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Irlance : Une terre d'accueil pour la pharmacie

À DUBLIN ET À CORK, SYLVIE LATIEULE

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RETOUR SUR QUELQUES GRANDS PROJETS D'INVESTISSEMENT

Février 2013

Sanofi investit 44 millions d'euros à Waterford sur le site de sa filiale Genzyme. Il prévoit de construire une ligne de remplissage de l'antidiabétique Lantus (insuline glargine), qui n'était pas fabriqué dans cette usine. La production de Lantus devrait démarrer en 2016. Le projet est en partie soutenu par l'IDA.

Avril 2012

Amgen investit 200 millions de dollars à Dun Loaghaire dans des activités de lyophilisation et de remplissage. Ce projet permettra la construction d'une unité de production de 11 700 m2 ainsi que la rénovation et l'extension de bâtiments.

Mylan va investir 500 millions de dollars sur cinq ans en Irlande (environ 380 M€), créant près de 500 emplois. L'objectif du génériqueur est de renforcer principalement les médicaments pour les maladies respiratoires, les injectables et les formes solides.

Mars 2012

Eli Lilly va injecter 330 millions d'euros sur son site de Kinsale. Il construira une unité de production d'ingrédients pharmaceutiques actifs (API) d'une superficie de 22 300 m2, employant 200 personnes. Cette unité renforcera les capacités du groupe dans plusieurs aires thérapeutiques, comme le diabète ou l'oncologie.

Février 2012

Abbott annonce un investissement de 85 millions d'euros sur son site de Sligo. D'ici 2014, le groupe prévoit d'agrandir les capacités de ses futurs traitements en virologie, oncologie et néphrologie, en particulier pour les maladies rénales chroniques. Soutenu par l'IDA, cet investissement permettra la création de 175 postes.

Janvier 2012

Allergan va injecter 350 millions de dollars à Westport (275,5 M€). L'objectif est double. Allergan souhaite renforcer ses capacités de production du Botox, sa toxine botulique de type A, et faire de Westport une base de développement de ses futurs produits biologiques.

Irlance : Une terre d'accueil pour la pharmacie

NIBRT est un centre de formation spécialisé dans la production biotechnologique.

© © NIBRT

L'industrie pharmaceutique compte pour la moitié des exportations de l'Irlande, en particulier grâce à la présence de grands laboratoires pharmaceutiques internationaux. Pour pérenniser leur implantation et les inciter à investir, le gouvernement met tout en œuvre pour développer un « écosystème » favorable autour de ces grands laboratoires qui ont pour la plupart d'importantes productions de médicaments biologiques.

Depuis plus de 40 ans, l'Irlande peut s'enorgueillir d'abriter 9 des 10 plus grands laboratoires pharmaceutiques mondiaux. De Pfizer à Merck en passant par Lilly ou Genzyme (groupe Sanofi), ces géants ont construit des usines avec l'aide de l'IDA Ireland (Investment and development agency) qui travaille essentiellement à attirer des multinationales sur le territoire. Au fil des années, ces implantations se sont pérennisées. Mieux, les industriels ont continué d'investir massivement dans leurs installations car l'Irlande a su construire simultanément un « écosystème » pharmaceutique favorable à leur développement. Alors que le gouvernement irlandais est parfois critiqué pour des subventions trop abondantes qui seraient versées à l'industrie, Barry Heavey, à la tête de la division Life Sciences de l'IDA, se défend : « L'Union européenne est très stricte en matière de subventions. De toute façon, pour les grandes entreprises, l'aspect financier n'est pas de nature à faire la différence. L'Irlande compte beaucoup de managers de talent qui sont venus des États-Unis puis ont irrigué le tissu industriel. Nous avons une bonne réputation en matière de qualité et de conformité. Notre agence du médicament, l'Irish Medical Board (IMB) est proche des standards de la FDA. En plus, il y a un effet cluster, favorisé par la géographie. L'Irlande est un petit pays, ce qui rapproche les entreprises ». S'ajoutent à cela une flexibilité de l'emploi, des salaires qui ont diminué pour sortir de la crise et une stabilité des décisions gouvernementales malgré les alternances politiques. Des atouts qui manquent à la France.

