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Interview - Eisai: le site France pénalisé par les mesures sur le médicament

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Le président de la filiale hexagonale du laboratoire japonais expose pour Chimie Pharma Hebdo la perception du site France par sa maisonmère. Et sur les perspectives de développement d'Eisai.
Le Dr Paul Cadre, président d'Eisai France, détaille pour Chimie Pharma hebdo la perception par sa maison mère des mesures françaises sur le médicament et les perspectives de développement du laboratoire en Europe et en France. Chimie Pharma hebdo: Le Leem ne cache pas son inquiétude après les nouvelles mesures d'économies sur le médicament annoncées par le gouvernement. Comment réagissez-vous à la façon dont ce dernier considère les laboratoires? Paul Cadre: Notre position n'est pas tellement différente de celle du Leem. Tout d'abord parce qu'à compter de décembre prochain, Eisai France va subir une réduction de 5 % du prix de notre principal médicament, Aricept (donépézil), destiné au traitement de la maladie d'Alzheimer. Ce qui est frustrant aujourd'hui car le groupe a une forte volonté de se développer en Europe, initialement dans les cinq plus grands marchés, mais aussi dans le reste de l'Union. Nous pensions pouvoir vendre le site France pour monter une usine spécifique en Europe pour la production d'Aricept et des produits à venir, actuellement fabriqué par Pfizer à Amboise. Mais c'est le Royaume-Uni qui a été choisi pour ce projet qui comprenait également une dimension exportatrice, ainsi que pour accueillir le siège de nos activités européennes et un centre de R&D. Dans ce dernier domaine, nous aurions voulu monter des projets avec les pôles de compétitivité. Il est difficile de défendre une position sur la recherche et le développement industriel avec le manque de visibilité qu'il y a actuellement en France. CPH: Pensez-vous que la gestion des déficits sociaux pourrait changer? P.C.: En tout cas, les signes de changements sont pour l'instant assez mineurs. Le courage politique serait de gérer aussi la demande de soins et non plus seulement l'offre. Il faut organiser ces dépenses et surtout stimuler la croissance. Je ne pense pas que l'on puisse répondre au déficit de la sécurité sociale de cette manière, alors que le médicament ne représente que 18 % des dépenses de santé et qu'actuellement, c'est la branche vieillesse qui pèse sur les comptes. Plus largement, dans le domaine des déficits sociaux, on a l'impression d'être dans un pays anesthésié, où derrière les constats alarmants le laxisme règne pour cause d'élections présidentielles. Pour les retraites par exemple, on voit qu'une poignée de personnes prend en otage le pays sur des déclarations d'intention à propos des réformes nécessaires. Ma maison mère est très surprise par cette situation. D'autant que, quand le Japon était en récession, le gouvernement a mis sur pied les réformes qu'il fallait pour redresser la situation. Malgré tout, la filiale française d'Eisai garde une image positive dans le groupe, essentiellement grâce à ses performances financières. Mais Eisai France est la seule filiale à avoir créé une fondation d'entreprise. Cette initiative a été récompensée par la maison mère. CPH: Quelles sont les perspectives d'Eisai France? P.C.: Dans le cadre du programme stratégique 2006-2011 lancé par le groupe, notre filiale compte plus que doubler son chiffre d'affaires à cet horizon pour le porter à 413 millions d'euros. Parmi les lancements importants, il y aura celui de Prialt (dont les droits européens ont été achetés auprès d'Elan début 2006, ndlr), prévu pour avril 2007. Cet antalgique devrait apporter un réel bénéfice dans le traitement des douleurs cancéreuses et neuropathiques, sans les effets secondaires des morphiniques, notamment la dépression respiratoire et l'accoutumance. Les anticancéreux, que notre maison mère a récemment repris à Ligand Pharma (CPH n°352), ne seront pas commercialisés en France. Dans ce domaine, il faudra attendre que le développement des cinq molécules issues de notre propre recherche avance. En 2008, une première, (E7389), devrait entrer sur le marché. Nous devons aussi lancer une nouvelle formulation orodispersible d'Aricept en novembre 2006 et nous sommes en attente d'AMM pour l'indication sévère au premier trimestre 2007. En neurologie, le Zonegran (zonisamide), un anti-épileptique, devrait arriver sur le marché français courant 2007. Il a déjà obtenu son AMM européenne en mars 2005 en association dans le traitement des épilepsies partielles et il est déjà disponible à l'hôpital. Par ailleurs, nous comptons aussi déposer en fin d'année prochaine un dossier pour, un antagoniste des AMPA (E 2007), dans la maladie de Parkinson. Le plan de développement comprend également l'épilepsie et la sclérose en plaques. Ce qui donne à cette molécule le statut de blockbuster potentiel. CPH: La pharmacie européenne a connu ces dernières semaines une vague de concentration accélérée. Dans quelle mesure une acquisition en Europe ferait sens pour Eisai? P.C.: Les opérations de fusion du secteur ont été justifiées par des raisons financières. Une fusion entraînant quasi-systématiquement une cure d'amaigrissement pour faire remonter le cours de l'action. Une fois cette phase terminée, il faut à nouveau fusionner pour maintenir cette dynamique. Notre stratégie, depuis dix ans, est d'aller sur les “niches-buster “, et nos ressources sont intégralement misées sur ces niches. Nous pensons toujours que les laboratoires de taille moyenne ont un avenir, à condition bien sûr que cela débouche sur des résultats. La taille n'est pas forcément un critère d'efficience en matière d'innovation thérapeutique. Cela dit, nous restons à l'affût d'acquisitions de produits ou de petites sociétés. Avec comme domaine d'intérêt les biotechnologies, l'oncologie et le “critical care ”. Pour le reste, notre direction a une volonté très claire de se protéger des prédateurs. Si nous pouvons apporter la preuve à nos actionnaires que nous pouvons faire mieux que si l'on se faisait racheter, nous continuerons seuls.
Propos recueillis par Cédric Ménard

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