Nous suivre Industrie Pharma

La start-up qui veut réparer l'oreille cassée

NICOLAS VIUDEZ

Sujets relatifs :

, ,
La start-up qui veut réparer l'oreille cassée

Sensorion développe des candidats médicaments pour les troubles de l'oreille interne.

© © Sensorion

Sensorion, spin-off de l'Inserm basé à Montpellier, développe des candidats médicaments destinés à traiter les maladies de l'oreille interne. Alors que ces pathologies sont de plus en plus fréquentes, les traitements demeurent encore insatisfaisants.

Environnement sonore bruyant, écoutes répétées à haut volume, les cellules ciliées de notre oreille sont soumises à rude épreuve au quotidien. Si les médecins alertent régulièrement sur le sujet en brandissant des chiffres conséquents (65 % des plus de 65 ans sont concernés par des troubles de l'audition), il existe encore peu de traitements sur le marché. Face à un traumatisme sonore, la prise en charge, qui doit être réalisée en urgence, se fait actuellement par un traitement anti-inflammatoire. Une solution loin de donner pleine satisfaction. Comment expliquer la pénurie de traitements sur des pathologies qui représentent un marché conséquent pour les industriels ?

« Les chercheurs passent beaucoup de temps à essayer de comprendre les maladies comme les acouphènes et l'hyperacousie. Ce sont des maladies extrêmement complexes avec des impacts périphériques et des conséquences centrales sur le cerveau », souligne Nawal Ouzren, directrice générale de Sensorion. La start-up, fondée en 2009 et cotée à l'Euronext, est issue de l'Inserm ; elle développe des molécules pour traiter les pathologies de l'oreille interne. L'oreille interne se compose de plusieurs parties reliées entre elles. Les osselets accolés au tympan transmettent les vibrations sonores à la cochlée qui constitue l'organe de l'audition. Très proche anatomiquement, se situe également le vestibule, composé de canaux semi-circulaires et de macules qui contribuent à l'équilibre et à la représentation du corps dans l'espace. C'est en agissant sur ces deux fonctions que Sensorion a développé deux candidats-médicaments.

Quand l'oreille perd l'équilibre

Le premier produit développé par la société, le Sens-111, traite les troubles vestibulaires et, plus spécifiquement, la vestibulopathie unilatérale aiguë. Une pathologie qui touche chaque année 68 000 patients aux États-Unis et en Europe et qui se caractérise par des vertiges intenses. Ils interviennent de manière subite et entraînent une hospitalisation de 7 à 8 jours. Le candidat-médicament de Sensorion vise spécifiquement les récepteurs histamine H4 situés sur les neurones vestibulaires. Ces récepteurs H4, mis en évidence dans l'oreille par des chercheurs de l'Inserm, offrent une bonne spécificité, puisqu'ils sont très peu présents dans l'organisme, en dehors de l'oreille interne. Le Sens-111 va agir sur ces récepteurs et inhiber l'activité électrique des neurones vestibulaires. « Cette molécule antagoniste a 24 heures de durée de demi-vie ; aussi, nous testons une administration, une fois par jour, pendant 4 jours, dans notre étude de phase 2 », explique Nawal Ouzren, qui détaille le développement du produit : « Nous avons formulé un comprimé orodispersible, c'était important d'avoir un produit qui puisse être absorbé extrêmement rapidement. Nous avons travaillé avec une CMO pour ce développement ». Le deuxième produit développé par Sensorion, Sens-401, a pour indication la surdité brutale, qui touche environ 200 000 personnes par an et qui ne bénéficie actuellement d'aucun traitement. Elle provoque une perte d'audition définitive dans 50 % des cas. Bien que chez la plupart des patients, aucune origine n'est identifiée, cette surdité brutale peut parfois être provoquée par des infections ou des traumatismes sonores. Sens-401 inhibe l'apoptose, le mécanisme de mort cellulaire programmée des cellules ciliées situées dans la cochlée. La molécule pourrait ainsi avoir un effet protecteur en cas d'atteinte et empêcher la survenue d'une surdité brutale. « Nous avons démontré, lors d'études précliniques, que le produit était efficace, si on démarre le traitement jusqu'à 96 heures après la perte d'audition. Une personne qui se présente 4 jours après avoir subi une perte auditive pourra encore être traitée par son médecin et espérer une efficacité », se félicite Nawal Ouzren. La start-up a développé des partenariats pour mener ses essais cliniques auprès des structures confrontées aux patients subissant des traumatismes sonores : urgences ORL, hôpitaux militaires, etc. Elle a également développé un partenariat avec Cochlear, le leader mondial de l'implant cochléaire, pour évaluer le bénéfice de Sens 401 en combinaison avec l'implant. En effet, l'implantation cochléaire entraîne une destruction de cellules ciliées. Le candidat-médicament de Sensorion pourrait limiter cet effet négatif qui peut constituer un frein majeur à la pose d'implant. Pour 2018, Nawal Ouzren espère pouvoir annoncer une phase II positive pour le Sens-111, avant les résultats intermédiaires pour le Sens-401, prévus en 2019. Autant de pistes de développement qui démontrent la vitalité du secteur pour la pharma. La dirigeante de Sensorion se veut optimiste sur les progrès thérapeutiques à venir en matière d'audition. « Les grands laboratoires s'intéressent de plus en plus au secteur, il y a un "momentum" qui est en train de se créer autour de l'oreille interne. La France est experte sur le sujet, avec notamment l'Institut Pasteur ; la prochaine grande étape sera la thérapie génique pour la régénération des cellules ciliées », souligne Nawal Ouzren. Sensorion, labellisée BPI et implantée dans l'écosystème porteur des healthtechs en Occitanie, espère bien être la biotech française fer de lance sur ce secteur.

Bienvenue !

Vous êtes inscrit à la news Industrie Pharma

Nous vous recommandons

Un gel fait passer la culture de neurones à la 3D

Un gel fait passer la culture de neurones à la 3D

Une équipe du CNRS et de l'Inserm a développé un gel facilitant la culture cellulaire des neurones. Une découverte qui pourrait ouvrir de nouvelles voies de recherche, jusqu'à présent[…]

09/07/2018 | NeurologieCellules souches
Au coeur des sites d'Amgen en Nouvelle-Angleterre

Au coeur des sites d'Amgen en Nouvelle-Angleterre

Comment un simple polymère aide à réparer le vivant

Comment un simple polymère aide à réparer le vivant

L'impression 3D pour fabriquer des médicaments

L'impression 3D pour fabriquer des médicaments

Plus d'articles