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Industriels et académiques conjuguent leurs compétences

Afin de mettre en commun leurs savoir-faire, leurs réseaux et leurs moyens, équipes académiques et sociétés de biotechnologies s'associent. Tour d'horizon avec trois succès en région Centre-Val de Loire.

Industriels et académiques : bien des caractéristiques opposent ces deux univers. Pourtant, les rapprochements entre ces mondes se font de plus en plus fréquents. La région Centre-Val de Loire en est un excellent exemple, notamment dans le secteur des biotechnologies. Les raisons qui amènent à conclure ces partenariats sont diverses. Souvent, la nécessité s'est naturellement imposée. Ainsi, Hugues Contamin, fondateur et dirigeant de l'entreprise des services précliniques Cynbiose, qui a conclu un partenariat avec l'unité de recherche Inserm U1100 à Tours (voir encadré), raconte s'être « retrouvé en concurrence avec des plateformes académiques qui délivrent des services sur le même marché », peu après la création de Cynbiose. Cette situation a interpellé le dirigeant, qui savait que cela ne faisait pas partie des missions initiales de ces plateformes, qui proposent principalement de tels services par contrainte financière. La solution d'un partenariat s'est alors profilée. « J'avais naturellement la nécessité, de par mes activités, de me rapprocher des académiques, explique-t-il. Il y avait un véritable intérêt à développer des modèles en partenariat avec eux. Pour nous, en valorisant leur expertise scientifique et pour eux, en bénéficiant de notre savoir-faire en matière commerciale et maîtrise des référentiels qualité. D'une situation concurrentielle, nous sommes alors passés à une situation de création de valeur. » Bien souvent, d'un côté ou de l'autre des partenaires, une connaissance des milieux industriel et académique existait déjà.

La transdisciplinarité semble couler de source pour beaucoup. « La collaboration est l'ADN de notre société de biotechnologies Galenus Regeneratio, déclare pour sa part Laurent Mousseau, son co-fondateur. Nous ne possédons pas toutes les compétences en interne et nous savons qu'elles existent chez d'autres partenaires. Je pense qu'il n'y a que de cette façon que nous pouvons progresser : en faisant appel à des compétences éloignées, variées. » « L'approche très translationnelle que revêt notre collaboration nous permet aujourd'hui d'avancer plus rapidement dans nos recherches », ajoute Cyrille Hoarau, médecin enseignant, chercheur en allergologie et immunologie clinique, qui interagit avec Galenus Regeneratio (voir encadré), toute jeune société créée en 2014. Quant au dirigeant de la société Synthelis, Bruno Tillier, il collabore avec des équipes académiques depuis la création de son entreprise grenobloise en janvier 2011. « Avec la région Centre-Val de Loire, tout a commencé lors des journées scientifiques du Cancéropôle Clara, à Lyon. Hervé Watier œndlr, à la tête du Laboratoire d'Excellence MAbImproveæ nous a convaincus de venir présenter notre technologie aux équipes académiques de Tours afin de savoir si nous étions intéressés à devenir le partenaire industriel de l'une des équipes. » L'intuition fut bonne. Aujourd'hui, Synthelis collabore avec l'équipe de recherche tourangelle Bios (Biologie et bioinformatique des systèmes de signalisation) de l'Inra qui fait partie de MAbImprove, dans le cadre du projet « Biomédicaments » de la région (voir encadré). « Le contexte français est moteur de ce type de rapprochements, notamment avec le Crédit d'impôt recherche, souligne Bruno Tillier. Antérieurement à la création de Synthelis, j'avais une connaissance du monde de la recherche académique car j'avais souvent créé des ponts entre laboratoires publics et industrie. » S'il est vrai que les industriels impulsent fréquemment les rapprochements, les académiques saisissent avec enthousiasme les occasions qui leur sont données. Par exemple, le chercheur Inra, Éric Reiter, qui collabore avec la société Synthelis, bénéficie de l'expertise de la société dans la synthèse de récepteurs couplés aux protéines G, cibles majeures des médicaments. Il explique que « dans de nombreuses étapes de [leur] process, il était intéressant de disposer de ces récepteurs, pour le développement et la caractérisation d'anticorps notamment. » Au demeurant, les partenariats sont aussi des rencontres humaines. Tous les collaborateurs parlent de la qualité des échanges et des dialogues que les partenariats leur permettent d'installer, de l'ouverture apportée. Parfois même, les rapprochements sont des retrouvailles : « La collaboration avec Cynbiose a été facilitée par le fait qu'Hugues Contamin et moi nous connaissons depuis de nombreuses années », raconte Mustapha Si-Tahar, directeur de l'unité de recherche Inserm U1100 du Centre d'études des pathologies respiratoires (CEPR) de Tours. Les deux hommes s'étaient rencontrés à l'institut Pasteur à Paris, alors doctorants.