Ce développement d'un « écosystème » autour des grands groupes étrangers est à mettre à l'actif d'une autre agence, Enterprise Ireland. Sa vocation est différente puisqu'elle assure le soutien d'entreprises irlandaises, qui sont pour la plupart des PME/PMI. Elle les aide à prendre des parts de marché sur le territoire, mais aussi à se développer à l'export. En France, l'industrie pharmaceutique peut s'appuyer sur un marché local conséquent qui absorbe près de la moitié de sa production. L'Irlande avec moins de 5 millions d'habitants n'est qu'un petit marché. En conséquence, les laboratoires pharmaceutiques installés dans le pays (environ 90 sites) produisent essentiellement pour l'export. Sur un chiffre d'affaires de 63 milliards d'euros (56 Mrds € pour la pharmacie primaire et secondaire et 7,4 Mrds € pour le medical device), 90 % sont réalisés à l'export. Les entreprises sous-traitantes qui gravitent autour de la pharmacie suivent la même logique. Championne de l'export, la société Prodieco installée à Dublin réalise 16 M€ de chiffre d'affaires pour un effectif de 125 personnes et annonce 98 % de ventes à l'export dans plus de 50 pays. Cette société familiale créée dans les années 60 est spécialisée dans les moules et outils pour la fabrication de blisters. Des éléments qui s'intègrent sur les machines d'emballage et qui sont spécifiques de chaque format de blister. Le point fort de la société est sa réactivité, estime Andrew Rennicks, directeur commercial. A partir des dimensions d'un comprimé, Prodieco peut en deux jours dessiner le blister et son moule. En 2012, le chiffre d'affaires de la société a progressé de 40 % et une croissance d'au moins 30 % est annoncée pour les deux années à venir, pour répondre à une très forte demande asiatique. Pour absorber cette croissance, Prodieco s'apprête à s'installer dans des locaux plus vastes (4 millions d'euros d'investissement) pour pouvoir réceptionner 6 nouvelles machines de travail des métaux. Dans l'atelier actuel, les 45 machines déjà installées ne laissent pas le moindre mètre carré inoccupé.

D'aucuns pourraient comparer Enterprise Ireland à Ubifrance, structure qui accompagne les entreprises françaises à l'export. Mais Enterprise Ireland a des missions élargies et se définit comme un guichet unique pour les PME qui souhaitent se développer. Ainsi, Enterprise Ireland soutient activement la recherche et sa valorisation à travers la création de start-up. « Nous avons des équipes qui travaillent étroitement avec les universités pour identifier des technologies clés et des chercheurs ou post-doctorants intéressés de développer leur propre entreprise », explique Colm Mac Fhionnlaoich, directeur du département Life Sciences. Tous secteurs confondus, entre 80 à 100 start-up sont créées chaque année en Irlande. L'année 2012 a même atteint le chiffre record de 140 start-up. Et pour aider au mieux ces entreprises émergentes, Enterprise Ireland participe également à leur financement à travers des participations dans des fonds d'amorçage. Dans un autre registre, Enterprise Ireland est apprécié pour ses programmes de formation de managers. En collaboration avec l'université de Stanford en Californie, l'agence a développé des programmes spécifiques pour les CEO. D'autres s'adressent plus spécifiquement aux forces marketing et commerciales. Colm Mac Fhionnlaoich cite également un programme de formation aux méthodes « lean » pour aider les entreprises à accroître leur compétitivité. La société Prodieco soutenue par Enterprise Ireland met justement en œuvre un programme de lean manufacturing pour réduire ses coûts et éliminer tout gaspillage.

