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Le « capital humain » en question dans l'industrie pharmaceutique

A Tours, Florence Martinache

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Le « capital humain » en question dans l'industrie pharmaceutique

© AstraZeneca

Réunis autour du thème du « capital humain », des acteurs de la production pharmaceutique ont mené une réflexion sur le rôle de cette ressource essentielle dans les choix stratégiques des entreprises.

La 7e édition des Printemps de la Production Pharmaceutique (PPP) s'est tenue le 5 avril 2012 à Tours sous le signe du « capital humain ». Une thématique déjà retenue pour la 6e édition qui, d'après les organisateurs et participants, méritait d'être davantage explorée. La manifestation, organisée conjointement par le groupe IMT, un institut de formation pour les industries pharmaceutiques et cosmétiques, et le Grepic (Groupement régional des établissements pharmaceutiques industriels du Centre) a regroupé environ 120 participants appartenant à quelque 55 entreprises et organisations diverses.

En marge des débats de la journée, Sébastien Aguettant, président de la commission des affaires industrielles du Leem et président de Delpharm, a ouvert le bal avec une conférence sur l'avenir de la production industrielle en France. L'enjeu majeur pour l'industrie pharmaceutique ces prochaines années réside selon lui dans « le maintien de l'industrialisation » par le biais de la conservation de la production en Europe. Sébastien Aguettant a ainsi proposé trois leviers d'intervention pour la protection de cette production. En premier lieu, tout mettre en œuvre pour conserver la fabrication des génériques car « si vous enlevez la production, vous asséchez la R&D, ce lien est largement démontré ». Autre enjeu important : la traçabilité pour mettre en valeur le lieu de production d'origine, notamment par la création de labels comme le label Europe porté par le Leem. Enfin, apporter du soutien aux PME en biotechnologies afin de leur faciliter le passage de la R&D à la production industrielle. A plus petite échelle, l'industriel s'est attaqué à l'organisation même des entreprises. Soulignant les particularités du secteur, notamment « la pression sur les coûts » exercée par l'État et les patients, le chef d'entreprise pense qu'un changement d'organisation de l'industrie s'impose pour composer avec ce contexte. « Cela fait 17 ans que je suis dans le secteur, les business models ont été changés dans les autres industries, mais dans la nôtre, je ne les vois pas beaucoup évoluer », déplore-t-il.

Pour opérer un tel changement, le « capital humain » doit nécessairement être pris en compte et peut constituer une force, s'il est bien géré. En guise d'introduction aux discussions, Xavier Monjanel, président du Grepic, interrogeait ainsi : « à la crise structurelle, annoncée depuis quelques années après l'arrivée des génériques, s'est ajoutée une crise de confiance des autorités de tutelle et, plus grave encore, du public. Une réponse possible n'est-elle pas de faire de son capital humain la force première de l'entreprise ? » Les enjeux de la valorisation du capital humain sont nombreux : donner confiance aux salariés dans la vision et les valeurs de leur entreprise, apporter plus d'égalité dans celle-ci, permettre l'introduction de techniques d'amélioration continue comme le Lean manufacturing... Autant de « leviers incontestables de performance mais qui dans tous les cas nécessitent une symbiose entre la direction et les personnes sur le terrain », selon Xavier Monjanel. Un point de vue étayé par les retours de terrain des six ateliers en groupes restreints qui se sont tenus l'après-midi. Notamment par l'un d'eux, centré sur la problématique « Et si l'amélioration de la performance de l'entreprise passait par la valorisation du capital humain ? ». Des initiatives prises par les responsables des ressources humaines ou les responsables de fabrication ont pu être de vrais moteurs de performance pour ceux-ci. Il en va ainsi des « audits flash internes » imaginés par Guillaume Deroudille, responsable production chez Flamel Technologies. Avec un audit flash par mois, les performances en termes de capacités et de temps de cycles du site ont considérablement été améliorées. Côté humain, le bénéfice est également visible puisque des opérateurs ont par exemple été identifiés pour passer chefs d'équipe. D'une manière générale, encourager les salariés à réfléchir eux-mêmes aux pistes d'amélioration de leur environnement de travail semble une démarche fertile et payante. A contrario, vouloir lancer le Lean manufacturing dans un contexte défavorable peut s'avérer désastreux et contre-productif. « Il faut faire un gros travail en amont avec les partenaires sociaux », s'accorde-t-on à dire lors de cet atelier. Le changement est en effet délicat dans une société. Une forte culture d'entreprise peut être un levier ou un frein à celui-ci, comme le démontrait Guillaume Clément, président France et Maghreb de Leo Pharma, dans une conférence dédiée. « Face à tout changement stratégique, il faut bien comprendre si ce changement va s'appuyer sur une force de cette culture ou pas, c'est cela qui déterminera si elle est un frein ou un levier ».

Une autre thématique a été particulièrement présente durant cette 7e édition des PPP : le transfert des savoir-faire critiques entre générations. Déplorant que la totalité du contrat en alternance ne soit que de 1,2% dans l'industrie pharmaceutique, Patrick Hibon de Frohen, directeur général du groupe IMT, conjure les industriels pharmaceutiques d'y remédier : « vous avez des compétences rares parmi vos seniors, ne les laissez pas partir sans qu'ils aient eu la possibilité de transmettre, favorisez la mixité seniors/juniors, apprentis/maître d'apprentissage. » Deux ateliers ont traité cette problématique intergénérationnelle. Il en est ressorti que « la génération Y [celle des personnes nées dans les années 80 et 90] pousse un peu les managers dans leurs retranchements », en cherchant un sens à tout, tout le temps. Malgré cela, avec de la patience et des outils adéquats comme le processus GPEC (Gestion prévisionnelle des emplois et des compétences), l'interaction peut être fructueuse.

Après deux éditions consacrées au capital humain, le thème est loin d'être épuisé, mais il ne sera sans doute pas au programme des 8e PPP qui se tiendront à Lyon. Le thème n'en est pas encore fixé, mais Patrick Bourdy, président du groupe IMT, a donné quelques pistes de réflexion. Cela pourrait être « l'usine de demain », « on pourrait même convier des architectes ».

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