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La stratégie sanitaire développée par la France et l'Europe

Aurélie Dureuil

À partir de l'exemple de la fièvre hémorragique Ebola, les Entreprises du médicament ont organisé un atelier sur la réponse internationale contre les épidémies.

« Le virus Ebola a créé une prise de conscience dans les pays occidentaux : ce type de virus n'a plus de frontière », c'est sur ces mots que Patrick Errard, président des Entreprises du médicament (Leem), a ouvert un atelier nommé « Virus sans frontière, que faire ? ». Car comme l'a rappelé le dirigeant du Leem, le virus de la fièvre hémorragique Ebola n'est pas le premier à l'origine d'une grande pandémie. « Avec l'arrivée du virus du Sida en 1985, il a fallu quelques années pour que les fruits des recherches aboutissent à de premiers essais thérapeutiques », souligne Patrick Errard. Parmi les virus répandus dans le monde, il cite la grippe chaque année, mais aussi la Dengue et la fièvre de Lassa. « Il y a des virus plus bénins, d'autres plus dangereux. Un des grands enjeux est le développement de thérapies vaccinales pour lutter contre l'expansion de ces virus. La France est bien placée pour relever ces défis », ajoute le président du Leem.

Un exemple de ce positionnement de la France est donné par Victor Volchkov, directeur de l'unité Inserm Bases moléculaires des virus émergents, qui travaille au sein du laboratoire P4 Jean Mérieux à Lyon. Son laboratoire s'intéresse notamment au virus Ebola. Il dresse ainsi un état des lieux. « Tous ces virus tuent 60 à 90 % des patients. Ils ont une très forte capacité de réplication et peuvent infecter presque toutes les cellules à quelques exceptions près ». Concernant le virus Ebola, 7 protéines structurales et 3 protéines non structurales ont été identifiées. Ce virus appartient à la famille des Filovirus, de par leur apparence filamenteuse caractéristique. Une meilleure compréhension de ces virus permet ainsi de comprendre les différents facteurs de pathogénicité. « Plusieurs facteurs contribuent à la pathogénicité du virus Ebola, comme une réplication virale très efficace, de multiples antagonistes, etc. », précise Victor Volchkov. L'épidémie Ebola,

débutée début 2014 en Afrique de l'Ouest, a touché essentiellement la Sierra-Leone, la Guinée et le Liberia. Fin février, l'OMS recensait plus de 9 600 morts et près de 23 800 personnes touchées, selon le Leem.

Outre les travaux de laboratoires de recherche, la France a pris part à la réponse mondiale contre l'épidémie touchant l'Afrique de l'Ouest à travers l'ANRS. Jean-François Delfraissy, directeur de l'Agence nationale de recherche sur le Sida et les hépatites virales (ANRS), a pris en octobre 2014 la tête de la coordination française contre Ebola. Il a présenté en novembre le Plan Ebola français. « Nous menons une réflexion depuis longtemps sur comment répondre à une situation de crise en recherche ? Et la première réponse est de ne pas attendre une situation de crise », déplore-t-il. Le coordinateur de la réponse française rappelle ainsi les « quasiment 15 petites épidémies » d'Ebola survenues depuis 40 ans. La France s'est ainsi positionnée dans la réponse mondiale pour contrer cette nouvelle épidémie. « Nous avons inauguré en janvier 2015 un centre de traitement des soignants. Nous intervenons dans la formation... 230 millions d'euros ont été mobilisés par la France pour la réponse à la crise Ebola », indique Jean-François Delfraissy.

 

Les avancées thérapeutiques obtenues

 

En effet, 110 M€ ont été consacrés à des actions en Afrique de l'Ouest, 30 M€ environ ont concerné la recherche au niveau national, plus de 40 M€ ont été apportés au fonds de l'Union européenne et enfin le système de santé français a consacré 13 M€ dans la réponse à l'épidémie. Et 600 personnes ont été mobilisées en France et en Afrique. Outre la réponse sanitaire, le directeur de l'ANRS revient également sur les avancées thérapeutiques. « Il y avait très peu de recherche sur ce virus », constate-t-il. Il détaille les deux stratégies thérapeutiques mises en oeuvre : « bloquer la prolifération du virus et trouver une molécule qui agisse contre l'activation ». Le Leem recense 18 antiviraux et vaccins en essais cliniques contre Ebola et d'autres maladies infectieuses en cours début mars 2015.

Du côté de l'Europe, Magda Chlebus, directrice scientifique de la fédération européenne des associations et industries pharmaceutiques (EFPIA), s'est félicitée d'« une réponse, pour la 1e fois, rapide, flexible, globale ». Elle rappelle la réponse de l'Europe de deux façons : pour le système de santé publique, via l'aide humanitaire et pour le soutien de la recherche, en mettant les chercheurs en réseau. « La réponse de l'industrie a été au-delà de toute concurrence. Les firmes se sont engagées pour l'aide sanitaire et ont mis des capacités de R&D ainsi que pour la réflexion à des programmes globaux », souligne-t-elle. Au total, l'Europe a financé 17 projets dédiés « entièrement ou partiellement à Ebola », selon Magda Chlebus. Avec un financement de l'ordre de 215 M€ (environ 100 M€ de l'industrie pharmaceutique et 115 M€ de l'Union européenne) dans le cadre du mécanisme IMI. « En résumé, nous avons eu une réponse sans précédent », conclut la directrice scientifique de l'EFPIA.

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