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Laboratoire : Servier do Brasil au coeur de la stratégie du groupe

À Jacarepagua, Aurélie Dureuil

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Passer de 85 M€ à 200 M€ de chiffre d'affaires dans les 5 prochaines années : ce sont les ambitions affichées par le groupe français pour sa filiale brésilienne dont il détaille les leviers de croissance.

À 30 km au sud de Rio de Janeiro, le site de la filiale Servier do Brasil retient toute l'attention du nouveau président. Pour sa première visite à Jacarepagua dans cette nouvelle fonction, Olivier Laureau affiche ses ambitions pour cette filiale, la 9e plus importante chez Servier. Et d'abord de la faire entrer dans le «top 3» avec la Chine et la Russie à une échéance non précisée, dans une allocution devant les collaborateurs de la filiale. Si aujourd'hui, le Brésil arrive derrière la Russie et la Chine, respectivement 1ère et 3e au dernier exercice, d'ici à trois ans, la Chine prendrait la tête du classement devant la Russie, tandis que le Brésil arriverait à la 5e place après la France et l'Italie, selon Frédéric Sesini, vice-président Opérations internationales de Servier. Pour l'exercice 2013/2014, la filiale a réalisé un chiffre d'affaires de 85 millions d'euros en croissance de 18 %, se positionnant au 30e rang sur ce marché dominé par les génériques et à la 13e place du marché « des laboratoires de référence », selon Servier. L'objectif est de porter le chiffre d'affaires à 200 M€ dans les cinq prochaines années pour atteindre la 8e place du marché éthique, indique William Gaussens, directeur Amérique latine et Europe du Sud. Les effectifs devraient passer de 518 à 656 personnes dans les quatre ans, selon Christophe Sabathier, directeur général de Servier do Brasil. Cette montée en puissance, avec une présence sur le marché brésilien qui remonte à cinquante ans, repose sur plusieurs facteurs.

D'abord, le laboratoire français entend bien profiter du développement du pays. Ainsi, William Gaussens note « le potentiel d'évolution » des médicaments Servier actuellement sur le marché. Le laboratoire mise ainsi sur le développement du pays en matière de santé, et notamment de prise en charge des patients. « 34 millions de patients brésiliens sont hypertendus, 9 millions sont traités. 24 millions de patients sont diabétiques, moins de 3 millions sont traités », cite le laboratoire français. Des aires thérapeutiques dans lesquelles Servier se positionne avec ses produits existants. Aujourd'hui, une vingtaine de références sont distribuées sur le marché brésilien. Diamicron (diabète) est en tête avec 27 % des ventes de Servier do Brazil « et Diamicron 60 va booster les ventes », souligne Olivier Laureau. Arrive ensuite Daflon 500 (maladie veineuse) qui représente 25 % des ventes de la filiale. Le Brésil a par ailleurs été « le premier pays au monde à avoir lancé Daflon 1 000 en comprimés en février 2014 », se félicite le président. Puis, Vastarel 35 (ischémie du myocarde) dont les ventes « progressent », en attendant le lancement de Vastarel 60 dans deux ans. Suivent Acertil 10 mg (hypertension artérielle) lancé en mai dernier et Procoralan (Angor/insuffisance cardiaque). Et tous les médicaments du laboratoire français ne sont pas encore commercialisés. Plusieurs lancements de produits sont prévus dans les années à venir. D'abord, pour la période 2015/2016, avec Viacoram et les premières combinaisons fixes à base de Perindopril et d'Ivabradine. « Il y a un décalage entre les médicaments sortis en Europe et ceux sortis ici. Notre mission est de mettre à disposition ces médicaments perçus comme innovants ici », note Frédéric Sesini. Et si un décalage existe entre le moment de l'obtention d'AMM européenne et brésilienne, le président de Servier entend « raccourcir ces délais » pour avoir un lancement très rapide dans les autres pays, après l'AMM européenne. Le premier test pourrait être fait avec Intarcia dans le diabète. Le laboratoire français veut également appliquer son focus mondial en oncologie au Brésil. Il prévoit ainsi les lancements de premiers médicaments dans ce domaine à horizon 2018/2020.

