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L'open innovation apporte de la valeur en interne

Propos recueillis par Aurélie Dureuil

Rencontre avec Pascal Touchon, directeur de la direction de la coopération scientifique des laboratoires Servier. Il détaille pour Industrie Pharma le fonctionnement et les enjeux de la gestion de l'open innovation pour l'industriel français.

Industrie Pharma : Comment est gérée l'open innovation au sein des laboratoires Servier ?

Pascal Touchon : Ma direction existe depuis plus de 18 ans dans notre entreprise. Elle vise par les partenariats à étendre et accélérer notre capacité à amener l'innovation médicale au service des patients et des médecins. L'open innovation est consubstantielle à notre activité. Ce qui est nouveau, c'est de l'organiser de plus en plus et de considérer les partenariats comme une activité stratégique. Tout le processus de découverte, développement et mise à disposition pour les patients de médicaments innovants est très long et très risqué. Cela nécessite de mener beaucoup de projets en parallèle. Nous ne pouvons pas agir seuls, tout savoir et tout réaliser en interne. Tous ces partenariats sont clés aujourd'hui dans l'industrie pharmaceutique. En ce qui nous concerne, nous distinguons classiquement quatre types de collaborations.

 

Pouvez-vous détailler ces quatre types de partenariats ?

P.T. : Il y a d'abord la prestation de services. Nous faisons appel à une CRO ou une équipe académique pour réaliser une étude particulière, mettre en oeuvre une technologie spécifique, etc. Nous avons alors la propriété des résultats et des propriétés intellectuelles qui en découlent. Ensuite, il y a les collaborations de recherche avec des équipes académiques ou privées. Nous travaillons sur un sujet en commun avec une création de valeur par les deux partenaires. Nous négocions un accès, exclusif ou non, aux droits sur la propriété intellectuelle créée ensemble, sous forme de licence notamment. Ensuite, nous nouons des partenariats qui sont un mélange de licence et de collaboration de recherche. Il s'agit d'un travail en commun mais aussi d'une prise de licence dès le démarrage du partenariat car il y a eu une activité inventive préalable du partenaire ayant créé une propriété intellectuelle. Nous en avons une trentaine en cours. Enfin, nous sommes présents dans de nombreuses collaborations pré-compétitives. Il s'agit de consortium publics-privés de recherche européens mis en place par l'IMI œN.D.L.R., initiative médicaments innovantsæ par domaine thérapeutique. Il s'agit de joindre nos forces avec d'autres laboratoires pharmaceutiques, des biotechs et des équipes académiques pour résoudre des problèmes clés essentiels au succès futur de projets de recherche de découverte.

 

Comment identifiez-vous une technologie, une molécule, etc. innovante ?

P.T. : Nous avons défini les cinq domaines dans lesquels nous souhaitons agir en terme d'innovation médicale. Il s'agit des maladies cardiovasculaires, du cancer, du diabète de type II, des maladies neurologiques et psychiatriques et enfin des maladies rhumatologiques. Nous nous limitons à ces domaines pour la recherche en interne et les partenariats. Nous bénéficions d'une excellente image dans ces domaines de laboratoire expert, engagé dans l'innovation et éthique. De ce fait, nous sommes contactés quotidiennement par des équipes académiques et des sociétés de biotechnologie. Nous recevons environ 1 000 contacts par an provenant de tous les continents et reflétant la réalité de la recherche pharmaceutique. Les contacts proviennent également de la participation de nos scientifiques à de nombreux congrès et événements comme BIO aux États-Unis. Les capitaux risqueurs nous contactent fréquemment car ils aident souvent les sociétés dans lesquels ils investissent à trouver des partenaires.

 

Quelles sont les étapes de sélection parmi toutes ces sollicitations pour des projets ?

P.T. : Nous avons un système bien établi qui repose sur quatre étapes de sélection. D'abord, les directeurs de projets spécialisés par domaine thérapeutique effectuent une première sélection. Ils sont capables de voir un point rédhibitoire comme l'absence de propriété intellectuelle. Ensuite, nous avons des groupes d'évaluation multidisciplinaires qui vont rencontrer la société, l'équipe académique. Après cette deuxième étape, le directeur du pôle d'innovation thérapeutique R&D spécialisé dans le domaine concerné valide l'opportunité de partenariat. Et enfin, nous passons à la phase de due diligence. Si le candidat médicament est toujours sélectionné après cette phase, le partenariat est alors proposé pour validation à un comité stratégique des projets R&D. Nous ne mettons pas en place de partenariat pour des opportunités qui ne suscitent pas une adhésion très forte de nos équipes en interne et qui ne nous permettent pas de créer de la valeur médicale par notre activité de R&D.

 

Comment contractualisez-vous ce type de partenariat ?

P.T. : C'est très différent en fonction du stade d'avancement. Plus on est tôt dans le développement de la technologie ou du candidat médicament, et plus c'est incertain, et plus nous devons prendre en compte cette incertitude. Nous adoptons alors un étalement des paiements avec des milestones et des redevances sur une éventuelle exploitation de la propriété intellectuelle par des ventes de médicaments. Avec le dirigeant de la société ou la structure de valorisation de l'équipe académique, nous devons nous entendre sur la valeur de ce qui existe aujourd'hui, de ce que nous allons faire ensemble et comment va se faire la répartition de la valeur commune.

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