Enfin, il faut souligner qu'Enterprise Ireland compte aussi un réseau de plus de 30 bureaux qui sont installés dans le monde entier et notamment à Paris où Karen Hallez, Consultante Business Development, est en charge du secteur de la santé. Ces bureaux internationaux emploient 150 personnes sur un total de 740 collaborateurs pour toute l'agence. « Nous fournissons aux entreprises des informations sur les marchés pour les aider à bien se positionner. Nous les aidons à entrer en contact avec des clients potentiels et mettons à leur disposition tous les meilleurs outils pour qu'ils réussissent à l'étranger », commente la dirigeante. Le succès d'Enterprise Ireland se mesure ensuite à la création d'emplois dans les entreprises irlandaises, à la croissance de leur chiffre d'affaires à l'export ou au nombre de start-up créées sur la base de recherches académiques. Colm Mac Fhionnlaoich affirme qu'après un sérieux recul de toute l'économie irlandaise en 2009, les courbes sont largement reparties à la hausse pour le secteur pharmaceutique.

Une pharmacie tournée vers les biotechs

 

L'autre grande particularité de cette industrie pharmaceutique en Irlande est ce virage entrepris depuis plusieurs années vers les médicaments biologiques. Alors qu'en France, une bonne partie de la production pharmaceutique est aux mains de façonniers qui se tournent vers la production de génériques, la pharmacie irlandaise reste majoritairement constituée de grands groupes internationaux qui produisent en Irlande leurs molécules innovantes, dont un certain nombre de molécules biotech. La page des médicaments chimiques qui a fait les beaux jours de l'Irlande dans les années 70 est en train de se tourner, pour faire place à ces produits biologiques à très forte valeur ajoutée.

Et pour accompagner cette mutation, c'est tout l' « écosystème » irlandais qui gravite autour des laboratoires pharmaceutiques qui prend la même orientation. Par exemple, en matière de recherche et de formation, un centre unique en son genre, le NIBRT (National institute for bioprocessing research and training), a ouvert ses portes en juin 2011 dans le périmètre de l'University College de Dublin à Dublin, qui est la plus grande université d'Irlande. Ce centre qui a représenté un investissement de 57 millions d'euros est le fruit d'une collaboration étroite entre le gouvernement, l'industrie et le monde universitaire. Ensemble, ils ont convenu de l'intérêt de construire un outil industriel de production biotechnologique ayant pour vocation de former des opérateurs, des techniciens, des spécialistes de l'analyse pour les industriels locaux. « Le groupe Merck a démarré la production d'un nouveau vaccin à Carlow. Nous avons assuré la formation de tout le personnel avec un programme bâti sur mesure », explique Killian O'Driscoll, directeur des projets. Le centre est ainsi divisé en trois principales zones dédiées à l'upstream, au downstream et au remplissage et à la finition. Ces espaces sont équipés de toutes les technologies utilisées par les industriels, avec souvent des redondances entre équipements en inox et équipements à usage unique pour pouvoir apprécier les avantages et inconvénients de ces deux technologies. Un espace « services » est également dédié à toutes les opérations annexes de lavage, désinfection, préparation de milieux... En 2012, 1 100 personnes ont été formées, avec parfois des modules à distance de e-learning, complétés par des formations sur les installations du NIBRT, pour gagner en efficacité. Killian O'Driscoll ajoute que ce projet a été récompensé par un trophée ISPE 2012 "facility of the year", dans la rubrique "special recognition for novel collaboration". Les juges ont salué l'émergence d'une idée nouvelle au travers de collaborations innovantes.

Parallèlement aux investissements dans la production de médicaments biologiques, le domaine du « medical device » connaît un essor important. Barry Heavey de l'IDA signale que c'est un secteur en fort développement dans la région de Cork. Il offre une vraie synergie avec les médicaments biotech dans la mesure où ces nouveaux médicaments nécessitent souvent des systèmes d'administration complexes. En particulier, le domaine balbutiant des biosimilaires réclamera de l'innovation dans ce domaine dans les prochaines années. « Aux États-Unis, la compétence dans le domaine du medical device est centrée autour de Minneapolis, alors que la pharmacie est installée dans le New Jersey. En Irlande, les villes de Cork et de Dublin où sont concentrées ces deux compétences restent très proches », ajoute Barry Heavey qui insiste encore une fois sur le fait que la petite taille du pays joue en faveur des collaborations croisées.

