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La chimie prise dans le conflit portuaire

Julien Cottineau

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La grève est suspendue. Provisoirement. Jeudi dernier, la fédération CGT des ports et docks s'est mise d'accord avec l'Union des ports français pour entamer des négociations à partir de mardi, et jusqu'à jeudi prochain, afin de régler le conflit sur la prise en compte de la pénibilité de la manutention portuaire dans le cadre de la réforme des retraites. Démarré le 3 janvier, ce conflit s'était durci ces trois dernières semaines avec des grèves alternées des dockers, des grutiers et des portiqueurs sur l'ensemble des ports maritimes français. « Nous sommes ravis que les discussions s'ouvrent », a réagi Pascal Perrochon, responsable des affaires internationales, du transport et de la logistique à l'UIC. « La reprise du travail jusqu'au 17 février devrait être une bouffée d'air car il y a urgence à faire bouger les produits », poursuit-il. En pleine période de reprise, l'industrie chimique en France se serait bien passée d'un conflit social dont elle est à nouveau la victime collatérale. D'autant que le mouvement a déjà fait pas mal de dégâts. « Nous ne pouvons pas encore chiffrer, mais il s'agira probablement de plusieurs centaines de millions d'euros », estime Pascal Perrochon. Sur le terrain, groupes et PME de la chimie se sont trouvés confrontés à de multiples difficultés pour leur approvisionnement en matières premières et l'exportation de leurs produits. Contrairement au blocus du Grand port de Marseille à l'automne, qui avait duré 33 jours et engendré des pertes estimées à 550 M€ pour l'industrie chimique, la grève actuelle affecte toutes les entrées et sorties maritimes françaises. Donc toutes les régions et toutes les catégories de productions chimiques. En conséquence, en sus des entrées et des sorties de produits, la situation a déjà généré de forts impacts économiques. Du côté de la production, des unités étaient prêtes à s'arrêter du jour au lendemain la semaine dernière. Du côté logistique, entre les conteneurs bloqués, le détournement de flux vers d'autres ports européens comme Gênes, Barcelone, Rotterdam ou Anvers, et la mise en place de solutions provisoires de transports, ce mouvement a engendré immédiatement des surcoûts pour tous. Pascal Perrochon estimait même la « situation catastrophique pour certaines PME », en évoquant des « entreprises totalement piégées » voire en « conditions de survie ».

« Une situation catastrophique pour certaines PME »

Après trois semaines de blocage, le secteur n'avait pu obtenir des alternatives, comme les dérogations provisoires obtenues fin 2010, notamment le transport jusqu'à 44 tonnes. Ces dernières semaines, l'UIC avait lancé un dialogue avec les pouvoirs publics et le Groupe des fédérations industrielles pour trouver les moyens d'établir un service minimum dans les ports et éviter de pénaliser les entreprises. « Notre combat continue toujours car on ne sait pas ce qu'il va advenir, il y a toujours un risque », note d'ailleurs Pascal Perrochon. Le spectre d'une reprise des grèves le vendredi 18 est déjà dans les têtes.

En attendant, cet énième mouvement pose un réel problème de fond. Les industriels craignent que certains flux reportés aujourd'hui sur d'autres ports européens ne reviennent pas vers les ports français. « On cumule les grèves à répétition et les problèmes liés au transport et à la logistique en France. On peut penser, à force, que des grands groupes internationaux hésiteront de plus en plus à investir ici », note Pascal Perrochon. Dans cette optique, l'instauration d'un service minimum reste donc une priorité, grève ou pas grève.

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