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L'Académie nationale de pharmacie est inquiète

Aurélie Dureuil
L'Académie nationale de pharmacie est inquiète

Les pharmacies hospitalières sont touchées par les ruptures de médicaments.

© © Pascal Guittet

LES PHARMACIENS TIRENT LA SONNETTE D'ALARME FACE À LA RARÉFACTION, TEMPORAIRE OU PROLONGÉE, DE CERTAINS MÉDICAMENTS. LES CONSÉQUENCES MENACENT LA SANTÉ PUBLIQUE.

« Il s'agit d'un problème de santé publique qui a tendance à s'accentuer », prévient Yves Juillet, président de l'Académie nationale de pharmacie. Les ruptures de stock et d'approvisionnement de médicaments ont fait l'objet d'un groupe de travail qui a formulé des recommandations. Chaque jour, 5 % des médicaments commandés en officine sont en rupture. Et les produits concernés peuvent être très variés. Une rupture de stocks n'a pas le même impact pour un paracétamol facilement substituable et pour un anticancéreux ou un antibiotique pour lequel il n'existe pas d'alternative thérapeutique. Le président de l'Académie nationale de pharmacie distingue trois types de rupture. D'abord, les arrêts de commercialisation par les laboratoires pour des motifs économiques qui sont signalés aux pouvoirs publics environ 6 mois avant voire un an pour « les médicament utilisés dans une ou des pathologies graves dans lesquelles il n'existerait pas d'alternatives disponibles sur le marché français », selon François Bruneaux, directeur adjoint à la direction de la Surveillance de l'ANSM. L'Académie nationale de pharmacie pointe ainsi : « rien n'est prévu en cas d'abandon de fabrication de certaines formes pharmaceutiques coûteuses, telles que les formes injectables pourtant indispensables à l'hôpital (exemple de certaines présentations d'antibiotiques ou d'anticancéreux) ». Ensuite, les ruptures d'approvisionnement sont « essentiellement liées à la chaîne d'approvisionnement. En général, on peut trouver des solutions dans la limite de 4 jours », note Yves Juillet. Enfin, les ruptures de stocks sont, elles, liées aux étapes de fabrication : un défaut de qualité sur un lot, un problème de matière active, etc.

Dans ce contexte, l'Académie nationale de pharmacie a formulé des recommandations concernant tous les maillons de la chaîne. A commencer par l'approvisionnement en matières premières. L'Académie souligne que « 14 % des ruptures de stocks de médicaments auraient pour origine une difficulté d'approvisionnement en matière première à usage pharmaceutique ». La délocalisation dans les pays comme l'Inde et la Chine est largement pointée du doigt par l'institution. « 60 à 80 % des matières actives à usages pharmaceutiques sont fabriqués dans les pays tiers à l'Union européenne. Cette perte quasi complète d'indépendance de l'Europe en source d'approvisionnement en matières actives pharmaceutiques se conjugue à l'éventuelle perte du savoir-faire industriel correspondant », souligne l'Académie. Elle préconise ainsi de « définir une politique de relocalisation à long terme, tout spécialement pour les matières actives pour lesquelles un fabricant mondial unique a été identifié ». Une « liste des matières actives tombées dans le domaine public dont la pénurie peut entraîner des problèmes de santé publique » est également envisagée. Anne Carpentier, du Leem, indique par ailleurs que « les laboratoires ont établi des listes internes des médicaments essentiels à la santé publique ».

La production à flux tendu pointée du doigt

Le problème de la production à flux tendu avec des stocks de plus en plus restreints a également été pointé par ces travaux. Concernant les laboratoires qui arrêtent la commercialisation de certains produits, l'Académie nationale de pharmacie propose de « déléguer aux autorités nationales le soin de définir la sensibilité pour la santé publique, préalablement à tout projet d'abandon ». Et « lorsqu'un projet de cessation de commercialisation a été évalué par les autorités nationales, envisager la revalorisation du prix ou, si l'arrêt de com mercialisation est inéluctable, développer et rendre visible un système facilitant les transferts vers des acteurs industriels pour lesquels la rentabilité d'une forme ou d'un médicament avec sa gamme complète serait possible ».

L'Académie nationale de pharmacie s'est également penchée sur les évolutions du circuit de distribution et propose de faire évoluer l'actuelle obligation de moyens des grossistes répartiteurs vers une obligation de résultats. Elle demande également d'interdire l'exportation parallèle de médicaments correspondant au stock nécessaire aux besoins nationaux pour les équivalents thérapeutiques. Les pharmacies hospitalières et les officines font égale -

ment l'objet de recommandations afin de mieux gérer les ruptures et les relations avec les patients. « Le pharmacien d'officine se retrouve être le seul professionnel de santé face au patient qui comprend très mal les changements de traitement », souligne Philippe Liebermann, pharmacien d'officine de la pharmacie de la Musau à Strasbourg et membre correspondant de l'Académie nationale de pharmacie. Il déplore le manque d'informations sur les délais de réapprovisionnement autant que le manque de sensibilisation des prescripteurs. Du fabricant au pharmacien, tous les maillons de la chaîne du médicament font donc l'objet de recommandations de l'Académie nationale de pharmacie.

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