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« L'année 2015 va s'inscrire dans la continuité de 2014 »

Propos recueillis par Audrey Fréel

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Patrick Errard, président du Leem, dresse un bilan de l'année 2014 et détaille les perspectives de l'industrie pharmaceutique pour 2015 et à plus long terme.

Industrie Pharma : Que retiendrez-vous de l'année 2014 dans l'industrie pharmaceutique au niveau mondial ?

Patrick Errard : L'année 2014 a été marquée par des points majeurs, à commencer par la poursuite de l'évolution du business model de l'industrie du médicament. Avec le développement de la médecine personnalisée, le médicament est désormais intégré à d'autres composants comme le diagnostic, les dispositifs médicaux, la télémédecine, etc.

Parallèlement à cela, nous avons observé un retour de l'innovation, qui avait été qualifiée jusqu'à récemment « d'en panne ». Nous voyons poindre aujourd'hui les molécules qui étaient en développement il y a encore trois/quatre ans. L'arrivée des traitements contre l'hépatite C en est la plus marquante illustration. En 2014, d'autres produits innovants dans le domaine de la cancérologie, de l'hématologie, des anticorps monoclonaux ont aussi fait leur apparition, et cela va continuer.

 

Qu'en est-il de la conjoncture en France ?

P.E. : En effet, le troisième point est peut-être plus franco-français. La régulation économique s'est encore renforcée du fait du dérapage des comptes sociaux. Avec 1,5 milliard d'euros d'économies demandées cette année, le médicament reste malheureusement la principale variable d'ajustement des comptes de l'Assurance-maladie. Le poids financier que représentent toutes ces innovations a conduit l'État à renforcer sa politique d'austérité sur les comptes de l'Assurance-maladie, et en particulier sur le médicament. Ce que nous avons dénoncé car nous considérons qu'il ne faut pas procéder par des mesures comptables mais par des modifications profondes de notre système de soin.

Enfin, les conséquences de cette politique d'austérité ont malheureusement commencé à s'exprimer de façon très nette en 2014. L'emploi industriel et dans la recherche a été impacté. Nous sommes passés sous la barre des 100 000 salariés. Un certain nombre de plans de sauvegarde de l'emploi se sont accumulés, environ 27 depuis deux ans. L'implantation industrielle a également été impactée. La compétitivité de la France recule.

 

En 2014, de grosses opérations de croissance externe ont aussi été observées au niveau international ; comment expliquez-vous ce phénomène ?

P.E. : L'année dernière, les achats d'entreprises ont été marqués par des prix relativement élevés, mais ont été très concentrés. Globalement, il s'agit de rachat par des groupes, souvent américains, d'entreprises qui ont développé des médicaments d'innovation. La valeur thérapeutique de ces innovations développées par des start-up ou des sociétés issues de la recherche appartenant à des actionnaires fait que les prix paraissent souvent très élevés. Mais il ne s'agit pas de la même croissance externe observée dans les années 90 et au début des années 2000, avec des rachats et fusions entre grandes entités, très volumétriques. Aujourd'hui, nous observons une croissance externe d'innovation. Les groupes pharmaceutiques achètent des technologies qu'ils ne possèdent pas, à forte valeur ajoutée. Mais je ne suis pas certain qu'il y ait une accélération du mouvement de rachat.

 

Quels seront les grands enjeux pour l'industrie pharmaceutique en 2015 ?

P.E. : L'année 2015 va s'inscrire dans la continuité de 2014. Pour cette année, nous souhaitons un rétablissement de la compétitivité de la France en matière de médicament. Il faudra aussi développer une politique en faveur de l'innovation et développer l'attractivité de la recherche clinique. Si la France permet un accès rapide à l'innovation ainsi qu'une stabilité des prix des médicaments et qu'elle incite au développement d'une politique industrielle et d'une fiscalité compétitive par rapport aux autres pays européens, le pays deviendra compétitif, tant au niveau industriel que dans la recherche.

 

Et à plus long terme ?

P.E. : À plus long terme, nous croyons nécessaire une réforme structurelle de l'organisation du système de soins. Nous ne pouvons pas nous limiter à des économies comptables et il faut s'attacher à améliorer l'efficience et la productivité du système de soin. Cela passe par une révision de la place de l'hôpital, de la médecine ambulatoire, du pharmacien, des médecins, etc. Nous ne pouvons pas rester sur un système structurel qui a été bâti après-guerre, alors que nous entrons aujourd'hui dans la médecine des années 2020/2030.

LES GRANDES MANOEUVRES 2014

Les grandes acquisitions : 2014 a été marquée par des opérations de croissance externe. Si toutes n'ont pas abouties à l'exemple du raid de Pfizer sur AstraZeneca, certaines ont été à leur terme. Citons Actavis qui s'est emparé de Forest et d'Allergan, la fusion entre Sun Pharma et Ranbaxy, ou encore le remaniement de portefeuille entre Novartis, GSK et Lilly. Les introductions en Bourse : TxCell, Genticel, Oncodesign, Crossject... Les start-up françaises ont profité de l'ouverture d'une fenêtre pour s'introduire sur les marchés cotés. Les réorganisations : 2014 n'a pas échappé à une vague de réorganisation dans l'industrie pharmaceutique, avec notamment Novartis, Amgen, et Allergan. Et la France n'a pas été épargnée avec des coupes chez l'Américain Merck, le Français Pierre Fabre et l'annonce de la cession de l'usine de Quetigny de Sanofi.

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