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Ingénierie : Le marché fait la part belle aux petits projets

Raphaëlle Maruchitch

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Alors que le marché de l'ingénierie en France semble amorcer sa reprise sur les gros projets, les ingénieristes ont su tirer avantage des petits projets très techniques que leur a offerts le marché.

Dans le secteur de la pharmacie, les investissements des groupes pharmaceutiques en termes d'ingénierie sont cycliques. « De 2005 à 2010, de nombreux gros projets ont été menés en France. Puis, le marché a connu une période de creux. Aujourd'hui, de nouveau, des projets de grande envergure sont envisagés par les groupes pharmaceutiques », analyse Cécile Jolibois, directeur commercial de la Business Unit Technip Life Sciences. La tendance est encore timide mais pourrait se confirmer d'ici fin 2015. Les industriels de la pharmacie avaient-ils volontairement délaissé le territoire français ? « Les raisons stratégiques de cette évolution sont multiples, constate Philippe Robin consultant senior Pharmacie chez Jacobs et par ailleurs trésorier de la filiale française de l'International Society for Pharmaceutical Engineering (ISPE). D'une façon générale, les laboratoires se désengagent de leurs outils de production, les cédant à des génériqueurs, à des façonniers ou en les fermant. Une autre tendance est celle de la spécialisation de sites français sur les produits haut de gamme, à plus forte valeur ajoutée tels que les nouveaux vaccins et les systèmes de dispensation complexes. Au niveau de la R&D, il n'y a pratiquement plus que les laboratoires français qui ont des activités sur le territoire ; beaucoup de laboratoires étrangers relocalisent à l'heure actuelle leurs équipes ailleurs qu'en France. Une voie de développement repose sur les laboratoires français qui commencent à investir sur des marchés plus exotiques, à l'image de Sanofi en Inde à travers sa filiale Shantha, que nous accompagnons sur de nombreux projets. »

 

Compter sur les projets à l'étranger

 

Le contexte n'a pas toujours été favorable en France. « La croissance du marché du médicament n'est actuellement pas très encourageante vis-à-vis des investisseurs en France, constate de son côté Jean-François Duliere, Pharmaceutical Process Technologist chez Technip Life Sciences. Notre pays reste cependant en pointe dans les biotechnologies tournées vers des thérapeutiques dédiées à de petits nombres de patients (thérapie cellulaire, thérapie génique), un domaine dans lequel les produits sont à petite diffusion et à très forte valeur ajoutée. » Toujours est-il qu'en conséquence, le marché a laissé pendant quelques années de l'espace aux projets de petite taille et de taille intermédiaire - de 1 à 50 millions d'euros environ. Pour les ingénieristes, il a fallu composer. Malgré un marché peu favorable aux projets de grande ampleur, « nous avons réussi à maintenir notre activité dans les années 2010 à 2014 », commente Cécile Jolibois. En effet, Technip disposait de suffisamment de flexibilité pour basculer sur des projets de petite et de moyenne tailles et a également pu compter sur le renforcement de son activité à l'étranger : l'ingénieriste réalise des projets ailleurs en Europe, au Maghreb, en Asie. « Notre positionnement géographique nous a ainsi permis de ne pas souffrir du manque de gros projets en France », complète Cécile Jolibois. Même constat du côté de Jacobs : « En 2014, nous avons connu une activité, dans le domaine de la pharmacie industrielle, relativement réduite en France, constate Philippe Robin (Jacobs). De par notre implantation à travers le monde, nous arrivons à intervenir dans de nombreux projets - trois ou quatre en cours actuellement pour les bureaux français. Les cycles de projets sont toutefois un peu plus espacés. » C'est également le cas de l'ingénieriste Eras (50 millions d'euros de chiffre d'affaires prévisionnel pour 2015), qui dit ne pas tout miser sur le marché français. « Nous accompagnerons volontiers des clients en Chine, si le projet correspond à notre spécificité », indique Éric Colleter, directeur général d'Eras.

 

Des projets à haute valeur ajoutée

 

Eras Ingénierie a d'ailleurs fait le choix de se positionner exclusivement sur les petits projets et ceux de taille intermédiaire. « Notre intérêt nous porte à suivre ce type de projets », explique le directeur général d'Eras. « Depuis trois ans, nous connaissons une franche progression de notre chiffre d'affaires consacré à l'industrie de la pharmacie et aux biotechnologies, entre 15 et 20 % selon les années. » À l'avenir, l'entreprise a pour objectif de faire doubler son chiffre d'affaires sur ce segment. L'implantation territoriale de la société en France - Paris, Lyon, Marseille, Lille, Bordeaux, Rouen, Orléans... - leur permet d'assurer une proximité auprès de leurs clients. « Ce sont des projets à haute valeur ajoutée, pour lesquels nous sommes particulièrement bien dimensionnés et organisés », poursuit Éric Colleter. En effet, les projets de petite taille sont souvent des projets très techniques. « Nous sommes convaincus que notre modèle, très ouvert et à forte valeur ajoutée nous permettra de proposer un service compétitif et qualitatif, sur un marché sur lequel nous pouvons progresser de manière importante. Mieux, nous pensons que ce modèle est adapté à d'autres pays européens », confie Éric Colleter. Eras met d'ailleurs un point d'honneur à accompagner les projets des start-up. « Nous sommes animés par le désir de servir les nouveaux entrants sur le domaine de l'industrie de la pharmacie, que nous accompagnons avec une véritable satisfaction, explique-t-il. Il y a un véritable rôle à jouer sur le développement des start-up sur notre territoire. » 85 à 90 % des projets d'Eras sont réalisés en France, les autres le sont principalement sur le continent africain. Par ailleurs, le marché français reste consolidé par l'activité de revamping qui se maintient, expliquent les ingénieristes.

