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L'excès d'optimisme comporte des risques

Aurélie Dureuil

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L'excès d'optimisme  comporte des risques

Les joueurs ont été soumis à des tests sur ordinateur.

© © CNRS

Des chercheurs lyonnais ont révélé un lien entre le jeu pathologique et l'excès d'optimisme des joueurs. Cette étude a permis la mise au point d'un protocole pour détecter ce type de joueur et peut-être développer un traitement.

Si vous aviez le choix entre empocher 2 euros tout de suite, ou remporter 20 € avec une probabilité de 10 %, que choisiriez-vous ? Cette question a été posée à une vingtaine de joueurs par l'équipe de Jean-Claude Dreher du Centre de neurosciences cognitives du CNRS à Lyon au cours d'une étude sur le jeu pathologique. L'étude menée par le doctorant Romain Ligneul a permis d'établir un lien entre cette addiction et un biais d'optimisme qui pousse les joueurs concernés à surévaluer le plaisir de la prise de risque. « Chez ces joueurs pathologiques, les zones du cerveau impliquées dans le traitement des récompenses monétaires vont sur-réagir aux issues positives des paris risqués », constate Romain Ligneul. L'Autorité de régulation des jeux en ligne (Arjel) définit le joueur pathologique comme « celui qui devient incapable de contrôler sa pratique et ce, malgré les répercussions négatives de celle-ci. Ce joueur est alors incapable de limiter la place du jeu dans sa vie et ce, au détriment de toutes les autres formes d'activités : vies sociale, familiale, professionnelle, etc. ». Du côté des neurosciences, le jeu pathologique est « une maladie caractérisée tantôt comme un trouble du contrôle des impulsions, tantôt comme une addiction comportementale. Il se traduit par une incapacité à limiter la fréquence et la hauteur des mises engagées dans des jeux d'argent », selon le CNRS. Romain Ligneul souligne, par ailleurs, le manque de connaissance sur cette addiction. « Les chercheurs travaillent depuis trois décennies sur le phénomène d'addiction, mais avec toujours un facteur confondant : l'intervention de substances addictives. De ce fait, il est difficile de savoir si ce que l'on observe dans le cerveau est dû à l'addiction ou à la substance. Dans le jeu pathologique, il n'y a pas d'intervention de substance qui pourrait altérer la prise de décision. Avec cette étude nous avons voulu comprendre comment le cerveau prend des décisions », note le chercheur.

L'étude a consisté à soumettre une vingtaine de volontaires à une expérience sur ordinateur. Il s'agissait de choisir entre recevoir une somme d'argent de manière sûre ou d'effectuer un pari risqué pour recevoir une somme plus élevée. « Nous avons accumulé un grand nombre d'essais. A partir de ces données, nous avons reconstruit la représentation fonctionnelle des probabilités par ces joueurs pathologiques », détaille Romain Ligneul. L'interprétation des résultats a permis d'établir un lien entre le jeu pathologique et un excès d'optimisme. Un résultat qui contredit les hypothèses liant le jeu pathologique à une altération du raisonnement probabiliste, selon le chercheur. « Le biais de distorsion des probabilités a été découvert par les prix Nobel Kahneman et Tversky en 1979. Il se caractérise par le fait de surestimer les petites probabilités et de sous-estimer les fortes. C'est-à-dire que pour des petites probabilités, le joueur préfère prendre le risque de repartir avec rien, tandis que pour de grandes probabilités, il préfère le montant certain. Ce biais concerne la population générale. L'hypothèse était alors que les gens les plus attirés par ce jeu souffriraient plus de ce biais. D'autres recherches suggéraient que le joueur pathologique serait au contraire un expert en matière de probabilités et souffrirait donc d'un autre biais », détaille Romain Ligneul. C'est cette seconde hypothèse que les chercheurs du Centre de neurosciences cognitives du CNRS à Lyon ont validé avec leurs travaux publiés dans la revue Psychological Medicine. Les résultats de cette étude doivent néanmoins être modérés. « Nous avons exclu de notre étude les joueurs ayant un antécédent psychiatrique, les alcooliques, les dépressifs, etc. Il est donc possible que nous ayons isolé une sous-partie des joueurs pathologiques », indique le chercheur.

Vers des traitements pharmacologiques

 

Pour cette sous-partie, les recherches vont se poursuivre. En effet, si la formule « Jouer comporte des risques » est répétée pour les jeux d'argent, les chercheurs entendent utiliser leurs résultats pour améliorer le diagnostic et le suivi. Ces résultats pourraient permettre la mise au point d'un protocole de détection des joueurs pathologiques. « En utilisant la tâche que nous avons définie, il est possible de détecter les joueurs pathologiques qui souffrent fortement de ce biais d'optimisme. Il sera alors possible de leur proposer une approche thérapeutique personnalisée », souligne Romain Ligneul qui suggère de poursuivre ces travaux par une étude au niveau cérébral afin de peut-être développer un traitement pharmacologique. Il voit, par ailleurs, dans le protocole mis au point un moyen de sensibiliser les joueurs pathologiques. « Nous pouvons utiliser des tâches de ce type pour leur faire prendre conscience de ce biais cognitif et engager une thérapeutique », indique le chercheur.

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