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Entretien avec le groupe Benta Pharma : « La reprise de Famar Lyon est un projet industriel »

NICOLAS VIUDEZ

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Entretien avec le groupe Benta Pharma : « La reprise de Famar Lyon est un projet industriel »

© Benta Pharma

Le groupe libanais Benta Pharma s'est fait connaître en France, en juillet 2020, après avoir reçu le feu vert pour son projet de reprise du site Famar Lyon, à Saint-Genis-Laval. Entretien avec son p-dg, Bernard Tannoury, sur la stratégie de Benta Pharma pour son usine du Rhône.

Industrie Pharma : Pouvez-vous nous présenter Benta Pharma ?

Bernard Tannoury : Nous sommes un groupe libanais, présent dans plus de 40 pays, essentiellement dans la zone du Moyen-Orient et en Afrique. Nous disposons de sites de production au Liban et en Égypte. Nous commercialisons à la fois des médicaments ainsi que des dispositifs médicaux. Nous sommes plus de 700 employés dans le monde.

 

Pourquoi avoir investi en France dans la reprise du site de Famar Lyon ?

B.T. : Nous cherchions à investir en France, l'objectif était à la fois de pénétrer le marché européen mais aussi de disposer d'un label made in France pour nos produits. Le coût du personnel est plus important en France, mais il est compensé par les volumes de production. Disposer d'une usine en France est un réel avantage. Le site de Famar Lyon était idéal pour cela. Nous avions lancé deux offres sur deux autres sites en France, mais maintenant que cette reprise s'est concrétisée, cela nous suffit. Bien sûr, à l'avenir, nous pourrions être intéressés par d'autres acquisitions complémentaires. Cela fait quelques mois que l'on a repris le site et nous avons constaté des défauts de management et dans l'administration de l'usine qui peuvent expliquer ses difficultés passées. Nous sommes en train de travailler à sa restructuration intégrale, tout en gardant le profil CMO de l'usine. Et pour cela, nous allons transférer la production de beaucoup de nos produits sur ce site. Cela va notamment nous permettre, par exemple, de développer des médicaments génériques pour nos marchés à l'international.

 

Quelle est la stratégie de Benta Pharma de manière générale et pour ce site français ?

B.T. : Nous souhaitons réaliser des investissements sur le site et en dehors du site, pour la société et pour développer de nouveaux produits. Nous sommes en discussion avec des sociétés pharmaceutiques internationales ou françaises pour racheter des marques matures. Notre objectif est de développer notre offre et nous sommes à la recherche de portefeuilles bien établis avec un réseau de vente solide. Benta Pharma va être client du site de Lyon, ce qui va déjà lui permettre d'accélérer. Puis, nous allons transformer le site en plusieurs étapes. Notre projet de reprise de Famar Lyon est avant tout un projet industriel, c'est ce qui fait qu'il a été retenu par le Tribunal de commerce et qu'il avait également la faveur des personnels du site. Globalement, l'accueil a ainsi été très chaleureux, que ce soit de la part des personnels, des acteurs de l'État français mais aussi de tout l'écosystème de l'industrie pharmaceutique lyonnaise.

 

Quelle est la situation du site aujourd'hui, quelques mois après sa reprise ?

B.T. : Le calendrier des projets avance comme prévu. C'est notre troisième mois sur le site, le plan se développe exactement dans les mesures et le temps que l'on avait déjà prévus. Nous sommes même en avance sur notre calendrier. Les premiers mois sont toujours à risque pour le chiffre d'affaires, mais c'était quelque chose que nous avions déjà anticipé dans notre plan de reprise. Nous allons avoir une baisse d'activité, puis cela va reprendre dans les mois à venir. Pour l'heure, nous sommes sur des volumes proches du plan programmé qui a été présenté devant le Tribunal de commerce. Cette baisse du chiffre d'affaires peut s'expliquer par le fait qu'une liquidation du site a été annoncée très en amont de notre reprise, à tous les clients historiques de l'usine. Certains clients sont donc logiquement partis à la recherche d'un plan B pour leur production et ont retiré leurs médicaments du site. Nous sommes en train de renégocier avec eux pour voir si nous pouvons ramener ces clients vers nos lignes de production. Ils ont confiance dans le site et dans le personnel qui est en grande partie conservé. Nous comptions 241 employés, avant la reprise, et 117 employés, après la reprise par Benta. Nous sommes des industriels et avons l'habitude de ce type de négociations.

