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La salive de la tique inspire Bioxodes

Aurélie Dureuil

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La jeune société belge développe un candidat médicament d'origine naturelle à partir de la salive de la tique. Sa première levée de fonds devrait lui permettre de porter sa molécule en phase préclinique.

«Bio se rapporte à biologique car nous travaillons sur des produits naturels. Et Ixodes ricinus est le nom scientifique d'une espèce de tiques », détaille Edmond Godfroid, fondateur et p-dg et directeur scientifique de Bioxodes. Comme son nom l'indique, la jeune société belge travaille sur des molécules naturelles issues de la tique. Ces acariens sont connus pour leur morsure, leur repas au dépend de leurs hôtes et pour provoquer la maladie de Lyme. Les tiques se nourrissent du sang de leur hôte. « Ce repas se caractérise par sa longue durée allant jusqu'à deux semaines. Il ne provoque ni douleur, ni coagulation du sang, ni inflammation chez l'hôte. Les tiques bloquent les mécanismes de défense de l'hôte », précise le dirigeant. Ce sont ces caractéristiques qu'Edmond Godfroid a étudiées au sein de l'Unité de Biologie moléculaire des ectoparasites à l'Université libre de Bruxelles (ULB). « La tique délivre des agents bloquant la coagulation, les réponses inflammatoires tout en modulant la réponse immunitaire. Parmi ces molécules, nous avons découvert un anticoagulant tout à fait particulier. Il présente l'avantage de cibler plusieurs facteurs de coagulation et de cibler des facteurs reconnus comme ne générant pas ou peu d'hémorragie », note le dirigeant de Bioxodes. Il ajoute : « Les anticoagulants actuels possèdent un effet secondaire important qui provoque des hémorragies à une fréquence relativement élevée ». Ce positionnement sur le marché des anti-thrombotiques semble porteur. « Le marché sous une forme injectable d'une telle molécule, utilisée principalement en milieu hospitalier, est estimé à plus d'un milliard de dollars par an. Selon VisionGain, le marché mondial des médicaments anti-thrombotiques atteindra 24,3 milliards de dollars d'ici 2015 », indique la société.

Les recherches au sein de l'ULB ont été consacrées à la caractérisation moléculaire des relations hôtes-parasites de l'espèce de tiques Ixodes ricinus. « Cette espèce est considérée comme étant capable de se nourrir sur une grande majorité des vertébrés en Europe », souligne la société. Créée en juillet 2013, Bioxodes a conclu un accord avec l'ULB qui a cédé les brevets relatifs à ces recherches à la jeune société et notamment les brevets concernant la molécule phare : Ir-CPI.

Aujourd'hui, la société se concentre sur ce peptide anti-thrombotique capable d'inhiber la coagulation à des doses ne provoquant pas d'hémorragie. Dérivée de la salive de la tique, cette molécule naturelle a été synthétisée par les chercheurs. Le médicament qui en sera issu pourrait arriver sur le marché sous forme injectable dans le domaine cardiovasculaire. « Les technologies ont beaucoup évolué ces dernières années. Nous pouvons ainsi produire des molécules tout à fait similaires à la molécule naturelle par de la synthèse chimique », indique Edmond Godfroid. Bioxodes se concentre maintenant sur les études précliniques de sa molécule. « Dans nos premiers développements nous avons conforté les résultats universitaires dans des modèles répondant mieux au développement de médicaments. Nous allons maintenant mener une série d'opérations afin d'obtenir les autorisations pour le développement sur le plan clinique. Nous passerons également par des étapes réglementaires comprenant des tests de toxicité chez différents animaux avant de tester la toxicité chez l'humain. Une fois arrivé à l'étape de preuve de concept, il sera important de nous associer à un grand groupe industriel pour collaborer et assurer le développement », détaille le dirigeant.

Pour financer ces étapes de recherche, Bioxodes a bouclé fin novembre 2013 un tour de table de 2,6 millions d'euros. « Cette levée de fonds est classique tout en étant originale. En effet, nous avons eu le soutien actif de la région wallonne, via le programme Retech, qui nous a beaucoup aidés pour compléter cette opération. Sont également venus des business angels spécialistes du domaine des biotechnologies ainsi que le Fonds européen de développement (Feder) qui nous a octroyé une aide de 1,6 M€ », se félicite Edmond Godfroid. Ces fonds permettront à Bioxodes d'amener sa molécule Ir-CPI au stade pré-clinique dans les 18 mois. « Nous nous fixons entre 2020 et 2025 comme horizon raisonnable pour une autorisation de mise sur le marché ou un démarrage de phase III », témoigne le dirigeant. Avant d'ajouter : « Il existe toute une série d'aléas ou de belles surprises qui peuvent se produire et modifier cette échéance ». L'entreprise poursuit ainsi le développement de son produit phare tout en élargissant son pipeline à d'autres molécules naturelles issues de la tique.

Bioxodes en bref

- Création en juillet 2013 - Effectifs : 5 personnes - 2,6 M€ levée de fonds de novembre 2013 - 2 sites : siège social à Marche-en-Famenne et site d'activité à Gosselies

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