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L'Amérique plein gaz

Julien Cottineau

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Pas d'apocalypse en 2012, donc. Mais l'attention de l'industrie chimique mondiale a nettement changé de camp l'an dernier, se focalisant plus sur l'Amérique du Nord que sur l'Asie. Une année « made in USA » encouragée par le léger fléchissement de la croissance asiatique et surtout chinoise, à des taux qui laissent toutefois rêveur, et par la morosité économique en Europe. Portée par la révolution des gaz de schiste qui a simultanément fait chuter les prix de l'énergie et accru formidablement le potentiel de ressources énergétiques, la chimie américaine a su voler la vedette au reste du monde. La baisse du prix du gaz naturel encourage le développement de projets voire même les relocalisations, à l'image de Methanex qui abandonnera certains actifs chiliens de méthanol pour les relancer en Louisiane. Les pétrochimistes s'en donnent à cœur joie, avec des projets qui ne cessent d'enfler à grandes poignées de milliards de dollars. Outre les ambitions de plus en plus démesurées de Dow et ExxonMobil, des investisseurs étrangers, comme Sasol qui compte investir entre 5 et 7 Mrds $ pour un complexe intégré, sont en pleine euphorie. Selon des données d'IHS Chemical, le taux opératoire des vapocraqueurs en Amérique du Nord est passé de 80 % en 2009 à 89,9 % en 2011. En Europe de l'Ouest, ce taux s'établissait à 77,3 % et 81,4 % à ces mêmes dates selon le Scob. En termes d'augmentation de capacités, l'Amérique du Nord risque aussi de friser d'ici à trois-quatre ans les récentes performances du Moyen-Orient et de la Chine. Selon IHS, les capacités installées outre-Atlantique pourraient ainsi passer de 33,4 à 39,1 millions de tonnes par an rien qu'en 2017.

« Les plus grandes opérations de cessions-acquisitions »
Mais la chimie américaine n'a pas brillé uniquement par ses ambitions. Les acteurs locaux, surtout ceux plus en aval de la pétrochimie, ont aussi entrepris les plus grandes opérations mondiales de cessions-acquisitions du secteur en 2012. Si Westlake a raté son raid de 1,3 Mrd $ sur Georgia Gulf, PPG a acquis les peintures décoratives nord-américaines d'AkzoNobel pour 1,05 Mrd $ tandis qu'il cédait ses commodités pour 2,1 Mrds $ à Georgia Gulf, Eastman s'est offert Solutia pour 4,7 Mrds $, et DuPont a cédé sa division Performance Coatings, géant mondial des peintures automobiles et industrielles, à Carlyle pour près de 5 Mrds $ (voir pages 2 et 3).

L'industrie chimique américaine vit pourtant un paradoxe. Primo, les États-Unis vacillent au sujet de leur endettement national, en témoigne le fameux mur budgétaire. Secundo, elle a annoncé l'an dernier les plus vastes restructurations, comme Dow (3 300 suppressions), DuPont (1 500 licenciements) ou PPG (2 000 suppressions). Face à cette agitation, les chimies européenne et française n'ont pas vraiment existé. Sinon par le recul notable de leurs productions. En France, le secteur a connu quelques déceptions et inquiétudes, comme le retrait du projet de 70 M€ d'Arkema à Pierre-Bénite (Rhône), la menace de fermeture qui pèse sur deux des trois usines françaises de Kemira, ou la réduction des effectifs chez Metabolic Explorer. Mais la chimie hexagonale a enregistré des investissements et des promesses encourageants : Versalis pourrait engager 80 M€ pour une unité de butadiène à Mardyck (Nord), Toray investit plus de 100 M€ à Lacq (Pyrénées-Atlantiques) pour du polyacrylonitrile, et le projet Lacq Cluster Chimie et les 154 M€ d'investissements entrevus. Ce n'est pas encore l'Amérique mais c'est déjà ça.

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