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Japon : La production se mondialise

À TOKYO, CHRISTINE COLMONT

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UN APRÈS-FUKUSHIMA BIEN GÉRÉ

Tels des Phénix, les Japonais renaissent toujours de leurs cendres. Bien préparés aux secousses sismiques, ils ont immédiatement déclenché leurs plans d'urgence après le tremblement de terre de mars 2011. Ainsi, les équipes de Chugai, dans le giron du groupe Roche, se sont mobilisées pour remettre d'aplomb le plus rapidement possible l'usine de Utsunomiya endommagée. Et pour maintenir un niveau de production équivalent à celui d'avant la catastrophe, une partie de la fabrication a été transférée dans d'autres usines tandis que des importations d'urgence étaient organisées pour ne pas rompre la chaîne d'approvisionnement de médicaments au Japon. Dès le mois d'août 2011, cinq mois seulement après le tremblement de terre, la fabrication a repris son cours normal. D'autres, comme Takeda, dont les unités sont situées dans les préfectures de Yamaguchi et d'Osaka, n'ont pas été directement touchés. Ce qui n'a, cependant, pas été le cas de ses fournisseurs présents dans la région de Tohoku. Mais les efforts entrepris pour un retour rapide à la normale ont évité des ruptures d'approvisionnement. Parallèlement, Takeda s'est assuré qu'aucune des substances, des matières premières et qu'aucun des emballages utilisés pour produire ses médicaments n'avait été contaminé.

Japon : La production se mondialise

L'usine de Chugai à Utsunomiya avait été touchée par le tremblement de terre de mars 2011.

© © Roche

Longtemps très nippo-centrés, les Japonais se sont lancés à l'assaut des marchés internationaux, ces dernières années, en multipliant les acquisitions. Leurs usines sont désormais présentes dans le monde entier.

Un pied dans l'Archipel, l'autre outre-mer, les groupes de santé ont suivi les traces de leurs compatriotes de l'électronique et de l'automobile sur la scène internationale. Ils sont devenus de véritables entreprises multinationales, multipliant les rachats de sociétés américaines, de biotech notamment, mais également de firmes bien implantées dans les marchés émergents. Désormais, leur domaine de prédilection ne se limite plus à leur seule île, les groupes nippons se mesurant à leurs pairs américains et européens sur leurs marchés domestiques.

Ces dernières années, l'industrie pharmaceutique nippone n'a eu de cesse de combler son retard en oncologie, une pathologie promise à un développement très rapide. Ainsi, le numéro un pharmaceutique nippon, Takeda, a-t-il fait tomber dans son escarcelle l'Américain Millenium en 2008, et avec lui, son anticancéreux vedette Velcade. De son côté, son compatriote Astellas a repris successivement les biotechs américaines Agensys en 2007 et OSI en 2010, tout en concluant des alliances avec Regeneron, Morphosys et Medivation. Quant à Daiichi Sankyo, il a fait ses emplettes sur le marché américain, portant son dévolu sur U3 en 2008 et sur Plexxikon en 2011. Enfin, Eisai a acquis ces dernières années des produits à Ligand en 2006, puis les sociétés américaines Morphotek en 2007 et MGI en 2008.

Cette expansion internationale s'est accompagnée d'un renforcement du maillage industriel à l'international. En reprenant Ranbaxy en 2008, Daiichi Sankyo a, il est vrai, trouvé dans la corbeille de la mariée de nombreuses usines dans le monde entier : « trois en Afrique (Afrique du Sud, Tanzanie, Nigeria), une au Brésil, aux États-Unis, en Inde, en Roumanie, Irlande et en Malaisie », précise Masaya Tamae, directeur des relations publiques corporate de Daiichi Sankyo. Sa filiale spécialisée, devenue numéro un indien de la pharmacie, l'an dernier, y fabrique des médicaments génériques. Elle a commencé, en mars dernier, à exporter aux États-Unis des produits provenant de sa nouvelle usine indienne. Et Ranbaxy, et par là même Daiichi Sankyo, se sont lancés dans les biosimilaires, au travers de la filiale spécialisée Zenotec, qui dispose d'une unité de production en Inde.

Des réseaux industriels en expansion

 

Les 9 usines de Ranbaxy s'ajoutent aux 16 sites industriels de Daiichi Sankyo, permettant au groupe de produire dans 7 nouveaux pays.

