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Procédé : La Mesta introduit le continu au stade industriel

Procédé : La Mesta introduit le continu au stade industriel

Le réacteur tubulaire suspendu Raptor du nouvel atelier 5.

© La Mesta

En pratiquant des réactions en continu à l'échelle industrielle dans son activité de synthèse à façon, La Mesta se démarque de la concurrence française et internationale. À l'origine de cette performance, le développement d'un réacteur tubulaire original, baptisé Raptor, qui permet notamment de pratiquer des chimies difficiles en toute sécurité.

À Gilette, dans l'arrière-pays niçois, la société de chimie fine La Mesta cache une pépite : son nouvel atelier 5, inauguré début 2017, lui permettant de faire des réactions chimiques en continu à l'échelle industrielle. Au coeur de cet atelier polyvalent est installé un réacteur tubulaire suspendu, baptisé Raptor, dont le design intérieur est maintenu « top secret ». Il n'a pas fait l'objet de brevets et peu de personnes dans la société en connaissent parfaitement la géométrie, confie Pierre Giuliano, directeur général de La Mesta.

Cette technologie est le fruit de près de quinze années de travail. Elle a été imaginée, en 2003, avec la mise au point d'un premier prototype, dès 2004, et des productions qui ont pu démarrer en 2006. Le déploiement de la technologie a nécessité un effort au long cours. « Il a fallu que l'on réapprenne la chimie et que l'on se repose des questions basiques », explique Alexandre Trani, responsable Procédés Innovation et Technologie. De la même façon, les clients ont été difficiles à convaincre. Dans tous les cas, les efforts, tant de développement que commerciaux, ont porté leurs fruits. La technologie est aujourd'hui parfaitement maîtrisée. « Tous nos clients s'intéressent à la production en continu, et la pharma qui y était réticente, y est aujourd'hui favorable. Récemment, la FDA, mais aussi la Socma ont recommandé le passage en continu », ajoute Pierre Giuliano. Ainsi, sur un chiffre d'affaires total de 17 millions d'euros en 2017, le dirigeant estime que 15 % ont été réalisés avec au moins une étape en continu. Cette proportion devrait être portée à plus de 50 % dans les années à venir.

Maîtriser des chimies difficiles

Réacteur tubulaire agité à double enveloppe, avec la possibilité de réaliser jusqu'à 3 introductions de réactifs tout le long du parcours du produit, le Raptor n'a rien à voir avec les mésoréacteurs à plaques souvent présentés pour les opérations en continu. En particulier, il offre la possibilité de travailler avec des milieux hétérogènes, comme par exemple des catalyseurs solides introduits en suspension ou des sels solides formés pendant la réaction qui sont évacués en continu. Avec le R5 de taille industrielle, peuvent être réalisées des réactions jusqu'à 50 bar de pression dans une fourchette de températures de -20 à +180 °C, ce qui permet de couvrir 90 à 95 % des besoins de l'entreprise. De plus petite échelle, le R1 permet, quant à lui, de monter jusqu'à 250 bar de pression et 300 °C de température. À La Mesta, on ne présente pas le Raptor comme un outil miracle, capable de tout faire. Pourtant, il se révèle particulièrement efficace pour gérer des situations dangereuses comme les réactions très exothermiques qui demandent des hautes températures et de la pression, ou celles qui nécessitent l'utilisation de produits particulièrement toxiques ou corrosifs, grâce à la miniaturisation. « Le Raptor nous permet de réaliser en toute sécurité des réactions que l'on n'aurait jamais mises en oeuvre en batch à La Mesta », souligne Alexandre Trani.

Exemple avec la phosgénation, alors que la réglementation rend de plus en plus difficiles le transport et la manipulation de phosgène. Dès 2009, la société a pu installer dans ses locaux un pilote de laboratoire. Il est composé d'un générateur de phosgène alimentant en continu un réacteur Raptor qui le consomme immédiatement. Ces équipements sont confinés dans une boîte à gants étanche dotée d'un abattage spécifique. Fin 2017, l'atelier de phosgénation a été revampé avec l'ajout d'un réacteur Raptor de type industriel pour des productions de plus forts volumes.

En parallèle, le Raptor peut revendiquer bien d'autres avantages : la diminution de la consommation de solvants, l'économie d'énergie, la réduction des déchets, l'augmentation de la qualité par la réduction des réactions secondaires et dégradations, la robustesse et reproductibilité des procédés, la facilité de mise à l'échelle... Fort de ce succès, La Mesta envisage dans le futur l'installation d'une deuxième ligne de chimie polyvalente en continu, dans son atelier 5. Et pour la suite, le bâtiment a été conçu pour permettre l'installation d'un deuxième atelier pour porter à 4 le nombre de ses lignes industrielles fonctionnant en continu.