 

Pouvez-vous détailler les prochaines étapes de développement du site ?

B.T. : Nous sommes en train de restructurer profondément le site. Sur le plan de la formation, c'est en train d'être développé et le plan détaillé sera terminé d'ici à quelques semaines, avec l'aide de l'État français et de la Région Auvergne-Rhône-Alpes. Nous allons transférer plusieurs de nos produits sur le site. Nous avons par ailleurs déjà commencé à signer des contrats sur la partie immobilière pour développer le site. Une première phase de chantier doit se terminer avant la fin de l'année. De nouvelles lignes seront mises en service, fin 2021. Nous sommes sur des délais courts et un développement rapide sur ce chantier. Dans un second temps, nous développerons l'usine pour la rendre capable de produire d'autres types de produits, comme les cytotoxiques. Cette phase est programmée pour 2022. Nous avons également programmé des capacités de fill et finish pour les produits biologiques dans une troisième phase. Le dynamisme de la région lyonnaise sur les biotechnologies nous pousse cependant à peut-être accélérer sur cette partie-là, par rapport à nos objectifs initiaux. Au final, Benta apportera son expertise opérationnelle et des synergies commerciales afin de développer de nouvelles lignes de production pour des produits cytotoxiques pour le traitement du cancer, une unité de biotechnologie pour les médicaments biosimilaires et une unité de R&D pour laquelle Benta transférera les technologies de 250 nouveaux produits. Ces médicaments sont destinés à traiter différentes pathologies : hématologie, cardiologie, diabètes, système nerveux central, système digestif, immunologie, oncologie, urologie, respiratoire, et autres.

 

Le site a fait également parler de lui car il produit de l'hydroxychloroquine. Ce médicament continuera-t-il à être fabriqué dans cette usine ?

B.T. : Nous produisions plus précisément de la nivaquine (NDLR : médicament à base de chloroquine) pour Sanofi, qui ne sera plus fabriquée sur le site. Nous allons cependant conserver une production d'hydroxychloroquine pour la commercialiser en notre nom propre, comme un médicament générique. C'est une opportunité pour nous, mais ce n'est pas à nous de déterminer l'indication sur la molécule ni d'évaluer son efficacité dans la lutte contre le nouveau coronavirus.

 

Quel peut-être l'impact de la crise sanitaire sur votre activité ?

B.T. : La crise est une opportunité dans le sens où elle a amélioré le statut des produits fabriqués en local, c'est vrai en France comme au Liban. Donc nous allons bénéficier de cette revalorisation pour les industries basées à proximité. Ce qui manque encore pour l'industrie pharmaceutique, c'est de produire localement la matière active, qui est actuellement produite en Asie. Si l'on se projette dans cinq ou dix ans, le groupe Benta Pharma espère qu'il sera solidement implanté en Europe, via nos produits actuels ou grâce à de nouvelles molécules.

BENTA PHARMA INDUSTRIES EN BREF

- Positionné sur les médicaments et les dispositifs médicaux

- Présent dans 40 pays dans le monde

- Sites de production au Liban, en Egypte et en France (Famar Lyon)

- Plus de 700 employés dans le monde

 

UNE REPRISE VALIDÉE DÉBUT JUILLET 2020

La reprise du site Famar Lyon par Benta Pharma, validée par le Tribunal de commerce en juillet 2020, a clos une année d'incertitude pour l'usine. En juillet 2019, le groupe grec Famar annonçait vendre ses quatre sites industriels en France, à Orléans (Loiret), à L'Aigle (Orne), à Saint-Rémy-sur-Avre (Eure et Loir) et à Saint-Genis-Laval (Rhône). Si un accord avait été rapidement trouvé pour trois sites, qui ont finalement été rachetés par Delpharm, à l'automne 2019, le sort de l'usine de Saint-Genis-Laval est longtemps resté en suspens. Placé en redressement judiciaire, le site de Famar Lyon a fait notamment l'objet d'un projet de reprise de la biotech lyonnaise Neovacs qui s'était positionnée pour son rachat, avec un plan chiffré à 37 ME sur cinq ans. Mais c'est finalement Benta Pharma qui a emporté la décision, avec un plan de 42 ME d'investissements, pour développer le site comme fer de lance pour son activité en Europe.

 

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