« Il existe de nombreux sites sur lesquels nos clients ont besoin de procéder à des remises à niveau. Là encore, notre proximité, notre motivation à servir de tout petits projets et notre proximité sont de grands atouts », témoigne Éric Colleter. D'autres changements pourraient également intervenir au niveau de l'Europe, comme le souligne Jean-François Duliere (Technip) :« L'Europe fait face à une surcapacité pour la production d'injectables (de l'ordre de 20 %) et de formes solides (entre 30 et 40 %). Ces surcapacités nécessitent une optimisation, qui sera particulièrement difficile dans le cas des injectables car il s'agit de transferts de produits et de regroupements lourds pour les industriels. »

Du côté des industriels de la pharmacie, les demandes ont également évolué en parallèle des mouvements du marché français. « Deux tendances sortent du lot : tout d'abord, la pression sur les coûts d'investissement, qui reste le facteur principal de décision. Nous réalisons systématiquement des ateliers d'analyse de valeur, de manière à optimiser au maximum les coûts de nos clients ; coûts liés aux investissements (Capex) mais également liés à la production (Opex). Puis, le lean manufacturing est une composante devenue essentielle pour les industriels de la pharmacie. La démarche est d'ailleurs systématiquement mise en application dans les projets que nous prenons en charge », détaille Cécile Jolibois (Technip).

Quant aux perspectives d'avenir, « d'une façon générale, les projets de production pharmaceutique vont s'étendre ailleurs qu'en France. Les pays dans lesquels la population croît beaucoup, par exemple, ont un fort potentiel. Il y a donc dans notre pays nécessité d'encourager nos points forts, l'innovation et le développement de nouveaux produits, comme les vaccins et les formes galéniques innovantes par exemple », souligne Philippe Robin (Jacobs). En ce qui concerne les projets de grande envergure, le creux de la vague semble être dépassé. « Parmi les projets conséquents, qui sont actuellement dans des phases de conception, nous espérons que certains partiront en réalisation », confie Cécile Jolibois.

 

« D'une façon générale, les projets de production pharmaceutique vont s'étendre ailleurs qu'en France ». (Cécile Jolibois)

 

INVESTISSEMENTSUne usine à dimension internationale pour le LFB

Le laboratoire français, spécialisé dans les techniques avancées de bioproduction, travaille sur un projet de plusieurs centaines de millions d'euros, qui sera implanté en France.

Le LFB est implanté en France avec quatre sites de production, les deux usines fabriquant des médicaments dérivés du plasma, les plus importantes du groupe aujourd'hui étant situées à Lille (59) et aux Ulis (91). « Nous avons une politique très soutenue d'investissements industriels dans le groupe, relate Patrick Bergeat, directeur industriel du LFB. Il y a les standards pharmaceutiques auxquels nous devons nous adapter continuellement. Et le secteur est porteur d'une véritable dynamique qui nous conduit à augmenter régulièrement nos capacités industrielles ». Récemment, le laboratoire a, par exemple, inauguré une plateforme de production de médicaments issus de la thérapie cellulaire aux Ulis, par ailleurs son siège social. Le laboratoire travaille actuellement sur un projet de grande ampleur : « usine 2020 », dont il est prévu qu'il soit implanté sur le territoire français - l'information est encore confidentielle. Le projet, défini il y a deux ans, devrait comme son nom l'indique aboutir pour 2020. Pour le monter, le laboratoire est parti d'une page blanche. « Le challenge est de créer cette usine dans un délai de cinq ans, pour les 30 années à venir, résume Patrick Bergeat. Nous avons l'ambition forte d'en faire une vitrine technologique, une usine très compétitive design to cost, qui va asseoir le développement international du LFB en étant centrée sur nos produits phares de croissance. » Les dossiers d'AMM des produits qui seront fabriqués dans l'usine sont en cours d'évaluation à l'international. En interne, les ingénieurs du LFB iront jusqu'à la conception technique du projet associant l'outil proprement dit à la mise en oeuvre de procédés industriels biologiques de haute technologie. Dans la phase de réalisation, le ou les ingénieristes externes choisis par le groupe prendront part au projet en tant que maître d'oeuvre, lui faisant ainsi bénéficier de son expérience internationale du terrain. « L'ingénieriste va être très présent dans les premières phases avec nos équipementiers, puis lorsque les installations vont commencer à tourner et être qualifiées, les équipes extérieures s'effaceront au profit de nos propres équipes qui maîtrisent les procédés de fabrication », explique Patrick Bergeat. Le coût de l'investissement s'élève à plusieurs centaines de millions d'euros. Dès que le plan de financement sera finalisé, le LFB communiquera plus amplement sur le projet. Aux côtés de l'usine 2020, le LFB mène à bien d'autres projets sur l'Hexagone. Pour ce faire, il fait appel à des ingénieristes externes, complémentaires à son savoir-faire et à son coeur de métier. Ainsi, « plusieurs cabinets d'ingénieristes sont mobilisés pour l'extension ou la jouvence de nos équipements, nous apprend Patrick Bergeat. Nous en profitons par la même pour améliorer notre compétitivité sur les prix de revient industriels ». Ces programmes majeurs, pluriannuels, représentent des enveloppes de plusieurs dizaines de millions d'euros pour le LFB.

RAPHAËLLE MARUCHITCH

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