Pour ces différents lancements de médicaments, Servier s'appuie sur un de ses 19 Centres internationaux de recherche thérapeutique (CIRT). Intégré à la filiale Servier do Brasil, il intervient pour mener les essais cliniques et les enregistrements dans le pays. Les 27 salariés du CIRT de Rio de Janeiro mènent actuellement 11 essais cliniques, majoritairement de phases II et III à partir de 82 centres d'investigation répartis dans le pays. Créé en 2001, le CIRT de Rio « participe au développement global et prépare les enregistrements au Brésil », souligne Emmanuel Canet, vice-président Recherche et développement de Servier. 12 lancements de produits sont prévus dans les cinq prochaines années, selon Christophe Sabathier. Si Marcia Matos, directrice du CIRT brésilien, note l'activité des centres de recherche avec la rapidité du recrutement de patients, Emmanuel Canet détaille deux difficultés liées au marché local rencontrées pour la mise en oeuvre des essais puis l'enregistrement. « Les délais pour initier les essais cliniques sont importants. Il y a aujourd'hui des actions au niveau de l'Anvisa œndlr, agence du médicament brésilienneæ pour réduire ces délais. Une deuxième difficulté concerne les pré-requis en termes de guidelines de développement. Certains de ces pré-requis ne sont pas faciles à réaliser en parallèle du développement européen », précise-t-il. Marcia Matos explique ainsi : « Pour lancer un essai clinique, il faut 10 mois minimum. Nous pensons que la nouvelle législation qui devrait être publiée fin février, va réduire les délais pour l'approbation à 3 mois pour les phases III et 6 mois pour les biologiques et les phases I et II ». En parallèle de l'implantation d'essais cliniques, le CIRT du Brésil se mobilise sur l'oncologie, domaine pour lequel les premières molécules devraient être enregistrées en 2020, selon Emmanuel Canet. La structure noue déjà des contacts avec les médecins «leaders», les associations de patients, etc. et a recruté un oncologue afin de constituer un réseau propice aux futurs essais cliniques.

Une fois les études cliniques menées et les autorisations délivrées par l'Anvisa, les médicaments sont fabriqués au sein de l'usine de Jacarepagua. Inaugurée en 2009, elle produit tout ou partie des 20 médicaments de Servier do Brasil. En effet, une dizaine de médicaments y sont fabriqués en totalité, tandis que deux arrivent semi-finis et six pour les opérations de conditionnement et enfin, un, Protelos, arrive totalement fini. Pour ces différentes productions, les principes actifs proviennent majoritairement du site de chimie fine de Servier à Bolbec en Haute-Normandie. Les produits semi-finis « proviennent principalement de France et un peu du site d'Arklow en Irlande. Pour chacun de ces produits, nous sommes obligés de refaire tous les contrôles faits au départ de nos usines », indique Christian Sauveur, vice-président Industrie de Servier. Il précise : « Nous avons l'autorisation d'importer totalement Protelos car la technologie n'existe pas ici ». L'usine de Servier affiche des capacités de production en croissance, comme le rappelle Olivier Laureau. « La production a fait un saut de 20 % et le nombre de boîtes est passé de presque 9 millions à près de 11 M de boîtes ». Une augmentation de capacité réalisée alors que les coûts de production ont été réduits de 14 %, s'est également félicité le dirigeant. Il fixe l'objectif d'atteindre « 18 millions de boîtes à une échéance de trois ans ». Pour soutenir cette croissance de la production, l'usine de 10 500 m2 s'est dotée d'une nouvelle presse à comprimés et implémente actuellement les outils de sérialisation et d'agrégation pour répondre à la réglementation brésilienne à l'échéance 2016/2017. Et Christian Sauveur n'exclut pas d'autres investissements en termes d'équipements ou d'agrandissement de l'usine. « Les zones modulaires offrent des possibilités de croissance. Le but est de suivre la croissance du pays et pouvoir être en back-up de sites européens », précise le Monsieur industrie de Servier. Les effectifs de production (78 personnes) devraient être portés à 113 personnes dans le plan de développement détaillé par Christophe Sabathier.

Dernier levier de croissance pour la filiale brésilienne : la mise en place de partenariats public/privé afin de « pouvoir faire des transferts de savoir-faire et de technologies », indique Christophe Sabathier. Le laboratoire français s'est en effet rapproché de la fondation Fiocruz avec un contrat cadre signé en octobre 2014. Il porte sur quatre programmes : la détection de médicaments contrefaits, via par exemple les technologies développées à Orléans par Servier ; les modalités de développement de stratégie de screening, notamment autour de la chimiothèque de Fiocruz ; des échanges scientifiques et enfin, la qualification pré-clinique des médicaments. Ce dernier point a fait l'objet d'une signature entre Olivier Laureau et Paulo Gadelha, président de Fiocruz. Une visite en France des équipes de Fiocruz est ainsi prévue en début d'année afin de « créer des synergies », se félicite Christophe Sabathier. À travers ces différents développements, Servier affirme ainsi ses ambitions pour le Brésil.

