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« L'industrie de santé en Europe reste compétitive »

Propos recueillis par Aurélie Dureuil

La Fédération européenne des associations et industries pharmaceutiques (EFPIA) se veut le porte-parole du secteur au niveau régional mais également le défenseur de l'écosystème européen dans le monde. Rencontre avec son vice-président, Marc de Garidel, également p-dg d'Ipsen, président du G5 Santé et du Comité stratégique de filière Santé.

Industrie Pharma : Pouvez-vous détailler l'importance de l'EFPIA pour l'industrie pharmaceutique ?

Marc de Garidel : La Fédération européenne des associations et des industries pharmaceutiques (EFPIA) est le porte-parole au niveau européen de l'industrie pharmaceutique innovante. Forte de ses 33 associations nationales et de 40 groupes internationaux, l'EFPIA est la voix au niveau européen d'environ 1 900 sociétés qui recherchent et développent de nouvelles solutions thérapeutiques. L'organisation prête également une attention particulière aux sociétés et groupes de taille intermédiaire afin de les représenter au mieux. J'ai ainsi été nommé vice-président du conseil d'administration où je représente ces entreprises.

 

Dans ce contexte quels sont les grands axes de travail de l'organisation ?

M.d.G. : L'EFPIA a récemment repensé sa structure et s'organise désormais autour de quatre piliers pour répondre à quatre questions fondamentales : encourager la recherche et l'innovation ; travailler avec les systèmes de santé ; favoriser la collaboration entre autorités réglementaires internationales et promouvoir le dialogue avec toutes les parties prenantes, dont les associations de patients ; et assurer le respect des plus hauts standards d'éthique et de compliance.

 

En termes d'innovation, l'EFPIA participe au programme européen Initiative médicaments innovants (IMI).Pouvez-vous détailler cette implication ?

M.d.G. : L'Initiative médicaments innovants est un partenariat public-privé entre la Commission européenne et l'industrie pharmaceutique innovante représentée par l'EFPIA. Son objectif est d'améliorer la santé des patients en accélérant le développement et l'accès aux médicaments innovants, notamment lorsqu'il y a un fort besoin social ou thérapeutique. L'IMI facilite pour ce faire la collaboration entre la recherche de l'industrie de santé innovante et les PME, les associations de patients, les milieux cliniques et universitaires, les hôpitaux ainsi que les autorités publiques. À sa genèse, il s'agissait d'orienter les recherches vers certaines aires thérapeutiques peu étudiées à cause de leur complexité et de la difficulté à créer un modèle économique viable pour l'industrie innovante. L'IMI dispose ainsi d'un budget d'environ 3,3 milliards d'euros sur dix ans. Les sociétés membres d'EFPIA ne reçoivent pas de financement : elles contribuent en nature à chaque projet, en demandant par exemple à leurs chercheurs de dédier du temps et des ressources à l'IMI, et la Commission européenne fait pour sa part une contribution financière de valeur égale.

 

Quels sont les domaines concernés par les projets IMI ?

M.d.G. : Des travaux ont été menés notamment dans les domaines du diabète, des maladies infectieuses, des maladies neurodégénératives, de l'oncologie, des thérapies innovantes, et plus récemment, du « big data ». En 2014, cela a permis, en l'espace de trois mois, de mobiliser un financement de 200 M€ pour les projets sur Ebola. Les 7e et 8e appels à projets ont été lancés le 18 décembre 2015. Il s'agit d'une très belle initiative qui dépasse les frontières européennes. Elle nous est enviée par les États-Unis.

 

Vous avez mentionné le « big data ». Comment anticipez-vous son développement ?