 

Une complémentarité évidente

 

Il ressort des collaborations une grande complémentarité entre les acteurs. C'est d'ailleurs parce que les domaines de compétences se complètent que les partenariats se nouent en premier lieu. « Cynbiose avait déjà la capacité à vendre le modèle primate, mais pas dans le domaine respiratoire. Nous, nous avions l'expertise fondamentale et clinique dans ce domaine. De fait, pourquoi ne pas réfléchir à rapprocher ces deux valences ?, raconte Mustapha Si-Tahar. Nous n'imaginons pas nos laboratoires rester cloisonnés ; il faut dialoguer avec le monde industriel pour en comprendre les attentes. » De telles associations permettent d'avoir une vision globale, sans rupture, sur une problématique donnée. Par exemple, « il n'est pas toujours aisé de voir la clinique derrière l'approche fondamentale, analyse Cyrille Hoarau. Or la finalité est bien là : voir ce que l'on peut apporter de plus pour le patient. » De fait, les partenariats permettent de construire une continuité dans les projets biotechnologiques. « Par le passé, j'ai travaillé avec les laboratoires de l'université que j'accompagnais dans la valorisation de leurs travaux de recherche, se rappelle Bruno Tillier (Synthelis). Très souvent, ils avaient besoin de financement pour amener à maturité une technologie et compléter leurs résultats avant que l'industrie ne se montre candidate à prendre une licence dessus. » Au-delà de l'enrichissement mutuel que les interactions apportent sur le plan de la recherche, elles permettent aussi aux sociétés de développer leur offre, de gagner de nouveaux clients et marchés, d'augmenter la visibilité. « La gamme de compétences et d'outils que nous apportons peut permettre d'élargir l'offre de Synthelis », note Éric Reiter (Inra). « Le mode collaboratif dans le développement de notre entreprise a pris naturellement de l'importance, ajoute Laurent Mousseau (Galenus Regeneratio). De proche en proche, nous élargissons aussi notre champ d'investigation. » Mieux : les collaborations présentent également un intérêt sur le plan économique. « Par le biais des infrastructures auxquelles nous participons, nous avons aussi un rôle d'investisseur dans la recherche académique », note pour sa part Hugues Contamin (Cynbiose). Mustapha Si-Tahar, son partenaire côté Inserm, complète : « Compter Cynbiose à nos côtés pourra également nous servir de levier pour aller chercher des fonds pour un développement mutuellement bénéfique. »

 

Des projets sur le long terme

 

Alors que les collaborations sont encore jeunes, certains mesurent déjà les conséquences très concrètes de ces partenariats et voient plus loin. Les alliances se traduisent aussi par une volonté de rapprochement géographique. « Pour l'heure, les premiers résultats sont en faveur de la pérennisation de notre collaboration. Nous aimerions qu'elle nous amène à implanter une antenne sur Tours et à y localiser une partie de notre équipe sur une activité spécifique », prévoit Bruno Tillier (Synthelis). « Nous avons établi un véritable partenariat et c'est ainsi qu'une implantation de Synthelis dans la région Centre-Val de Loire a rapidement été évoquée, nous espérons en voir la concrétisation d'ici la fin de l'année 2015 », confirme Éric Reiter. Le fait d'établir des associations entre acteurs industriels réorganise leur façon de voir les choses. « Aujourd'hui, nous parlons d' " écosystème CEPR ", constate Mustapha Si-Tahar (Inserm). Je crois que mes collègues et moi sommes arrivés à un modèle innovant : développer un laboratoire performant sur le plan académique tout en possédant des liens privilégiés avec des partenaires industriels. » La création d'une filiale à Tours, Cynbiose Respiratory, est d'ailleurs actuellement en cours de finalisation avec les organismes de tutelle du CEPR, l'Université François Rabelais et l'Inserm.

