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La France ne manque pas d'atouts en bioproduction

La France ne manque pas d'atouts en bioproduction

INSTALLATIONS DE BIOPRODUCTION CHEZ GENZYME À LYON.

© © Genzyme

Avec 39 sites de production biologique et biotechnologique, la France occupe une place honorable sur l'échiquier international. Distancée dans les anticorps monoclonaux, elle excelle dans les vaccins.

Et si la France n'était pas si mal placée dans le domaine de la production biologique et biotechnologique ? C'est déjà ce que laissait entendre un état des lieux publié en 2010 par le ministère de lÉconomie, des Finances et de l'Industrie, faisant suite à une première étude « bioproduction 2008 » menée par le Leem Biotech et le Genopole.

On y annonçait pour 2012 39 sites dont 25 sites de production industrielle de lots commerciaux ou mixtes et 14 sites de production de lots cliniques, employant près de 13 000 personnes. Selon Isabelle Diaz, directeur biotechnologies et recherche au Leem, ces chiffres restent d'actualité. Au mois de mai, l'Observatoire des biotech, piloté par le Comité biotech du Leem, devrait même être en mesure de proposer un comparatif international. Là encore, la France occuperait une place tout à fait honorable, selon Isabelle Diaz. « Il y a 10-15 ans, il n'y avait pas grand chose dans le domaine des biotech sur notre territoire. Les industriels et les pouvoirs publics ont alors alerté les acteurs économiques et une partie du retard a pu être rattrapée. La France n'est pas si mal placée, tant en nombre d'entreprises que de chiffre d'affaires ou d'emploi », confie-t-elle. Reste maintenant à le faire savoir et à organiser la visibilité de ce secteur sur le plan international. L'examen de la localisation de ces 39 sites fait apparaître un regroupement de cette production biotech autour de quatre bassins principaux : la région Rhône-Alpes, la vallée de la Seine, l'Alsace et le département du Nord, selon le rapport du ministère. Les autres sites, de taille plus modeste, sont répartis principalement à l'ouest et au sud de la France près de pôles d'innovation. Le premier bassin, situé autour de l'agglomération lyonnaise, est ainsi né de l'implantation historique des leaders français du vaccin, Sanofi Pasteur et Mérial, et du diagnostic, bioMérieux, explique le rapport. Au cours des dix dernières années, ce territoire a vu l'arrivée de l'Américain Genzyme avec la construction d'un site de production de l'anticorps polyclonal thymoglobuline à Gerland, puis la création des sociétés de biotechnologies PX Therapeutics à Grenoble et Antagène à Limonest. Erytech Pharma a également ouvert son premier établissement pharmaceutique de thérapie cellulaire dans la région. Enfin, en 2011, Pierre Fabre a inauguré son site à Saint-Julien-en-Genevois, spécialisé dans l'immunothérapie par les anticorps monoclonaux.

Le deuxième bassin regroupe Sanofi Pasteur à Val-de-Reuil, site mondial de production de vaccins. Le Biolaunch de Sanofi à Vitry-sur-Seine, récemment reconverti dans la production d'anticorps monoclonaux (cf p. 32). A noter également la présence du LFB avec son usine de médicaments dérivés du sang aux Ulis, Novo Nordisk avec son usine de production de cartouches d'insuline à Chartres et Ipsen avec son unité de lots cliniques de protéines et peptides thérapeutiques à Dreux. Enfin, la bioproduction de lots cliniques se développe en Essonne avec le centre de production du Genopole à Évry et Généthon Bioprod, l'unité de production de vecteurs viraux du Généthon.

Troisième bassin français, l'Alsace abrite de longue date l'usine d'insuline de l'Américain Lilly à Fergersheim. Transgène a investi dans la production de lots cliniques de produits d'immunothérapie. A Huningue, Novartis produit des anticorps monoclonaux et à Illkirch, et à Lingolsheim, Octapharma produit des dérivés du sang.

Le quatrième bassin français se situe autour de l'agglomération lilloise. On y retrouve la deuxième usine du LFB à Lille, le site de production de vaccins Sterilyo de GSK Biologicals à Saint-Amand-les-Eaux (600 M€ investis depuis 2006), le site de Diagast à Loos pour la production de réactifs et systèmes d'immuno-hématologie et l'usine Bio-Rad à Steenvoorde, la plus grande du groupe américain en Europe.