M.d.G. : C'est une véritable révolution pour l'ensemble des acteurs, notamment les entreprises du médicament, les hôpitaux, et les médecins. Le patient est également plus actif, grâce notamment aux objets connectés et à sa connaissance de plus en plus pointue de sa pathologie. Des outils d'intelligence artificielle permettent aujourd'hui d'analyser toutes les données collectées autour d'un patient. Par ailleurs, il est important d'élargir l'accès à certaines données scientifiques tout en garantissant la propriété intellectuelle et la confidentialité des données issues des patients. L'arrivée des leaders de la « Data Economy » comme Google, Microsoft, Apple commence à bouleverser l'écosystème de l'industrie pharmaceutique. Des partenariats se mettent en place avec un double objectif : rester innovant pour garder un avantage concurrentiel et offrir davantage de qualité de vie aux patients.

 

Parmi les quatre axes de travail, vous citez également les réflexions pour intégrer l'innovation dans la gestion des systèmes de santé. Quelles sont les positions de l'EFPIA ?

M.d.G. : L'EFPIA veut favoriser la reconnaissance de l'innovation au service du patient. Son président prône une véritable dynamique conjointe entre les gouvernements nationaux, l'Europe et les entreprises pharmaceutiques pour soutenir la viabilité des systèmes de santé dans un contexte où l'innovation s'accélère et implique un déplacement des coûts. Des initiatives européennes essaient de standardiser des démarches d'évaluation des autorités locales. L'objectif est d'améliorer l'accès des patients aux innovations thérapeutiques dans l'ensemble des pays de l'Union européenne.

 

Comment se positionne l'industrie de la santé européenne au niveau mondial ?

M.d.G. : L'industrie pharmaceutique connaît de fortes transformations et l'industrie de santé européenne doit rester compétitive. Il faut une politique industrielle européenne et nationale qui permette de renforcer la place de l'Europe dans les sciences de la vie. Les patients européens doivent également avoir accès aux innovations et aux nouvelles solutions globales de santé dans les meilleurs délais.

 

L'EFPIA a mené une étude comparative sur la compétitivité des entreprises de biotechnologie entre l'Europe et les États-Unis. Quelles sont les principales conclusions ?

M.d.G. : Pour les sociétés investissant plus d'1 Mrd € par an en R&D, il n'y a pas de différence notable entre l'Europe et les États-Unis. Pour celles avec des investissements de 100 M€ à 1 Mrd €, une grosse dichotomie existe entre l'Europe et les États-Unis. Outre-Atlantique, un nombre important de ces sociétés sont financées et n'ont pas de chiffre d'affaires. Cela montre que les investisseurs sont prêts à accompagner des sociétés avec des pertes potentielles. En Europe, les entreprises avec ce budget de R&D sont souvent des sociétés familiales qui ont évolué avec le temps. Pour ces entreprises, des systèmes d'incitation à l'innovation sont essentiels et doivent être développés. Enfin, pour les groupes pharmaceutiques investissant moins de 100 M€ par an, il apparaît que beaucoup plus de sociétés américaines trouvent les financements nécessaires. L'Europe tend à se concentrer sur l'amorçage. Aux États-Unis, le marché des IPO est extrêmement dynamique et permet de financer des start-up. Un autre enseignement de cette étude concerne l'écosystème de l'innovation : la science européenne est aussi performante que celle des États-Unis et le rôle des clusters est essentiel dans cet écosystème de l'innovation, aussi bien en Europe (Paris-Saclay, Oxford...) qu'aux États-Unis (Boston/Cambridge...).

 

Quelles sont les actions de l'EFPIA autour de la lutte contre la contrefaçon et de la réglementation sur la sérialisation des médicaments ?

M.d.G. : La contrefaçon de médicaments a explosé avec Internet. L'EFPIA contribue à la mise en oeuvre de la législation européenne sur les médicaments falsifiés. Elle soutient la mise en place d'un système de traçabilité au niveau européen du médicament afin de protéger le patient contre les risques liés à la contrefaçon. Enfin, l'EFPIA a également contribué à la mise en oeuvre de l'EMVO (European medicines verification organisation), organisation chargée de contrôler le flux des médicaments entre pays via la sérialisation des médicaments. .

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