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iTeos déjoue les ruses des tumeurs

Florence Martinache

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Financement

6 M€ : alloués par la région wallonne en subside non-dilutif

3 M€ : Augmentation de capital (principaux investisseurs : Institut Ludwig de recherche sur le cancer, fonds Hunza Venture, Life Sciences Research Partners, Université Catholique de Louvain)

iTeos déjoue les ruses des tumeurs

Benoît Van den Eynde (gauche) et Michel Detheux (droite).

Pour traiter les cancers ou améliorer des traitements existants, iTeos développe de petites molécules modulant l'activité immunitaire des patients.

Et si le système immunitaire du patient était l'arme-clé pour vaincre les cancers ? C'est le pari osé mais encourageant de l'immunothérapie, qui a déjà permis de guérir certains cancers. Un obstacle de taille se dresse cependant en travers de sa route : les mécanismes d'immunosuppression développés par les tumeurs chez de nombreux patients. Ils permettent à ces dernières de devenir « invisibles » pour le système immunitaire et donc de rendre l'immunothérapie inefficace. Pour ouvrir le chemin à ce mode de traitement, il faut déjouer ces mécanismes à l'aide de molécules « immuno- modulatrices ». iTeos a été créé pour relever ce défi. Spin-off de la branche belge de l'Institut Ludwig pour la recherche sur le cancer et de l'Institut de Duve à l'université catholique de Louvain (Belgique), cette toute jeune entreprise est dirigée par Michel Detheux. Biochimiste de formation, il n'est pas novice dans la création d'activités. En 2006, il a fondé et géré Euroscreen Fast, business unit d'Euroscreen, une société de biotechnologies belge dont il a été le responsable de recherche pendant huit ans. C'est pour se lancer dans l'aventure iTeos que Michel Detheux a quitté Euroscreen. Le déclencheur : sa rencontre avec Benoît Van den Eynde, directeur de la branche belge de l'Institut Ludwig et docteur en médecine, spécialisé en immunologie tumorale. « J'ai rejoint l'Institut Ludwig en décembre 2010, pour mettre sur pied ce projet », raconte le président d'iTeos. Pour cet institut de portée mondiale, la motivation était « de mettre dans une seule structure les moyens nécessaires pour se focaliser sur les développements préclinique et clinique d'immuno- modulateurs », explique Michel Detheux. Le projet des deux hommes a pris corps en août 2011 avec la création officielle d'iTeos dans laquelle ils ont investi « le capital requis pour créer une SA en Belgique ».

Les immunomodulateurs développés par la start-up sont de petites molécules pouvant atteindre des cibles intracellulaires. A cet égard, iTeos se distingue de la plupart des autres sociétés du secteur, plutôt tournées vers des agents biologiques de taille plus importante. Ces petites molécules sont des inhibiteurs pour des enzymes impliquées dans les mécanismes d'immunosuppression. La société a trois cibles dans son collimateur pour le moment : IDO et TDO, deux enzymes responsables de la dégradation du tryptophane, un acide aminé essentiel pour les fonctions immunitaires, ainsi qu'une troisième sur laquelle iTeos garde jalousement le secret. Ce dernier programme baptisé SCI, pour Stromal cell inhibitor, vise une enzyme « importante pour le fonctionnement de certaines cellules stromales jouant un rôle immunosuppresseur », les cellules stromales étant des cellules « normales » qui interviennent dans le développement des tumeurs. La société travaille sur un inhibiteur de cette enzyme déjà utilisé en phase clinique pour les maladies métaboliques. Le programme SCI est donc le plus avancé puisqu'il s'appuie sur le « repositionnement » d'une molécule pour laquelle des études de pharmacocinétique ont déjà été conduites. « Cela devrait permettre de mener très rapidement le programme de développement préclinique et, d'ici deux ans, nous espérons commencer une phase I/IIa avec cette molécule pour un cancer spécifique chez l'homme », cancer du poumon ou du pancréas vrai- semblablement. Ces essais seront dans un premier temps réalisés en combinant les immunomodulateurs avec un vaccin thérapeutique de l'Institut Ludwig. Pour les deux autres cibles, iTeos doit encore compléter le développement des candidats médicaments, que Michel Detheux espère avoir finalisé d'ici 3-4 ans, au moins pour l'une des deux.

Après une levée de fonds de 9 millions d'euros, la petite société va pouvoir commencer à voler de ses propres ailes. Les opérations de criblage à haut débit pour les programmes IDO et TDO ont commencé fin mai et l'entreprise vient tout juste de quitter l'université Catholique de Louvain pour emménager dans un bio-incubateur à Gosselies (Belgique). Si elle quitte physiquement le nid, elle n'en reste pas moins intimement liée à l'Institut Ludwig, son géniteur mais également son plus gros investisseur. L'institut lui fournit des technologies et des licences comme à ses huit précédents spin-off. Des accords de recherche ont ainsi été signés avec ce dernier et avec l'université catholique de Louvain. « Nous avons reçu de la part de l'Institut Ludwig toute une série de modèles in vitro/in vivo pour développer notre plateforme de découverte d'immunomodulateurs, l'un des objectifs premiers d'iTeos », précise Michel Detheux, « et si iTeos se développe bien, d'autres cibles pourraient être fournies par l'Institut Ludwig ». Des contacts sont par ailleurs en cours avec deux partenaires pharmaceutiques pour valoriser cette plateforme. Le président d'iTeos souligne d'ailleurs qu'il est « intéressé par des contacts industriels supplémentaires ».

Actuellement, la petite société prend ses marques ainsi que de la bouteille. Benoît Van den Eynde consacre 20 % de son temps à iTeos et Michel Detheux en est le seul actif. Plus pour longtemps toutefois, puisque cinq personnes sont en cours de recrutement : un directeur de chimie médicinale, un directeur en immunologie tumorale, et trois associés de recherche. L'effectif paraît léger face à la tâche que s'est donnée iTeos. La stratégie adoptée par Michel Detheux le justifie cependant. La recherche fondamentale est assurée par l'Institut Ludwig et iTeos consacre ses activités au développement de la plateforme de découverte d'immunomodulateurs tout en faisant appel à des sous-traitants pour tout ce qui touche à la chimie médicinale, sous la supervision du chimiste d'iTeos.

Une fois l'installation à Gosselies achevée, iTeos pourra se consacrer entièrement au développement de ses programmes, sa survie financière étant assurée jusque fin 2015-début 2016 d'après Michel Detheux, qui ajoute qu'« il est effectivement probable qu'un nouveau tour de table sera réalisé à cette époque-là ».

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