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Le combat des chefs

Sylvie Latieule
En lançant une offre d'achat de 47,8 milliards d'euros sur Aventis, Sanofi-Synthélabo, qui pèse 6,9 milliards d'euros de chiffre d'affaires, va peut-être donner le coup d'envoi de nouvelles vagues de fusions.
La reprise est en vue, les valorisations boursières sont attractives, les taux d'intérêt au plus bas. Si Sanofi-Synthélabo semble avoir bien choisi son moment, l'opération reste audacieuse car le Français s'attaque à un groupe de 14,7 milliards d'euros de CA : deux fois plus gros que lui. Mais dans ce genre de transaction, seule la capitalisation boursière compte. Et sur ce point, les deux groupes jouent dans la même catégorie. Jean-François Dehecq, p-dg de Sanofi-Synthélabo, a aussi fait preuve d'un certain culot en optant pour un raid hostile, plutôt que pour une prise de contact avec son homologue Igor Landau, prétextant qu'un arrangement à l'amiable prend du temps et « qu'il ne faut jamais laisser traîner les choses ». Compte tenu de la méthode employée et de l'offre jugée "pingre", Aventis l'a immédiatement rejetée. Il faut dire que Sanofi-Synthélabo ne propose aux actionnaires qu'une prime de 15,2 % sur le cours moyen du mois écoulé, qui tombe à 3,6 % si l'on se base sur le dernier cours. Différentes options de ripostes s'ouvrent aujourd'hui à Aventis, mais le marché spécule déjà sur un relèvement de l'offre et un arrangement à l'amiable. Aventis pourrait pourtant chercher l'appui d'un chevalier blanc, un groupe pharmaceutique comme Bristol-Myers Squibb, GlaxoSmithKline ou Lilly. Une idée qui serait difficile à faire passer, alors que le raid bénéficie déjà de la bienveillance du gouvernement français. « Nous avons besoin d'acteurs aussi puissants que possible » a déclaré le ministre de l'Economie et des Finances, Francis Mer. Une dernière option consisterait à lancer une contre-OPA sur Sanofi-Synthélabo. Mais, de toute évidence, Aventis n'a pas encore fini de digérer la fusion de Hoechst et de Rhône-Poulenc qui date de 1999. Tandis qu'un pacte d'actionnaires, liant Total et L'Oréal (43,9 % du capital), protège encore Sanofi-Synthélabo jusqu'en décembre. Alors, pour le moment, c'est un combat des chefs qui s'engage. D'un côté, Jean-François Dehecq est parti à la rencontre des analystes de la planète, s'appuyant sur une campagne de presse qui cherche à toucher leur sensibilité. L'un des visuels retenu montre la photo d'un enfant blond malade surmonté de la mention : « Nous refusons l'idée de ne pas trouver plus vite le médicament qui va guérir Louis ». De l'autre côté, Igor Landau brandit la menace de 10 000 à 12 000 suppressions d'emplois. Ce qui n'a pas manqué de susciter de l'émoi outre-Rhin, où Aventis emploie encore quelque 9 000 personnes. Par ailleurs, le patron d'Aventis ne se prive pas de révéler les vraies raisons de ce raid : les menaces qui pèsent sur l'antithrombotique Plavix aux Etats-Unis, la peur de faire l'objet d'une OPA à l'expiration du pacte d'actionnaires et la recherche d'une taille critique, notamment aux Etats-Unis et au Japon. Mais n'est-ce pas légitime qu'après trente ans de bons et loyaux services à la tête de Sanofi-Synthélabo, J.-F. Dehecq, 64 ans, cherche à pérenniser son groupe, en lui offrant une place de numéro trois mondial de la pharmacie ? Affaire à suivre... Sylvie Latieule

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