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La résistance aux antibiotiques devient une cause mondiale

Sylvie Latieule Rédactrice en chef

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Des bactéries qui développent de plus en plus de résistance aux antibiotiques... le sujet n'est pas nouveau. Les Nations Unies ont pourtant considéré la question comme suffisamment cruciale pour la mettre au programme de leur assemblée générale, le 21 septembre dernier, à New York. Pour la 4e fois de son histoire, l'organisation internationale plaçait un sujet de santé au centre de ses débats, après s'être intéressée au virus Ebola, aux maladies non transmissibles et au virus du sida. « La résistance aux antimicrobiens menace la réalisation des objectifs de développement durable », a justifié Peter Thomson, fidjien, élu pour un an à la présidence. « Les États membres ont convenu aujourd'hui d'une déclaration politique forte qui offre une bonne base à la communauté internationale pour aller de l'avant. »

Il faut dire qu'une résistance accrue aux antibiotiques de bactéries, virus, parasites ou micro-organismes, cela signifie un insupportable retour en arrière pour la médecine moderne dans la mesure où elle devient incapable de traiter des maladies qu'elle soignait par le passé. C'est le cas des infections nosocomiales, causées par le staphylocoque doré et les entérobactéries, très difficiles à stopper en milieu hospitalier. Cela concerne aussi des maladies aussi connues que la pneumonie, la dysenterie, les infections urinaires et les maladies sexuellement transmissibles, ainsi que la tuberculose. Selon une récente étude britannique, le phénomène pourrait devenir plus meurtrier que le cancer et causer dix millions de décès par an, d'ici à 2050. Pour l'économie mondiale, la facture s'élèverait alors à 100 milliards de dollars par an.

Le paradoxe est que l'on saurait comment enrayer le phénomène. À commencer par la mise au point de classes d'antibiotiques nouvelles. Le problème est que le domaine ne fait plus recette pour les industriels de la pharmacie. Les antibiotiques sont des médicaments à gros volumes et faibles coûts et les recommandations croissantes de restriction de leur usage n'incitent pas les fabricants à investir dans la recherche. Dans un rapport sur l'évolution des consommations d'antibiotiques en France entre 2000 et 2013, l'agence du médicament expliquait que le nombre de substances disponibles avait diminué de 20 % sur la période, résultant de l'arrêt de commercialisation ou du retrait du marché de plus de 31 molécules et la commercialisation de seulement 10 nouvelles substances (ou associations).

Outre le manque d'innovation, la responsabilité revient aussi au secteur agricole, principalement l'élevage, qui utilise trop massivement des antibiotiques à la fois pour endiguer des épidémies et pour accélérer la croissance des animaux. Les pays de l'Union européenne ont certes interdits l'usage des antibiotiques comme « facteurs de croissance » depuis des années. Ce n'est pas le cas aux États-Unis ni en Chine. Or les bactéries résistantes chez les animaux peuvent se propager chez l'homme par la contamination de l'eau ou les déjections qui ne sont pas traitées avec suffisamment d'efficacité.

Cette grande réunion onusienne a donc été l'occasion de mobiliser des organisations comme l'OMS*, la FAO** et l'OIE***, ainsi que des banques de développement et autres parties prenantes, en leur demandant d'élaborer et de planifier des actions coordonnées. La résistance aux antibiotiques est un problème majeur de santé publique qui demande une « réponse mondiale ». L'ONU n'entend pas relâcher sa vigilance.

 

* Organisation mondiale de la santé.

** Food and agriculture organisation.

***Organisation mondiale de la santé animale.

 

« Le phénomène pourrait devenir plus meurtrier que le cancer. »

 

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