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L'impression 3D pour fabriquer des médicaments

Propos recueillis par Nicolas Viudez

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La jeune société anglaise FabrX développe l'impression 3D pour la fabrication de médicaments. Si les débouchés sont encore lointains, FabrX veut croire à un futur pour ses « printlets », en pariant sur les besoins grandissants en médecine personnalisée. Alvaro Goyanes Goyanes, directeur du développement de FabrX, nous éclaire sur ce procédé unique.

Quels sont les bénéfices de l'impression 3D pour les médicaments ?

L'impression 3D est un terme générique qui regroupe différentes technologies permettant la production de n'importe quel objet à partir d'une fabrication additive basée sur le design d'un modèle 3D. La possibilité de créer facilement des « printlets » (nom des médicaments imprimés) ou des dispositifs médicaux en modifiant seulement un fichier offre de nombreuses possibilités. La plus simple est de changer le dosage du médicament. En pharmacie, ce n'est pas facile de fabriquer des médicaments à différents dosages, mais avec l'impression 3D, c'est possible de façonner et de préparer les « printlets » avec la dose individuelle pour chaque patient. Cela peut être un vrai changement technologique pour les médicaments pédiatriques où le dosage varie selon l'âge ou le poids de l'enfant. C'est aussi possible d'imprimer sous forme de chewing-gums, avec différentes formes, arômes et couleurs et de les rendre ainsi plus attractifs pour les enfants. C'est aussi possible de combiner en un seul comprimé deux médicaments ou plus, ce qui réduit le nombre de comprimés à avaler. C'est important, par exemple, pour les personnes âgées. L'autre bénéfice est que la sélection des excipients ou du design signifie que le temps de libération ou la cinétique de libération de chaque principe actif peuvent être réglés très finement. C'est possible de concevoir des comprimés qui possèdent n'importe quel profil de libération : immédiate, prolongée ou retardée.

La réglementation pharmaceutique n'est pas réputée pour sa flexibilité. Comment pensez-vous franchir cette étape ?

Avec l'arrivée de nouvelles molécules et de nouveaux médicaments, il y a un besoin d'envisager de nouvelles méthodes de fabrication et de supply-chain pour réaliser ce paradigme de la médecine personnalisée. De nos jours, les traitements sont habituellement fabriqués à une large échelle, ce qui limite la gamme de dosages disponibles. De notre point de vue, l'impression 3D peut être rapidement développée, optimisée et adaptée à la production pharmaceutique. La technologie permettra de fabriquer des comprimés individuels de qualité pharmaceutique et sera capable de vérifier la dose dans chaque comprimé, par des analyses in situ, un point clé sur le plan réglementaire. Il n'y a actuellement pas de réglementation claire sur l'impression 3D de médicaments, mais il y a un produit sur le marché américain, préparé par impression 3D, le Spritam d'Aprecia. Je pense que la législation ne sera pas un problème, s'il est possible de prouver la sûreté de ces médicaments et du procédé d'impression.

Peut-on envisager une production à l'échelle industrielle ?

L'impression 3D regroupe différentes technologies. Certaines sont plus adaptées à la production de petits lots et d'autres peuvent être aisément mises à l'échelle de la production industrielle. C'est le cas par exemple du SLS, « selective laser sintering », où les « printlets » sont préparés par addition de petites couches de poudre reliées entre elles par l'action d'un laser. Cette technologie est similaire à celle utilisée pour fabriquer le Spritam, mais au lieu d'utiliser un agent liant liquide pour relier les différentes couches, nous utilisons un laser pour agglomérer les couches, ce qui permet d'éviter l'utilisation de solvants et évite l'humidité.

À combien revient un médicament 3D par rapport à une fabrication traditionnelle ?

Actuellement, le temps d'impression et le coût unitaire de chaque dose sont défavorables, en comparaison avec la compaction de poudre. Avec des besoins pour des doses personnalisées de plus en plus grands, la différence va se réduire, mais c'est actuellement un obstacle à l'implémentation de cette solution. C'est pourquoi nous nous focalisons sur la médecine personnalisée. Les excipients et les substances utilisées dans l'impression 3D sont les mêmes que pour une fabrication traditionnelle, donc le coût et le prix de l'équipement diminuent rapidement, d'année en année.

Quelles sont les prochaines grandes étapes pour FabrX ?

Nous sommes en train d'identifier les médicaments les plus prometteurs en médecine personnalisée, qui pourraient tirer avantage de la technologie par impression 3D. Dans le même temps, nous développons et adaptons la technologie, comme il n'y a actuellement ni imprimante adaptée pour ces formulations ni système de contrôle qualité pour la fabrication de ces formulations sur le point de distribution. Nous travaillons également au développement de la formulation, pour permettre la bonne formulation dans les bons matériaux, de manière à ce que, lorsque vous appuyez sur le bouton, vous imprimiez des formulations au bon dosage. Nous devons enfin prouver que les médicaments qui peuvent être imprimés sont sans danger, donc des essais cliniques et des études in vivo devront être menés.

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