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L'automédication veut peser dans le parcours de santé

NICOLAS VIUDEZ

Deux études récentes font le point sur le marché français de l'automédication, en retrait par rapport à ses voisins européens. L'Afipa expose ses propositions pour redonner des couleurs au secteur.

Grands consommateurs de médicaments, les Français ? Pas si sûr. L'Afipa, l'association qui représente les industriels qui produisent et commercialisent des produits de santé disponibles en pharmacie sans ordonnance, a tenu à réagir à la publication des chiffres du 4e observatoire européen sur l'automédication. Réalisé au cours de l'année 2016, il place la France à la remorque de ses voisins européens (voir également notre encadré). Face à ce marché en retrait, les professionnels du secteur veulent peser pour ancrer l'automédication comme un levier d'amélioration des politiques de santé. La réflexion sur le sujet est en effet ouverte en Europe, avec les défis communs que représentent le financement du système de santé ou la désertification médicale. L'Afipa plaide pour une automédication qui permettrait à la fois de faire des économies et de transformer le passage par l'officine en première étape du parcours de soin du patient. Elle s'appuie pour cela sur l'exemple de campagnes qui vont dans ce sens, au Royaume-Uni et en Suède.

 

Des exemples venus du Nord

Au Royaume-Uni, une campagne baptisée « Stay well this winter » a été mise en place par les autorités de santé pour inciter les patients à solliciter l'avis du pharmacien en cas de pathologies hivernales. En Suède, c'est un outil plus original de géolocalisation des épidémies qui a été élaboré pour informer et conseiller sur les pathologies hivernales, au plus près du terrain. Des exemples que les professionnels de l'automédication aimeraient voir repris en France. L'Afipa déplore ainsi l'absence de mesures concrètes de promotion de l'automédication et des décisions techniques qu'elle qualifie d'« incohérentes ». Elle cite en exemple l'interdiction de publicité et le passage à l'ordonnance obligatoire pour des médicaments jusqu'alors délivrés sans ordonnance, qui vont, selon elle, à l'encontre de l'intérêt du patient. Les professionnels appellent à une série de mesures concrètes : intégration du « selfcare » comme première étape du parcours de soin pour les pathologies bénignes, inscription systématique au dossier pharmaceutique des médicaments d'automédication, protocolisation du conseil pharmaceutique ou encore développement du sans-ordonnance. L'association estime ainsi que, sur la base des molécules passées au sans-ordonnance dans au moins un des huit pays étudiés par l'observatoire européen, 92 molécules pourraient opérer cette bascule en France. Selon l'association, ce changement accélèrerait pour les patients l'accès à des traitements efficaces contre des pathologies comme la migraine ou les allergies, avec les conseils du pharmacien. Cette question du « avec » ou « sans ordonnance » est stratégique pour le secteur et pèse de façon impressionnante sur le marché.

 

Le poids de l'ordonnance sur les ventes

En parallèle aux résultats de l'observatoire européen, le

16e baromètre du Selfcare 2017 permet de faire un point plus précis, à l'échelle de l'Hexagone, sur ce marché qui inclut médicaments sans ordonnance, dispositifs médicaux et compléments alimentaires. Les pathologies hivernales, moins marquées, ont fait baisser la consommation de certains médicaments d'automédication. Ainsi, le segment des médicaments pour les voies respiratoires baisse de 8,4 % par rapport à 2016, quand celui des antalgiques perd 4,1 %. Mais l'exemple le plus marquant est sans doute celui des médicaments à base de codéines. La décision du ministère de la Santé d'imposer une ordonnance pour ces médicaments régulièrement détournés pour des usages récréatifs - les fameux « purple drink » - avait fait l'objet d'une forte médiatisation en juillet 2017. L'impact sur les ventes est frappant sur la fin 2017 : - 28 % par rapport au dernier trimestre 2016. Dans ce tableau mitigé, l'Afipa se félicite cependant de la politique tarifaire menée en France, puisque les médicaments d'automédication ont des niveaux de prix parmi les plus bas en Europe (le secteur OTC est même en dessous de l'indice des prix à la consommation) grâce à la libre concurrence entre les officines. Une façon aussi de se positionner face à un autre débat récurrent : la libéralisation de la vente des médicaments. Sur ce sujet, pas sûr que l'Afipa, hostile à ce changement, pousse la comparaison avec le modèle anglais, dans lequel les médicaments sans ordonnance sont disponibles en supermarché.

LES CHIFFRES DE L'AUTOMÉDICATION EN FRANCE

Parts de marché : 12,9 % en 2016, contre 23,5 % pour la moyenne européenne. Prix moyen : 4,74 euros contre 5,81 euros en Europe. Chiffres d'affaires : 3,9 milliards d'euros, en croissance de 0,8 % dont : - automédication : 2,24 milliards d'euros (-3,7 %) - dispositif médicaux : 845 millions d'euros (+3,5 %) - compléments alimentaires : 825 millions d'euros (+12,1 %).

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