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La pharmacie française au bord de la récession

Sylvie Latieule
Les entreprises du médicament (Leem) avaient à maintes reprises tiré la sonnette d'alarme auprès des pouvoirs publics : « à trop ponctionner l'industrie pharmaceutique en France pour réduire les déficits de santé, elle finira par se fragiliser ». Force est de constater qu'en ce début d'année 2006, cette prédiction est en train de se réaliser. Tout d'abord, la croissance du marché pharmaceutique s'est fortement ralentie sur les cinq premiers mois de 2006 pour s'établir à 1,7 %, contre 6,5 % en année pleine en 2004 et 2005. Autre sujet particulièrement alarmant, celui de l'emploi. Il y a quelques années, la pharmacie française pouvait s'enorgueillir de créer des emplois au rythme d'environ 2000 par an. Après une année 2005 en demi-teinte, avec un solde positif de seulement 500 emplois, l'effectif global de cette industrie risque de stagner, voire de régresser en 2006. « Les plans de sauvegarde de l'emploi se succèdent », a indiqué Christian Jaloux, le nouveau patron du Leem qui est également président de Sanofi-Aventis France. Le syndicat en a dénombré 13 en 2005 et déjà 9 de plus en 2006.
Le syndicat ne manque pas de souligner que ces mauvais résultats n'affectent pas seulement l'industrie. Une récente étude sur les impacts macro-économiques de cette industrie pharmaceutique, réalisée par le cabinet Cemka-Eva pour le compte du Leem, révèle qu'un emploi dans le secteur génère 3,9 emplois dans le reste de l'économie. Tandis qu'un euro de chiffre d'affaires dans la pharmacie, génère 1,50 e supplémentaire dans d'autres secteurs. Par ailleurs, ce coup de frein de la croissance du marché et les mauvais résultats en matière d'emploi s'ajoutent à la perte d'influence de la France en matière de R&D. Un problème qui s'aggrave d'année en année. Pour le patron du Leem, cette rupture dans les performances de la profession est à mettre sur le compte d'une politique du médicament beaucoup trop sévère à l'égard de l'industrie pharmaceutique. Il cite la multiplication des déremboursements, l'augmentation des taxes, l'accélération de la politique du générique… À titre d'exemple, fin 2006, le taux de pénétration des génériques sur le marché dépassera l'objectif initial de 25 % en volume, pour atteindre 30 %. Une bonne nouvelle pour les caisses d'assurance maladie. Mais dans le même temps, les laboratoires qui n'avaient pas prévu cette accélération ont été « extrêmement déstabilisés » explique Christian Jaloux. Il déplore le manque de visibilité de la politique de santé en France qui se construit sur le court terme, alors que les laboratoires pharmaceutiques ont besoin de visibilité sur le moyen terme pour être pilotés correctement.
Pour remonter la pente, l'industrie pharmaceutique ne voit pas d'autre solution que de renforcer le dialogue avec les pouvoirs publics. « Nous ne refusons pas de participer à un certain nombre d'actions pour réduire les déficits des comptes sociaux », a rappelé le patron du Leem. En revanche, une nouvelle ponction à l'automne serait du plus mauvais effet sur les patrons français et sur les maisons-mères à l'étranger qui pourraient, par représailles, réduire encore les volumes de leurs investissements. Xavier Bertrand, le ministre de la Santé, est prévenu. Sylvie Latieule

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