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Industriels et académiques mobilisés autour de la médecine personnalisée

Aurélie Dureuil

Genopole et Amgen se sont associés pour l'organisation d'une journée autour des défis de la médecine personnalisée en France. Industriels, médecins, chercheurs, patients et représentants institutionnels ont ainsi débattu des avancées et perspectives.

Le biocluster francilien Genopole et le groupe américain Amgen ont mis la médecine personnalisée à l'honneur avec l'organisation d'un colloque, début décembre. La journée de débats qui s'est tenue à la Bibliothèque nationale de France à Paris a réuni environ 300 personnes, tant industriels que chercheurs, médecins, patients et membres des institutions. « Nous avons décidé de nous associer pour cette journée avec l'objectif de sensibiliser et informer tout un chacun, et de mobiliser industriels et académiques pour créer une filière susceptible de maintenir notre système de santé à très haut niveau de qualité », détaille Naceur Tounekti, directeur général adjoint de Genopole. S'il préfère le terme de médecine de précision, il souligne l'importance de « préparer le passage d'une médecine d'organes à une médecine génétique, génomique, moléculaire et cellulaire ». La définition de cette médecine personnalisée par Jean Monin, président d'Amgen France, passe, elle, par les « 6P, pour être une médecine préventive, prédictive, précise, participative, autour du patient et personnalisée ». « Elle est déjà utilisée de façon routinière en oncologie. Mais il reste des questions d'ordres clinique, réglementaire et bioéthique et à savoir comment on utilise toutes les analyses rétrospectives », ajoute-t-il. Car cette médecine, née du développement de la génétique moléculaire et des technologies de l'information, propose de « choisir un traitement pour un malade donné en fonction de ses caractéristiques individuelles », selon Genopole. Une démarche qui passe par un classement des malades en sous-population en fonction de leur susceptibilité à répondre à un traitement donné, ... Une segmentation qui pose notamment la question de la gestion des essais cliniques. « Si une maladie courante peut être segmentée en maladies rares. Comment être sûr de ne pas laisser de côté des patients qui pourraient répondre au traitement... », interroge Jean Monin (Amgen). Agnès Buzyn, présidente de l'Institut national du cancer, estime qu'il y aura « un changement de paradigme pour les essais cliniques. Les essais de cohorte ne seront plus, il faudra des essais adaptatifs ».

Une fois les traitements avec leur test compagnon disponibles, les médecins doivent pouvoir les utiliser et avoir notamment accès à des technologies de diagnostic génétique. « Nous sommes le 2e centre en Europe avec une capacité de 30 génomes humains par jour à un prix compétitif d'environ 1 000 à 2 000 euros. Pour être à grande échelle, il faut être sous les 1 000 €. Aujourd'hui, il y a quelques acteurs majeurs. Le grand défi technologique est plus celui de la production de données », témoigne Jean-François Deleuze, directeur du Centre national de génotypage. Si l'accès au génome est de plus en plus facile, encore faut-il pouvoir décrypter ces données et les rendre accessibles aux médecins dans un temps réduit. « Les données qui environnent le patient vont participer d'un corpus qu'il va falloir structurer, exploiter », analyse Patrick Johnson, vice-président R&D de Corporate research et science de Dassault Systems. L'essor de la médecine personnalisée pose en effet la question du big data. Pascal Sempé, directeur du business développement d'IBM Watson Solutions, cite ainsi la quantité de données générées au long de la vie.

 

Organiser le stockage des données génétiques

 

Face à ces informations, les intervenants soulignent également la question de leur stockage et de leur propriété. Les données génétiques d'un patient peuvent en effet permettre de mieux cibler un traitement. Elles peuvent également alimenter des bases utiles pour mieux comprendre les pathologies. « Les données génétiques sont des données particulières. Ce qu'elles révèlent nous intéresse en tant qu'individu, mais elles peuvent également donner des informations sur les autres », signale Isabelle Falque-Pierrotin, présidente de la Cnil (Commission nationale de l'informatique et des libertés) qui appelle à « un débat collectif sur le sujet ».

