Nous suivre Industrie Pharma

L'Afssi se mobilise dans le soutien à l'innovation

Deux ans après sa création, l'Association française des sociétés de services et d'innovation pour les sciences de la vie (Afssi) rassemble désormais plus de 110 adhérents, aux modèles économiques combinant services et technologie. Son président, Philippe Genne, détaille les grandes problématiques du secteur et les solutions que son association tente d'y apporter.

Industrie Pharma : À l'origine, pour quelle raison avez-vous créé l'Afssi ?

Philippe Genne : Nous voulions regrouper des sociétés de services et d'innovation pour casser la nomenclature classiquement admise dans l'industrie, qui sépare les services et la technologie. Avant la création de l'Afssi en 2012, il n'existait aucune structure permettant de représenter des entreprises menant les deux activités. L'an dernier, nous étions 80 adhérents et nous en comptons désormais plus de 110. Pour pouvoir nous rejoindre, une entreprise doit avoir au moins 25 % de son chiffre d'affaires en services et ses dépenses en R&D éligibles au Crédit impôt recherche (pour son compte ou pour le compte de tiers) doivent représenter au moins 50 % des dépenses totales. Certaines entreprises développent leurs propres projets de recherche et commercialisent des services en parallèle, d'autres sont uniquement des sociétés de services. Ce ne sont pas de pures sociétés de biotechnologies, mais elles sont essentielles dans le rouage de l'innovation en France car ce sont des acteurs importants, des pôles de compétitivité par exemple. Le fait de les regrouper leur offre une meilleure visibilité envers les pouvoirs publics ou d'autres instances.

 

Quels sont les principaux domaines d'activité de vos adhérents ?

P.G. : Le champ d'activité est assez large. Les entreprises adhérentes appartiennent au domaine de la santé et travaillent en informatique, chimie, biologie, au niveau des essais cliniques, etc. Elles s'inscrivent dans une démarche de soutien à l'innovation en proposant des outils de prédiction, des approches originales en chimie, ou encore une évaluation de la toxicité des produits par exemple. Ces sociétés investissent 15 à 25 % de leur chiffre d'affaires dans le développement de leur technologie.

 

La concurrence déloyale entre plateformes publiques et entreprises privées figurait parmi vos principales préoccupations. Où en êtes-vous de ce dossier ?

P.G. : Nous avons effectué des démarches pour lutter contre cette concurrence déloyale. Dans le cadre des investissements d'avenir, les plateformes publiques ont reçu de nombreux fonds publics avec mission d'équilibrer leurs comptes. Il leur arrivait de remporter des marchés sans prendre en compte la totalité des coûts. Il pouvait manquer par exemple une partie des coûts de fonctionnement, ou les rémunérations de certaines personnes, financées par leurs instituts de recherche respectifs et non par la plateforme. Nos membres sur le terrain se sont aperçu qu'un certain nombre de marchés leur échappaient car il y avait des différences de prix de -30 à -50 % entre l'offre publique et privée. Pour y remédier, nous avons travaillé sur une charte avec l'Alliance nationale pour les sciences de la vie et de la santé (Aviesan), qui rassemble les principaux acteurs publics concernés, comme le CNRS, l'Inra, l'Inria, l'Inserm, l'Institut Pasteur, etc. L'objectif était d'établir des bases de calcul communes afin que tous les coûts soient pris en compte. Désormais, les membres de l'Aviesan doivent créer un compte d'exploitation pour leur activité. Par ailleurs, nous proposons aussi que certains de nos membres s'associent avec ces plateformes afin d'y réaliser leurs prestations de recherche. À ce jour, il existe encore des cas de non-respect de ces engagements. L'Aviesan évoque des difficultés administratives à mettre en oeuvre ces normes nouvelles. Nous restons vigilants pour leur application universelle au sein des organismes.

 

Vous avez saisi le médiateur des relations inter-entreprises au sujet du Crédit impôt recherche. Pour quelle raison ?

P.G. : Le Crédit impôt recherche (CIR) est un atout phare pour la France. Mais une directive du 4 avril de cette année a changé les règles du jeu. Jusqu'à présent, quand un donneur d'ordre ne réclamait pas sa part de CIR, la société sous-traitante pouvait le faire. Ce n'est plus possible actuellement, ce qui a mis en difficulté un certain nombre de nos membres car c'est un aspect non négligeable de leur financement. De plus, suite à cette directive, les services fiscaux ont renforcé leurs contrôles des sociétés déclarant du CIR, avec des décalages en fonction des régions. Cela a été assez mal vécu, y compris par les agents des services fiscaux.

