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Le dépositaire, acteur clé de la sécurité des flux de produits de santé

Florence Martinache

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Le dépositaire, acteur clé de la sécurité des flux de produits de santé

Un entrepôt de Movianto, logisticien spécialisé dans les produits de santé.

© © Movianto GmbH

ENTRE LABORATOIRE ET PATIENTS, LA PROFESSION DES DÉPOSITAIRES A ORGANISÉ UN COLLOQUE POUR RAPPELER SON RÔLE DANS LA CHAÎNE LOGISTIQUE.

Le 12 janvier, LOGSanté (anciennement Chambre syndicale nationale des dépositaires de produits pharmaceutiques (CSNDPP)) organisait un colloque sur le thème « Sécuriser les flux des produits de santé ». La problématique de la sécurité de la chaîne de distribution des médicaments a été abordée lors de deux tables rondes réunissant des représentants de l'industrie, des pouvoirs publics, des pharmaciens hospitaliers et d'officine, et bien sûr, des dépositaires.

Lors d'une première discussion, les intervenants ont rappelé le rôle des dépositaires et mis en avant les changements qui se sont opérés dans leur activité sous l'impulsion des industriels pharmaceutiques. « Les laboratoires nous ont confié de plus en plus de tâches », souligne ainsi Marc Bertrand, modérateur de la table ronde et directeur général des opérations de santé de GEODIS, spécialiste mondial de la chaîne logistique.

Une affirmation appuyée par Christian Lajoux, président du Leem et de la Fefis (Fédération française des industries de santé). Pour lui, ce maillon de la chaîne du médicament n'est « plus de la logistique », elle « devient dorénavant une phase très stratégique, ce qui n'a pas toujours été le cas dans le domaine du médicament ». En plus des flux physiques de produits, les acteurs de cette chaîne ont à gérer « des flux d'informations ».

La politique de santé du gouvernement pourrait également élargir le champ d'action des dépositaires. « Les regroupements d'hôpitaux déjà effectifs ou à venir nécessitent une réflexion car il existe une vraie problématique de stockage dans les hôpitaux ou à proximité. Dans ce contexte-là, les dépositaires offrent une alternative possible », propose Bernard Gustin, chef de service du pôle Pharmacie au CHR Metz-Thionville. « Je fais partie de ceux qui militent pour que les hôpitaux soient autorisés à passer des appels d'offre auprès des dépositaires », insiste le pharmacien.

Le rôle des dépositaires change ainsi de périmètre de compétences, mais il va en plus devoir changer de périmètre géographique. Car dans l'industrie pharmaceutique, « les décisions sont de moins en moins prises au niveau national, donc si la distribution continue à avoir un tropisme fortement national, elle sera rapidement déconnectée des décisions européennes ou internationales prises dans l'ensemble des industries de santé », s'inquiète Christian Lajoux.

Un constat confirmé par Stéphane Baudry, président d'Eurotranspharma, transporteur français dédié aux produits de santé. « La distribution est en train d'évoluer au niveau européen avec non pas des distributeurs sur chaque pays mais plutôt des centres de distribution européens, les EDC », explique-t-il. Ces centres émergeant depuis quelques années « vont permettre de baisser le coût de la distribution », d'après le président.

 

Des avancées dans la lutte contre la contrefaçon

 

La deuxième table ronde a été l'occasion de se pencher sur le problème de la falsification. Directeur de la formation à l'Institut de formation contre la contrefaçon des médicaments, association indépendante créée à l'initiative de Sanofi, Wilfrid Roge dresse un panorama éloquent de la situation à cet égard. Les chiffres de l'OMS sont alarmants : 5 % de médicaments falsifiés en Grande-Bretagne, 30% en Afrique, 30% en Amérique Latine. Wilfrid Roge les qualifie d' « un peu exagérés » et rappelle que les seuls « chiffres dont nous disposons réellement sont ceux des saisies douanières ». Ainsi aux frontières européennes, 3,2 millions de produits médicaux ont été interceptés en 2010, alors que pour 2009 et 2008, les saisies s'élevaient respectivement à 7,4 et 8,8 millions (chiffres de la Commission européenne). Il rappelle par ailleurs que « le médicament contrefait ou falsifié peut tuer ». Une prérogative dont il ne se prive pas puisque 700 000 personnes meurent chaque année à cause de médicaments contrefaits contre la tuberculose et le paludisme (International Policy Network, 2009). Cette pratique n'a rien de récent, mais « là où on arrive à une nouveauté, c'est l'utilisation d'internet comme grand mode de diffusion de la contrefaçon aujourd'hui », explique Wilfrid Roge. Selon l'OMS, un médicament sur deux vendus serait un faux. L'explication de ce chiffre tient en un mot : rentabilité. « Selon une étude d'Interpol et de l'Organisation mondiale des douanes, si vous mettez 1 000 $ d'investissement, contrairement à l'héroïne ou la cocaïne qui vont vous rapporter 20 000 $, on est actuellement à une rentabilité de 200 000 à 450 000 $ pour le médicament ... ». Le formateur tempère cependant son propos avec les nombreuses initiatives prises aux niveaux national, européen et mondial pour lutter contre ce fléau, « nous avançons énormément, le cadre normatif est très fort ». Alain-Michel Ceretti, conseiller santé auprès du Défenseur des droits, souligne pour sa part l'importance du remboursement des médicaments dans la lutte contre la contrefaçon : « il existe toujours un lien entre la qualité du remboursement et la présence ou pas de ces marchés parallèles ».

A travers ces multiples interventions, ce colloque rappelle que dans la chaîne d'approvisionnement du médicament, efficience économique et sécurité doivent aller de pair, chose qui ne peut se faire sans une forte collaboration entre les différents acteurs.

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