Dans un avenir plus immédiat, La Mesta s'apprête à accueillir deux autres technologies différenciantes, un signe supplémentaire de son intérêt pour les procédés innovants. Dans une salle qui jouxte l'atelier 5, un distillateur à film raclé va être installé à la rentrée 2018, suivi, en début 2019, d'un système de distillation flash à film tombant équipé d'une colonne de forte capacité fonctionnant à 280 °C, sous un vide inférieur à 1 mbar. Le premier, représentant un investissement de 300 000 euros, a été acquis auprès d'un constructeur spécialisé. Le second a été développé en interne, moyennant un investissement de 1 million d'euros. Dans les deux cas, ces équipements permettront de réaliser des distillations fines sans risque de dégrader les produits par surchauffe. Ces investissements sont réalisés à l'occasion de la signature d'importants contrats sur des niches de marché requérant ces technologies. Bien entendu, au delà de ces outils qui ont le mérite de pouvoir être installés dans des ateliers de petites superficies, La Mesta abrite aussi des ateliers GMP plus classiques, équipés de lignes de production en batch qui atteignent 128 m3, pourvues de réacteurs de 2 000 à 27 000 litres.

Yriel, un actionnaire avec une vision long terme

La Mesta est aujourd'hui une société en croissance (+30 % de CA en 2 ans), rentable et surtout pérenne, qui travaille principalement pour les secteurs de la pharmacie, de la cosmétique, des arômes-parfums et de l'industrie de l'image. À ce titre, elle affiche des certifications ISO 9001 v.2008, GMP, Kosher et vient d'obtenir la certification FSSC 22000 pour le marché des produits alimentaires.

Fondée en 1971, La Mesta a été reprise en 2013 par le groupe familial Yriel, détenu par un grand entrepreneur de la chimie fine, Emmanuel Alvès. Doté d'un effectif de 240 personnes et d'un chiffre d'affaires consolidé de 50 ME, ce groupe est en train de fédérer un pôle de chimie autour de La Mesta, en lui adossant les compétences de deux autres entreprises, l'Italien Fluody, spécialisé dans le développement de procédés, et le Français Egno, producteur notamment de matières premières synthétiques pour arômes-parfums ainsi que de phéromones.

« Egno a des capacités assez originales peu présentes en France et même en Europe. La société manipule l'ammoniac liquide, l'acétylène, l'oxyde d'éthylène et des produits soufrés dans des réacteurs de 50 à 2 000 litres. C'est une chimie rare dans sa gamme de volumes », souligne Pierre Giuliano. Au delà de cette chimie, Egno est appelée dans le futur à compléter ses installations de chimie fine. L'installation d'un Raptor est également envisagée. La Mesta n'a plus la possibilité d'étendre ses installations. En revanche, Egno est basée sur la commune de Saint-Jean-de-Folleville, près du Havre, à proximité de la plateforme pétrochimique de Port-Jérôme. Elle dispose de plus de potentiel pour se développer et fait actuellement l'objet d'importants investissements sous le pilotage de l'ancien directeur de la production de La Mesta, devenu directeur d'Egno, et sous la supervision de Pierre Giuliano, chargé de cette intégration des 3 entités chimie fine du groupe Yriel. Supportées par un programme d'investissement annuel de l'ordre de 10 % du CA et une vision longue terme, ces trois entités vont maintenant se concentrer sur le développement et la croissance organique de leurs activités.

Le pari de la croissance

« La vision entrepreneuriale de notre groupe et notre effort d'investissement devraient nous permettre de continuer à faire de la chimie fine en France, en dépit de la concurrence internationale », explique Pierre Giuliano. « Les ruptures d'approvisionnement de fournisseurs asiatiques nous ont tous impactés, tant au niveau des matières premières, des intermédiaires pour la chimie fine, que des principes actifs pour la pharmacie. Cela laissera des traces dans les stratégies d'achat des clients sérieux ». La Mesta et groupe Yriel font donc le pari de la croissance du marché, tant dans les domaines des arômes-parfums, de la cosmétique que de la pharmacie, combiné à un regain d'intérêt des donneurs d'ordres pour les façonniers européens.

De quoi envisager désormais l'avenir avec une certaine sérénité.

LES ACTIONNAIRES DE LA MESTA DEPUIS SA CRÉATION

1971 création de La Mesta à Gilette par 2 pharmaciens 1988 reprise par le groupe Shell 1996 rachat d'activités chimie de Shell par Inspec 1998 Laporte prend le contrôle d'Inspec 2001 reprise de La Mesta par AET 2013 La Mesta rejoint le groupe Yriel, contrôlé par Emmanuel Alvès

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