Nous avons saisi le médiateur à la fois pour tenter de remédier à ces problèmes, mais aussi pour demander un rééquilibrage du CIR. Actuellement, il existe un certain nombre de distorsions. Par exemple, si les travaux de recherche sont effectués par une instance académique, cette dernière peut récupérer 60 % de l'investissement, contre seulement 30 % s'il s'agit de l'une de nos entreprises agréées. Il faudrait plafonner les demandes de CIR des grandes sociétés et pouvoir développer celles des PMI/PME. Nous avons lancé une enquête auprès de nos adhérents pour recueillir leur avis sur des solutions afin de simplifier le CIR. Nous proposons notamment que le donneur d'ordre puisse déclarer ce qu'il veut faire ou ne pas faire avec son CIR, mais aussi que les agents des services fiscaux puissent avoir accès aux bases de données Bpifrance qui recensent les programmes de recherche déjà validés, notamment par les experts de BpiFrance.

 

La levée de fonds est aussi un problème pour vos entreprises. Quelles sont les solutions envisagées ?

P.G. : En tant que fédération professionnelle, nous effectuons des démarches de lobbying auprès des différents acteurs de la recherche, mais aussi des investisseurs. En France il y a une vraie problématique pour trouver des fonds. Nous voudrions faire comprendre au monde de la finance la finesse de nos business models et l'intérêt qu'ils peuvent en retirer en termes de valorisation de leurs financements. Nous avons développé des liens directs avec un certain nombre d'acteurs dans le domaine boursier pour mieux y faire connaître nos entreprises. Nous essayons aussi de trouver des fonds au niveau local car nos adhérents sont bien implantés en région et sont créateurs d'emplois qualifiés qui restent sur ces territoires. Enfin, certaines de nos entreprises ont lancé des projets de financements par crowdfunding.

 

Quels sont les autres projets sur lesquels votre association travaille actuellement ?

P.G. : Nous avons des projets de partenariats ambitieux, par exemple avec la société d'accélération du transfert de technologies (SATT) IDF Innov. L'objectif est de créer une alliance entre une plateforme parisienne de protéomique et des membres de l'Afssi. Nos entreprises prendront en charge les relations avec les clients, laissant aux chercheurs et techniciens l'exercice des travaux centrés sur leurs compétences pointues.

Un autre projet, porté par Sanofi, Bpifrance et la région Alsace, va se développer à Strasbourg, en collaboration avec des instituts de recherche français et allemands. Nous sommes un interlocuteur de ce consortium. Il vise à mettre à disposition des outils dans des approches de tests de candidats-médicaments. L'idée, c'est que l'innovation ne peut pas être portée par des grandes structures, mais doit au contraire passer par des sociétés plus petites. Nos entreprises ont les compétences pour répondre à ces enjeux, mais elles doivent trouver une façon de travailler ensemble, de « chasser en meute » en quelque sorte, pour émerger sur des marchés plus importants.

 

Quels sont les principaux enjeux pour l'avenir du secteur à plus long terme ?

P.G. : Nous voudrions créer une filière industrielle de support à l'innovation en France, en regroupant des entreprises du secteur pour qu'elles répondent plus facilement à des appels d'offres. Par ailleurs, nous voulons aussi aider nos membres à se développer au niveau international. En Amérique du Nord notamment, il existe une forte demande en termes de services, qui représente plus de 60 % du marché, et il est important que nos sociétés y soient présentes si elles veulent continuer à grandir.

CARTE D'IDENTITÉ DE L'AFSSI

Date de création : décembre 2012 Nombre d'adhérents : 112 Nombre d'entreprises du secteur : 300 Nombre d'emplois du secteur : 10 000 Chiffre d'affaires du secteur : environ 1 milliard d'euros Perspectives du secteur : une croissance soutenue est attendue, si les conditions économiques, réglementaires et fiscales y sont favorables.

Bienvenue !

Vous êtes inscrit à la news Industrie Pharma

Nous vous recommandons

Transformation digitale : Des solutions qui s'imposent

Transformation digitale : Des solutions qui s'imposent

Avec le confinement et le développement du travail à distance, la transformation numérique de l'industrie n'a jamais paru aussi pertinente. Et si la crise liée au Covid-19 accélérait[…]

La pharma se dévoile en chiffres clés

La pharma se dévoile en chiffres clés

La crise bouscule les habitudes

La crise bouscule les habitudes

Données : « Prioriser le retour sur investissement »

Données : « Prioriser le retour sur investissement »

Plus d'articles