L'essor de la médecine personnalisée pose également la question de son accessibilité. Le séquençage du génome, l'intégration de systèmes de gestion des données, le développement de médicaments avec leur test compagnon... « Ça coûte cher. N'est-ce pas une médecine de riche ? Ne va-t-on pas orienter cette médecine vers de grands centres médicalo-universitaires ? », souligne Jean Monin (Amgen). Didier Tabuteau, responsable de la chaire santé de Sciences-Po, co-directeur de l'institut Droit et santé à l'université Paris-Descartes renchérit : « les traitements vont avoir un coût astronomique. Les systèmes de financement ne pourront pas faire face. Les années de transition peuvent être difficiles. Il y aura un impact sur le fonctionnement du système ». Yves Levy, président de l'Inserm et en charge d'une mission confiée à Aviesan par le Premier ministre sur la mise en place d'une filière de médecine personnalisée en France, émet également la question de « l'intégration de ces coûts dans le système public » et de « la mobilisation financière à la hauteur de l'enjeu ». S'il souligne le retard de la France dans le domaine de la médecine personnalisée, il note les atouts : « un système de soin structuré, une grande expérience de la mise en place de plan santé et l'industrie ». Il plaide ainsi pour « un plan pluriannuel transformant et d'envergure ». Ainsi, Naceur Tounekti de Genopole énumère les grands défis dans ce domaine : « positionner la France, mobiliser très vite les acteurs publics et privés, investir dans le stockage et l'analyse des données, l'ouvrir à toute la médecine...». Des défis pour lesquels les industriels se positionnent. « Nous, les industriels, nous avons une prédisposition génétique : l'innovation. Nous avons un biomarqueur : les fantastiques progrès thérapeutiques faits, ces dernières années. Et notre test compagnon, c'est notre agilité, notre capacité à faire rimer médecine personnalisée et progrès thérapeutique », conclut Jean Monin.

DES DÉVELOPPEMENTS EN AMÉRIQUE DU NORD ET EN EUROPE

Il n'y a pas que la France qui s'intéresse à la médecine personnalisée. En témoigne une étude menée par EY pour Genopole afin d'« évaluer le développement des filières de médecine personnalisée à travers le monde ». Le biocluster note ainsi : « Si les États-Unis sont pionniers et leaders dans le domaine du séquençage, chaque pays manifeste l'ambition de développer une médecine personnalisée innovante au profit des patients, avec toutefois des niveaux d'avancement inégaux ». L'étude s'est concentrée sur les États-Unis, le Canada, le Royaume-Uni et l'Allemagne afin de déterminer la maturité de la chaîne composée de sept activités (pré-analytique, séquençage, données et alignement, évaluation des variants, interprétation clinique, approche payeurs, consultation clinique) et de cinq activités de support (formation/éducation, politique, financement, éthique/juridique, réglementaire), précise Genopole. L'organisme conclut ainsi que « globalement, le séquençage haut débit est une technologie maîtrisée. En effet, les quatre pays étudiés ont été des contributeurs importants aux programmes de recherche fondamentale ayant favorisé le développement de la génomique ». De même, « l'application clinique de la médecine personnalisée est un objectif largement partagé. Toutefois, les rigidités liées à des systèmes de santé fortement institutionnalisés en Europe peuvent expliquer la relative lenteur de la mise en place d'innovations bouleversant l'approche du système de soins ». La création de nouvelles filières économiques« a d'ores et déjà été impulsée par les États Unis, suivis par le Canada, alors que les pays d'Europe étudiés n'ont pas encore pris position de manière structurée. Une réflexion industrielle stratégique pour fournir des réponses adaptées et efficientes doit toujours se tenir », conclut Genopole.

« Permettre à la France d'introduire le séquençage du génome entier dans la pratique médicale »Marisol Touraine, ministre des Affaires sociales, de la Santé et des Droits des femmes

« Avec Emmanuel Macron et Thierry Mandon, nous avons lancé, il y a deux semaines œndlr, le 24 novembre 2015æ, les travaux de la Solution « Médecine du futur » qui porteront en particulier sur la médecine personnalisée. Le comité de pilotage, présidé par André Syrota, ancien président de l'Inserm et Olivier Charmeil, président directeur général de Sanofi Pasteur, réunit 28 personnalités du monde académique, industriel et associatif. Sa mission sera d'établir une feuille de route d'ici la fin du premier trimestre de l'année 2016. À partir de là, nous avancerons à vitesse grand V. Le Premier ministre a également confié au président d'Aviesan la mission d'établir des recommandations pour permettre à la France d'introduire le séquençage du génome entier dans la pratique médicale habituelle, au même titre que l'IRM ou le scanner. Nous recevrons ces recommandations dans les prochaines semaines ».

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