Un leadership dans les vaccins

 

Si l'on examine maintenant les forces de la France par type de produit biotechnologique, Isabelle Diaz observe que « nous avons perdu la bataille des anticorps monoclonaux et protéines recombinantes ». Ce secteur ne mobilise en effet que 9% de l'effectif global. En revanche, la France exerce une vraie suprématie dans le domaine des vaccins, avec 40 % de l'effectif global. Sanofi Pasteur, division vaccins du groupe Sanofi, occupe d'ailleurs une place de numéro un mondial dans le domaine avec un chiffre d affaires de 3,5 Mrds € et un effectif global de 13 000 personnes. Ensuite, tests diagnostiques et hormones mobilisent chacun 19% de l'effectif, contre 12% pour les dérivés du sang. Et loin derrière, les produits d'immunothéraphie, hors anticorps (1 %) ou la thérapie cellulaire et génique (1 %). « La bataille est aujourd'hui sur ces autres bioproductions. Il ne sert à rien de regarder en arrière, » ajoute Isabelle Diaz qui entrevoit un possible rebond de l'immunothérapie à partir de technologies émergentes. En effet, l'immunothérapie utilise des outils de plus en plus sophistiqués : fragments d'anticorps couplés à des radioéléments, à des récepteurs, à des peptides... Le Leem vient de publier une étude intitulée « Renforcer la filière de l'immunothérapie en France ». Sur les 65 approches technologiques prometteuses à l'horizon 2025, l'étude en a identifié 15 dans lesquelles la France pourrait jouer un rôle : 2 en immunothérapies cellulaires, 5 dans les vaccins, 4 dans les anticorps et 2 dans les immunomodulateurs. (étude à télécharger sur le site www.leem.fr).

Par ailleurs, si l'on en juge le niveau des investissements, le poids de la France dans la production biotechnologique ne devrait qu'aller en s'accroissant. Le rapport du ministère estime que depuis les années 2000, c'est plus de 2,7 milliards d'euros qui auront été investis en France, avec un rythme des investissements qui s'accélère puisque la part engagée sur la période 2006-2012 s'élève à plus de 1,9 milliard d'euros, dont environ 40 % pour la construction de nouveaux sites. En termes d'emploi, c'est environ 2060 postes qui auront été créés sur la période 2006-2012, soit une augmentation de l'effectif global du secteur de près de 19 % en six ans, « ce qui en fait un secteur stratégique en termes de création d'emplois pour des postes à haut niveau d'expertise et de qualification » pour les experts du ministère. Le poids des vaccins ne pourra que se confirmer, voire se renforce avec la reconversion du site de Neuville-sur-Saône, moyennant 350 M€ d'investissement pour la production d'un nouveau vaccin contre la Dengue (lancement commercial en 2015).

Outre des investissements industriels, le secteur de la bioproduction est aussi largement soutenu par de l'investissement public. Cell for Cure (C4C) a été retenu dans le cadre des investissements d'avenir sur « les projets structurants des pôles de compétitivité ». Cell for Cure fabriquera des produits de thérapie cellulaire en vue de l'obtention de leur autorisation de mise sur le marché dans les 5 années à venir. Les thérapies cellulaires désignent les greffes de cellules visant à restaurer les fonctions d'un tissu ou d'un organe altérées par un accident, une pathologie ou le vieillissement. Ce projet collaboratif réunit les CHU de Bordeaux, Lille, Nantes, Toulouse, les Hospices civils de Lyon, l'Établissement Français du sang (EFS) Aquitaine Limousin et Pyrénées Méditerranée, le LFB et les sociétés Celogos et CleanCELLS. C4C a obtenu un financement global de l'État à hauteur de 28,5 M€. On peut également citer le programme MAbImprove, labellisé Labex dans le cadre des investissements d'avenir (cf p. 36), pour fédérer la recherche autour des anticorps monoclonaux. Enfin, la plateforme Accinov de Lyonbiopôle correspond à un autre type de soutien au biotech, puisqu'il s'agit d'un nouveau bâtiment de type «hôtel à plateaux techniques» pour héberger des PME et des start-ups dans le domaine de l'infectiologie. AcCInov a été retenue à l'issue de l'appel à projets "plates-formes innovantes" lancé conjointement par la DGCIS et la Caisse des dépôts et consignations.

 

Source : « La production des produits de santé d'origine biologique et biotechnologique » - État des lieux en France 2010 - Cédric Guillerme, DGCIS, ministère de l'Économie, des Finances et de l'Industrie.

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