Du côté des fournisseurs d'équipements, c'est un peu le même discours. Le virage biotech est bien pris. Un premier exemple est donné par la société Prosys basée à Cork. Spécialisée au départ dans les systèmes confinés d'échantillonnage pour la production d'API chimiques, elle a changé de cap, il y a six ans, pour se tourner vers la construction d'isolateurs sur mesure, notamment pour le domaine du stérile. « Nous avons décidé d'entrer sur ce marché car le marché des API commençait à décliner et l'on commençait à voir l'industrie pharmaceutique migrer vers davantage de procédés stériles », explique Michael McLoughlin, directeur général de Prosys. Et cette mutation n'avait rien de trivial. « Dans le domaine du confinement, c'est l'opérateur que l'on protège du produit. Dans le domaine du stérile, c'est le produit que l'on protège de l'opérateur », souligne-t-il. La société s'est d'abord illustrée en 2009 auprès de GSK sur son site de Stevenage, ce qui lui a ensuite ouvert les portes d'un gros projet à Singapour. Puis en 2010, la société a travaillé pour Boehringer Ingelheim dans l'Ohio. Mais son projet le plus emblématique reste probablement la mise sous isolateur stérile d'une ancienne machine de conditionnement de marque IMA, ceci pour le compte du groupe Pfizer. La construction a duré sept mois. Moyennant quelque 350 000 dollars, le groupe Pfizer a ainsi récupéré une machine de reconditionnement revampée, qui aurait pu lui coûter cinq fois plus cher neuve. « Quand les budgets se réduisent dans l'industrie, la remise à niveau de machines peut constituer une offre intéressante », commente le dirigeant. En dépit d'une concurrence assez exacerbée sur ce marché des isolateurs avec des grands noms comme Bosch, Skan ou Getinge, Prosys poursuit son ascension. La société réalise déjà la moitié de son chiffre d'affaires aux États-Unis, pays qui reste l'un des partenaires clés de l'Irlande. En parallèle, la société cherche à se déployer plus avant en Europe. Pour cela, la stratégie du patron vise à ouvrir des bureaux sur les marchés clés. En France, Prosys a déjà son bureau et compte dans ses références Sanofi ou encore Ipsen, même si les projets n'ont pas toujours concerné le territoire national. Pour l'heure, la société réalise 6 millions de chiffre d'affaires pour un effectif de 55 personnes. Michael McLoughlin estime qu'en entrant sur ce marché de l'aseptique, les perspectives sont « sans limite ». Il vise à moyen terme les 20 à 25 millions d'euros de chiffre d'affaires pour un effectif de 200 à 250 personnes.

Toujours à Cork, la société BCD Engineering raconte la même évolution. Spécialisée au départ dans les cuves pour l'agroalimentaire, la société a migré vers les API chimiques dans les années 90, puis tout début 2000, elle s'est lancée dans les équipements pour l'industrie des biotechs. La société a d'abord proposé des cuves en inox, puis elle s'est étendue vers la fourniture de skid -système modulaire - de plus grande complexité, incluant des cuves de sa fabrication. « Nous avons des compétences importantes en design d'installations et une excellente compréhension des process biopharmaceutiques », explique Richard Keays, directeur commercial. La société réalise 25 M€ de chiffre d'affaires, dont 70 % à l'export avec un effectif de 200 personnes. Parmi ses références sur le marché français, Richard Keays cite le projet Biolaunch de Sanofi. Le patron souligne que ce marché français reste difficile d'accès pour une société irlandaise, en raison d'acteurs locaux très bien implantés. Mais le monde reste vaste. En choisissant d'être une terre d'accueil pour l'industrie pharmaceutique mondiale, l'Irlande a su faire éclore et fructifier des savoir-faire qui maintenant s'exportent. Un modèle gagnant auquel le pays n'est pas prêt de renoncer.

 

Les équipementiers intéressés par le stérile.

 

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