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La chimie sans visibilité

Julien Cottineau

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Bien entendu, 2012 marque la fin du calendrier Maya. Certains apôtres new-age à tendance apocalyptique y perçoivent une fin du monde inévitable. Les chimistes ne souscrivent visiblement pas à ce scénario. Mais au vu de la conjoncture économique, ils n'ont pas beaucoup plus de visibilité que les Mayas pour 2012 et au-delà. Il y a un an, l'horizon semblait nettement plus dégagé. L'année a même débuté sur les chapeaux de roue avec de très fortes croissances et le retour de vastes fusions-acquisitions. Danisco, Süd-Chemie, Lubrizol ou encore Rhodia ont changé de propriétaire. Et, à coup de milliards, ce sont en majorité des acteurs européens et américains, et non des émergents, qui ont procédé à ces changements de mains. Le signe clair d'un regain de confiance et de prospérité. Mais de courte durée. Les nuages de la crise des dettes souveraines dès la fin du printemps ont refroidi les perspectives. La seconde partie de l'année aura été plus propice à l'annonce de grands projets, ce qui reste malgré tout un signe positif. En revanche, sans surprise, la plupart des annonces ont clairement bénéficié aux pays émergents, qu'il s'agisse des complexes de BASF au Brésil (acide acrylique et superabsorbants) ou en Chine (MDI), du projet de vapocraqueur de Qatar Petroleum et de Shell au Qatar, ou du gigantesque complexe pétrochimique de Dow et Saudi Aramco en Arabie Saoudite. Même les acteurs plus modestes ont ciblé les zones émergentes. Notamment en Asie, comme en Thaïlande avec Arkema et une future plateforme thiochimique et BioAmber en chimie verte, ou encore Lanxess à Singapour dans le caoutchouc polybutadiène néodyme. La seule grande exception aura été l'emballement croissant des pétrochimistes face aux perspectives offertes par les gaz de schistes aux États-Unis. De Chevron Phillips à Shell en passant par Sasol ou Dow, les projets de vapocraqueur via de l'éthane à moindre coût ont fleuri dans le pays de l'Oncle Sam. Des acteurs comme Total et Sinopec, qui n'ont pas (encore ?) annoncé de projets pétrochimiques sur ce point, s'accaparent tout juste des parts de gisements (voir p. 7).

« Rhodia sous pavillon belge, Arkema sans vinyliques » 
 

En France, en termes de projets, l'année n'aura pas vécu d'annonce mirobolante. Certes, il y a eu mi-décembre cette rumeur sur une éventuelle implantation d'un vaste pôle de fibres de carbone de Toray dans le bassin de Lacq. Une rumeur démentie par le groupe japonais qui hésite encore avec le Japon et la Corée du Sud pour le choix du site. De plus, l'ampleur de cet investissement n'est pas encore claire. Du côté des entreprises, 2011 aura été marquée par deux grandes décisions stratégiques. D'abord avec le passage sous pavillon belge de Rhodia, l'un des derniers grands players français, qui a lié désormais son destin à celui de Solvay. Ensuite avec Arkema qui a amorcé le grand virage de la sortie des vinyliques, en le cédant pour 0 € au Suisse Klesch. La scène industrielle chimique hexagonale n'avait pas vécu de pareils bouleversements depuis longtemps. En 2012, si le manque de visibilité prédomine, d'autres surprises pourraient intervenir. Bloomberg, qui n'est pas un organe de presse reconnu pour sa sympathie maya, a d'ailleurs dressé pendant la trêve des confiseurs un scénario selon lequel Arkema serait devenu, débarrassé de son pôle vinylique, une cible très alléchante. Et de citer l'appétit d'ogres comme Sabic ou DuPont. Ce scénario, loin d'être concrétisé ni même commenté par les intéressés, ne serait pas la fin du monde pour la chimie en France, mais certainement la fin d'une époque pour la chimie française.

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