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L'aversion alimentaire, une histoire de neuroscience

Aurélie Dureuil

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Des chercheurs français ont étudié l'aversion au fromage pour identifier les aires cérébrales impliquées dans la perception alimentaire. Ces résultats pourraient ouvrir des voies dans les pathologies liées aux troubles alimentaires.

C'est une étude qui ne pouvait être menée qu'en France. Des chercheurs du centre de recherche en neurosciences de Lyon (CNRS, Inserm, universités Claude Bernard Lyon 1 et Jean Monnet) et du Laboratoire Neuroscience Paris Seine (CNRS, Inserm et UPMC) ont travaillé sur l'implication dans le cerveau du phénomène de dégoût vis-à-vis du fromage. Ils ont ainsi identifié les aires cérébrales activées par la perception d'un aliment aversif. Leurs travaux ont été publiés sur le site Internet Frontiers in Human Neurosciences. Pour ces recherches, l'équipe a choisi le fromage, un aliment dont la France est grand producteur. « Pour étudier l'aversion alimentaire chez l'animal, c'est assez simple. Il suffit de le rendre artificiellement malade quand il consomme l'aliment. Ce n'est naturellement pas possible de procéder ainsi chez l'Homme. La solution était donc de trouver un aliment pour lequel nous avions une population importante de personnes ayant une aversion », détaille Jean-Pierre Royet, directeur de recherche au sein de l'équipe « Du codage à la mémoire olfactive » du Centre de recherche en neurosciences de Lyon.

 

Une aversion au fromage pour 6 % des sondés

 

Les chercheurs ont donc procédé à une phase d'étude afin de déterminer cet aliment. Un questionnaire comprenant 75 aliments, répartis en huit catégories, a ainsi été proposé. Les personnes devaient juger chaque aliment avec une échelle de 0 à 10 selon qu'elles n'aimaient pas du tout l'aliment ou l'appréciaient énormément. Sur 332 personnes testées, 6 % déclaraient avoir une aversion pour le fromage (réponses 0 et 1), tandis que cette proportion était de 2,7 % pour le poisson et 2,4 % pour la charcuterie. Les chercheurs ont d'abord essayé de comprendre cette aversion par des entretiens avec les personnes concernées. « Nos entretiens ont permis de dégager plusieurs explications. 60 % d'entre eux n'aimaient pas le goût et l'odeur. 18 % pensaient avoir une intolérance au lactose, et 47 % disaient compter au moins un membre de leur famille n'aimant pas le fromage », détaille Jean-Pierre Royet. Après cette première étude, les chercheurs ont donc choisi le fromage comme aliment pour étudier les circuits neuronaux impliqués dans l'aversion. « Nous avons sélectionné quinze personnes qui n'aiment pas du tout le fromage et quinze personnes qui l'aiment beaucoup », indique Jean-Pierre Royet. Cependant, les personnes des deux groupes aimaient autant les autres aliments sélectionnés, comme témoins dans le cadre de l'étude (le concombre, le fenouil, les champignons, le pâté, les cacahuètes et la pizza). Les 30 personnes « ont été confrontées simultanément à l'image et l'odeur de six fromages différents et des six autres aliments témoins. Elles devaient affirmer si elles appréciaient ou pas l'odeur et la vue de ces aliments, puis si, à ce moment précis, elles avaient envie de les manger », selon Jean-Pierre Royet. Grâce à l'imagerie par résonnance magnétique fonctionnelle (IRMf), les chercheurs ont observé le pallidum ventral, « une petite structure cérébrale habituellement activée chez les personnes qui ont faim ». Cette aire cérébrale était totalement inactive chez les personnes ayant une aversion pour le fromage, alors qu'elle était activée pour tous les autres aliments. Ce résultat vient ainsi confirmer le comportement de personnes ayant une aversion au fromage et dont l'odeur et la vue ne déclenchent pas l'appétence pour cet aliment. D'autres structures étaient par contre plus fortement activées lors de la présentation d'images et d'odeurs de fromage chez les personnes n'appréciant pas cet aliment que chez celles l'aimant beaucoup. Il s'agit du globus pallidus et de la substantia nigra. « Comme le pallidum ventral, ces petites aires participent au circuit de la récompense. Cependant, qui dit circuit de la récompense ne signifie pas que les aires de ce circuit sont activées uniquement quand nous éprouvons du plaisir dans une situation donnée. Par exemple, quand l'aliment est aimé et que nous avons faim. Ou dans le cas de personnes qui présentent un comportement d'addiction à la boisson, aux drogues, aux jeux d'argent voire au sexe. Le circuit dit de la récompense comprend un grand nombre d'aires dont le fonctionnement est complexe. Et il a été montré que plusieurs de ces aires sont également activées dans des situations aversives de peur, de dégoût, ou de stress. En bref, nos travaux nous ont aidés à mieux comprendre le fonctionnement du système nerveux face à l'aversion alimentaire. Ajoutées et confrontées aux nombreuses données de la littérature déjà publiées sur le sujet, nos données peuvent également nous aider à mieux interpréter les réponses de ces systèmes chez les personnes qui par exemple présentent des troubles alimentaires tels que l'obésité, l'anorexie ou la boulimie ». Les neurosciences pourraient ainsi fournir des clés pour mieux appréhender les troubles alimentaires. Les recherches pourront, pourquoi pas, ouvrir de nouvelles perspectives de traitement pour les patients concernés

 

Bibliographie : The Neural Bases of Disgust for Cheese : An fMRI Study. Jean-Pierre Royet, David Meunier, Nicolas Torquet, Anne-Marie Mouly and Tao Jiang. Frontiers in Human Neuroscience.

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