Numéro un japonais oblige, Takeda possède lui aussi un grand nombre de sites manufacturiers, répartis dans le monde entier. Les rachats de Millenium et de Nycomed ont pu parfaire son maillage international, en particulier aux États-Unis et dans les pays émergents.

L'intégration de Nycomed, racheté en septembre 2011, a apporté à Takeda 14 nouvelles usines, auxquelles s'ajoutent trois autres, via des joint-ventures. La plupart d'entre elles sont situées en Europe de l'Est (Estonie, Autriche, Allemagne) mais aussi en Amérique Latine (Mexique, Colombie, Brésil, Argentine). « En Chine, le groupe est désormais doté de deux unités de production, l'une provenant de Takeda, l'autre de Nycomed (ce dernier avait racheté en novembre 2011 la société chinoise Techpool et son unité chinoise). Toutes deux produisent essentiellement pour l'Empire du Milieu. Les exportations hors de Chine y sont limitées. Enfin, en Inde, Nycomed possède une usine mais nous n'avons pas encore de présence commerciale », indique Takeda.

Pour sa part, Eisai s'appuie sur quatre sites manufacturiers au Japon, un aux États-Unis, un au Royaume-Uni et une implantation industrielle dans chacun des ces pays : Chine, Taiwan, Inde et Indonésie. « Mi-août, nous avons inauguré une unité pilote pour les essais cliniques à Philadelphie », se félicite Sayoko Sasaki, Directeur Senior des Relations Publiques d'Eisai. Située à quelques encablures du siège de sa filiale américaine Morphotek, cette usine a nécessité un investissement de 80 millions de dollars. Elle va produire des anticorps monoclonaux pour renforcer les essais cliniques à stade précoce.

« Par ailleurs, nous allons probablement étendre notre implantation industrielle dans l'Empire du Milieu, pour répondre aux besoins chinois. Quant à notre usine indienne, elle produit pour le marché mondial, pas seulement pour son marché domestique. En effet, elle présente des avantages de coûts tout en bénéficiant d'un savoir- faire éprouvé dans la synthèse chimique », ajoute Sayoko Sasaki.

De plus en plus internationalisés, d'autres laboratoires japonais n'en restent pas moins encore très ancrés sur leur sol d'origine. Ainsi, Astellas compte 6 usines dans l'Archipel sur un total de 11. Il n'a pas encore à son actif d'unité manufacturière sur le sol américain. Et pour produire ses nouvelles molécules issues de la biotechnologie, le numéro deux japonais a choisi l'une des ses usines nippones. Quant à Chugai, il en possède 3 sur 3, mais il est vrai qu'en dehors du Japon, il peut compter sur celles de son actionnaire majoritaire Roche.

Côté vaccins, Daiichi Sankyo produit déjà au Japon (vaccin contre la grippe essentiellement). Et il compte développer cette activité à l'avenir pour le marché nippon. Les autres vaccins qu'il commercialise sont importés notamment au travers de sa joint-venture avec GlaxoSmithkline, conclue en avril 2012 (Gardasil et Rotarix notamment).

Une production internationale pour des lancements mondiaux

 

Reflet de leurs velléités planétaires, les Japonais préfèrent aujourd'hui lancer leurs nouveaux produits seuls hors de l'Archipel, sans faire appel à des partenaires extérieurs, à des big pharma internationales. Corollaire, ils doivent produire seuls leurs nouveaux médicaments. C'est le cas du nouveau traitement contre le cancer du sein Halaven, lancé par Eisai en novembre 2010 aux États-Unis, puis en 2011 en Europe et au Japon. Cette molécule élaborée, difficile à purifier, est produite, par le laboratoire nippon, dans ses usines américaine et nippone pour l'ensemble du marché international.

Ce n'est pas le cas de produits plus anciens, commercialisés par les groupes japonais dans l'Archipel mais produits par leurs partenaires étrangers. Par exemple, Nexium qui vient d'être lancé au Japon par Daiichi Sankyo, est issu de la recherche d'AstraZeneca, et produit dans les usines du groupe britannique. De même, le traitement du cancer des os par Ranmark (Xgeva en dehors du Japon), qui vient d'être lancé, est produit par Amgen. Quant à Effient, issu de la recherche de Daiichi Sankyo, et co-promu par Eli Lilly, il est fabriqué par le groupe américain à Indianapolis, conditionné à Madrid avant d'être vendu dans le monde entier. La production pharmaceutique ne connaît pas de frontières.

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