SERVIER MAINTIENT SES BASES EN AMÉRIQUE LATINE

Après la création d'une filiale en Colombie en février 2014, le laboratoire français continue de croître en Amérique latine. Le groupe qui compte « plus de 1 000 collaborateurs » dans la région selon William Gaussens, directeur Amérique latine et Europe du Sud, a réalisé un chiffre d'affaires de 218 M€ en 2013/2014. Un chiffre qui devrait atteindre 276 M€ pour l'exercice en cours et 500 M€ à horizon de 4 à 5 ans. Le laboratoire, qui possède 7 filiales dans la région, entend renforcer sa présence avec « un projet de créer une filiale au Pérou en 2016 », indique le dirigeant. Des perspectives de croissance qui pourraient être pénalisées par des difficultés rencontrées au Venezuela. « Quand les économies ou les systèmes politiques sont oscillants, il faut une vision moyen-long terme et une équipe », précise William Gaussens. Le pays qui représente la 2e filiale dans la région « ne paie plus aucune entreprise qui importe », selon Olivier Laureau qui chiffre les impayés à des dizaines de millions d'euros. Le président de Servier affirme : « pour l'instant, nous continuons à envoyer nos produits car derrière il y a des patients qui ont des traitements chroniques et nous avons des visiteurs médicaux. Sur le long terme, il faut savoir s'inscrire dans le temps ».

L'intégration de Pharlab pour booster l'activité Génériques

« L'internationalisation de nos activités génériques fait partie de la stratégie pour les cinq années qui viennent », rappelle Olivier Laureau, président de Servier. Et le développement du génériqueur brésilien Pharlab s'inscrit totalement dans cet axe stratégique. Le laboratoire français a repris 80 % du capital en 2012 ; depuis, il exporte ses méthodes. « Pharlab représentait ce que nous cherchions. Notre vocation est de trouver des territoires qui ressemblent à nos savoir-faire où nous sommes capables d'apporter de la valeur ajoutée », témoigne Pascal Brière, président de Biogaran, filiale Génériques de Servier. En 2 ans et demi, le groupe a mis en place « une modification dans l'entreprise, dans les investissements, le tout préparé avec beaucoup de solidité », se félicite Antônio Carlos, fondateur et dirigeant de Pharlab qui détient aujourd'hui les 20 % restants de l'entreprise. L'entreprise compte 428 salariés dont 326 dans l'usine de Lagoa da Prata à 200 km de Belo Horizonte dans l'État du Minas Gerais. Depuis la reprise, 20 millions d'euros ont été investis, précise Pascal Brière. Outre des investissements de structure, comme un réfectoire, un nouveau vestiaire pour les employés et un nouveau système de traitement de l'air, les fonds ont permis d'acquérir des équipements. Pascal Brière cite ainsi l'achat de deux étuves et d'une géluleuse haute vitesse. D'autres investissements sont également prévus, comme la création d'un laboratoire de développement et l'achat d'un sécheur à lit fluidisé. Et surtout, Pharlab a entamé une restructuration du portefeuille de produits.« Quand nous sommes arrivés, Pharlab avait un gros problème de capacités. Tout ce qui était fabriqué était directement vendu. Il n'y avait pas de stock », témoigne Pascal Brière. Servier a travaillé à réduire le nombre de références afin de faire du stock. Aujourd'hui, sur les 53 références du portefeuille Pharlab, seules 37 sont produites. De même, le groupe travaille actuellement à une réduction du « nombre de variétés de production pour augmenter nos capacités », indique Pascal Brière. Si le site produit des injectables, des pommades, des comprimés, des gélules et des poudres, il pourrait dorénavant se concentrer sur les comprimés, les gélules et les pâteux. Toutes les modifications de l'usine devraient permettre de doubler les capacités à brève échéance, souligne Antônio Carlos. Et ainsi progresser sur le marché brésilien, où l'entreprise créée en 2000 se place à la 15e place du marché du générique et 71e sur le marché total. En termes de chiffre d'affaires, Pharlab affiche sa progression avec un résultat de 57,7 M reals brésiliens (BRL, 17,9 M€) pour l'exercice 2013/2014 (50,1 MBRL en 2012/2013) et une prévision de 70 MBRL pour l'exercice en cours, selon Pascal Brière. Cette croissance de l'entreprise brésilienne s'inscrit ainsi dans la stratégie de Servier en matière de génériques. Comme en témoigne le président de Biogaran, filiale créée en 1996, Biogaran reposait sur de la croissance interne principalement sur le marché français. Pascal Brière pointe la difficulté de poursuivre cette stratégie en France uniquement : « le marché en France va aller vers plus de volumes mais avec des prix qui vont se contracter. Il nous fallait trouver d'autres endroits pour créer de la valeur ». C'est chose faite avec le rachat de Pharlab au Brésil, et le Français regarde déjà d'autres régions. « Nous avons d'autres pays dans le viseur où nous recherchons des opportunités d'acquisition de sociétés. Notre stratégie est de s'appuyer sur un socle existant pour apporter notre savoir-faire, des investissements dans les usines, de la technique », indique Pascal Brière qui cite des pays cibles « en Amérique latine, comme le Mexique, la Colombie, le Venezuela et le Chili » mais aussi « la Russie, l'Ukraine, la Roumanie et peut-être certains pays d'Asie ». Il n'exclut pas non plus de « se renforcer au Brésil ». La filiale de Servier affiche ainsi sa volonté de poursuivre son déploiement à l'international.

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