychotique vedette Zyprexa (olanzapine), fin 2011. Ses ventes de 4,6 Mrds $ en 2011 sont appelées à s'effondrer.

Tour à tour, tous les grands groupes pharmaceutiques finiront par faire les frais d'expirations de brevets. Expirations qui ne constitueraient pas un problème si, à J+1, les génériqueurs n'inondaient pas le marché de leurs copies à bas prix ! Merck, qui a bien redressé la barre en 2011, va assister à partir de la mi-2012 à l'expiration aux États-Unis du brevet de l'antiasthmatique Singulair (montelukast). Un médicament de 5,5 Mrds $ de chiffre d'affaires qui est son premier produit. Novartis appréhende tout autant 2012 avec une perte de brevet de son hypertenseur Diovan (valsartan) qui a engrangé des ventes de 5,7 Mrds $ en 2011. Quant aux grands produits pharmaceutiques qui connaîtront à leur tour la dégringolade, ils s'appellent Seretide (fluticasone et salmétérol), l'anti-asthmatique de GlaxoSmithKline à plus de 8 Mrds $, Seroquel (quetiapine fumarate, 6,7 Mrds $), l'antidépresseur d'AstraZeneca ou son anti-acide Nexium (ésoméprazole, 4,4 Mrds $).

En réalité, ces pertes brutales de chiffres d'affaires ne seront que de courte durée car le blockbuster est une espèce en voie de disparition. Sur 2011-2012, Sanofi explique qu'il va affronter une « falaise de brevets », qui sera la pire de toutes les Big pharma de la planète, alors qu'au-delà, son horizon s'éclaircit. Quant au cabinet IMS Health, il estime que tous les grands brevets expireront d'ici à 2015. Au-delà, on s'apprête à rentrer dans une ère bipolaire faite de génériques et de médecine ciblée avec des molécules majoritairement issues des biotechnologies. Ces molécules seront plus difficiles à copier. Leurs biosimilaires (on ne parle plus de génériques) devront faire la preuve de leur bioéquivalence, en repassant notamment par des phases cliniques. Les grands laboratoires pourront enfin souffler.


 

Tous les grands brevets expireront d'ici à 2015.

 

Bienvenue !

Vous êtes inscrit à la news Industrie Pharma

Nous vous recommandons

[Edito Covid-19] : Ce que nous dit la pénurie de curare

[Edito Covid-19] : Ce que nous dit la pénurie de curare

Beaucoup d'entre nous associent le curare à cette drogue utilisée par les chasseurs d'Amazonie pour enduire les flèches de leurs sarbacanes et tuer leurs gibiers. Cette pratique ancestrale avait fini par donner[…]

Edito : La subtile stratégie de Sanofi

Edito : La subtile stratégie de Sanofi

Edito : Bad buzz pour le Zolgensma de Novartis

Edito : Bad buzz pour le Zolgensma de Novartis

Edito : La data entre menaces et opportunités

Edito : La data entre menaces et opportunités

Plus d'articles