À l'avenir, pour certains, les expériences de collaboration ont même vocation à être multipliées. « Nous cherchons à reproduire ce type de modèle autant que possible au sein de notre société », assure par exemple Laurent Mousseau (Galenus Regeneratio). Preuve est faite que les collaborations entre industriels et académiques n'additionnent pas seulement les compétences, mais leur permettent de se multiplier.

DÉVELOPPER DE NOUVEAUX MODÈLES EN SANTÉ RESPIRATOIRE

Implantée à Lyon, la société de services Cynbiose possède une expertise dans les études pré-cliniques et tout particulièrement celles qui font appel à l'espèce primate, utilisées afin d'accéder aux phases cliniques dans le développement des candidats médicaments. Ces études exploratoires sont primordiales pour les industriels, notamment dans les prises de décision de « Go/No go ». Les modèles d'efficacité pharmacologique proposés par Cynbiose se veulent une offre complémentaire innovante à celle des grandes CRO présentes sur le marché. Afin de co-développer des nouveaux modèles en santé respiratoire, l'entreprise a monté un partenariat avec une unité Inserm de recherche académique (fondamentale, transversale et appliquée) du Centre d'Étude des Pathologies Respiratoires de Tours. Le partenariat devrait déboucher prochainement sur une entité privée adossée au laboratoire. La société Cynbiose, créée en 2008, réalise 80 % de son chiffre d'affaires avec des industriels et des sociétés de biotechnologies et 20 % avec des académiques. Elle possède d'autres partenaires, notamment dans le cadre d'appels à projets nationaux et internationaux. http://cynbiose.com/ http://cepr.inserm.univ-tours.fr/

AFFINER LE DIAGNOSTIC ET LA PRISE EN CHARGE DE L'ALLERGIE

L'Unité transversale d'allergologie et immunologie clinique du CHRU de Tours s'est associée avec la start-up Galenus Regeneratio sur le sujet de l'allergénicité des protéines de l'oeuf. Actuellement, pouvoir disposer d'anticorps humains naturels en quantité est problématique. L'objectif de la collaboration est donc que Galenus Regeneratio puisse produire des outils de diagnostic à partir d'anticorps provenant de cellules de patients allergiques du CHRU. L'exploit est de disposer de quantité infinie d'anticorps en immortalisant in vitro les cellules humaines grâce à l'implication des chercheurs de l'université de Tours. Disposer ainsi d'anticorps permet de développer « les bons biomarqueurs et de développer les outils diagnostiques adéquats, explique le Dr Cyrille Hoarau, du CHRU de Tours. Avec, pour finalité, de mieux étudier le profil des patients pour envisager des thérapies ciblées, encore appelée en allergologie immunothérapies ou désensibilisation. » Du côté de Galenus Regeneratio, les anticorps monoclonaux fournis par les chercheurs pourront être utilisés à différentes fins, comme dans la construction de systèmes d'étalonnage ou de contrôle, par exemple. http://www.galenus-regeneratio.fr/ http://www.chu-tours.fr/unite-transversale-dallergologie/

BÉNÉFICIER DE RÉCEPTEURS POUR MIEUX DÉVELOPPER DES ANTICORPS

Première classe de cibles thérapeutiques de médicaments, les récepteurs couplés aux protéines G revêtent un enjeu de taille pour la mise au point de nouveaux médicaments. C'est sur cette thématique, dans le cadre du dispositif ARD (Ambition recherche développement) 2020 déployé par la région Centre-Val de Loire, et plus précisément le programme « Biomédicaments », qu'une collaboration a été montée entre l'entreprise grenobloise Synthelis et un groupe de recherches de l'Inra qui travaille sur le développement d'anticorps pour les récepteurs couplés aux protéines G, nommé Bios (Biologie et bioinformatique des systèmes de signalisation). Synthelis, pour sa part, produit des cibles thérapeutiques, majoritairement des protéines membranaires, comme les récepteurs couplés aux protéines G. Ce matériel produit par Synthelis présente une utilité pour les équipes de l'Inra pour cribler leurs banques d'anticorps, afin de déterminer celui qui aura un effet sur une cible en particulier, tandis que Synthelis pourra faire la preuve de l'utilité des récepteurs qu'il produit dans la sélection de candidats médicaments. http://www.synthelis.com/ http://bios.tours.inra.fr/bios_group/

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