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Ineos sans complexe à Grangemouth

Julien Cottineau

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Le bras de fer a clairement tourné à l'avantage de la direction d'Ineos. Le 23 octobre, en annonçant la fermeture définitive de son complexe pétrochimique de Grangemouth, en Écosse, et la nomination prochaine de liquidateurs, le pétrochimiste européen a abattu la carte fatale de son jeu. Dans la foulée, les partenaires sociaux, portés par le syndicat Unite qui représente environ trois quarts des salariés du site écossais, ont accepté sans condition le plan de survie d'Ineos, qu'ils avaient pourtant rejeté une semaine auparavant. Avec l'espoir de faire revenir la direction sur sa décision et de sauver ce gigantesque complexe. Jeudi soir 24 octobre, les représentants de Unite se disaient optimistes pour un revirement imminent de la position d'Ineos. En amont du complexe pétrochimique, le sort de la raffinerie n'était pas encore arrêté. Ineos excluait pour l'heure une fermeture de ce dispositif majeur du raffinage au Royaume-Uni, pourvu de capacités de 9 millions de litres de carburants par an, et détenu par Ineos et PetroChina depuis 2011 dans le cadre de la coentreprise Petroineos. Son avenir sera discuté plus en profondeur avec les actionnaires ultérieurement.

Une fermeture de Grangemouth serait une catastrophe industrielle et sociale en Écosse et au Royaume-Uni. Ce complexe dispose de capacités d'1 million de tonnes par an, essentiellement des oléfines et polyoléfines, et emploie environ 800 salariés, sur les 1 370 que compte le site. Autant dire qu'une telle vague de licenciements et la perte d'autant d'actifs industriels porteraient un coup très dur à l'économie locale. Sans compter le revers porté à la moribonde pétrochimie européenne. Depuis la semaine dernière, les gouvernements écossais et anglais sont pleinement mobilisés pour encourager la reprise du dialogue et dénicher de potentiels repreneurs. Mais Ineos ne laisse guère de marge de manœuvre et se montre intraitable dans cette partie de poker.

« Ineos intraitable dans cette partie de poker » Mi-octobre, à la suite de la rupture des négociations avec les partenaires sociaux sur la refonte des conditions salariales à Grangemouth, Ineos avait indiqué que son plan de survie était la seule option sur la table. Et avait, sous prétexte de parer à un possible mouvement de grève, stoppé peu à peu les unités jusqu'à un arrêt total du complexe et de la raffinerie (CPH n°651). Le refus indéfectible des syndicats, malgré ces actions « préventives », avait mené le groupe à consulter directement chacun des 1 370 salariés du site pour détailler ce plan qui propose notamment un gel des salaires et un report des primes jusqu'en 2016, et une baisse du niveau des pensions de retraites. Mesures présentées comme vitales, arguant que le complexe pétrochimique perd 10 millions de livres par mois, et nécessaires pour pouvoir amorcer la relance des activités et éviter une fermeture définitive en 2017. Relance envisagée via un plan d'investissements d'environ 300 M£ destiné principalement à rénover les infrastructures portuaires pour acheminer de l'éthane bon marché américain, mais strictement conditionné par Ineos au soutien financier des autorités locales et nationales (CPH n°646).

Selon la direction, le plan de survie n'ayant convaincu que 50 % des salariés, les actionnaires d'Ineos ont donc estimé qu'il était temps d'arrêter les frais. Et les activités. Malgré la vindicte populaire et syndicale face à ces décisions, les partenaires sociaux se sont résignés à tout accepter désormais. Mais est-ce déjà trop tard ?

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