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Homéopathie : Weleda double sa capacité de production à Huningue

À Huningue, Sylvie Latieule

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À Huningue, le groupe suisse Weleda opère un site entièrement dédié à la production de médicaments homéopathiques. Loin d'être une niche, cette activité génère en France presqu'autant de revenus que les cosmétiques Bio qui font la notoriété de la marque.

La marque Weleda est bien connue des amateurs de produits cosmétiques naturels, issus de l'agriculture biologique. Pourtant, le laboratoire suisse, qui en est à l'origine, mène de front, depuis sa création en 1921, une activité dans le domaine de la pharmacie, avec un large portefeuille de médicaments homéopathiques qui s'appuie sur les principes de la médecine anthroposophique. Peter Braendle, président du directoire en France, explique que Weleda commercialise une quinzaine de références de médicaments homéopathiques et à base de plantes dans l'OTC, en ophtalmologie, troubles du sommeil, pathologies hivernales, traumatismes bénins. S'y ajoutent 450 spécialités homéopathiques à nom commun (SNC) et près de 900 préparations magistrales, réalisées pour le compte des pharmacies sous une grande diversité de formes pharmaceutiques : granules, solutions injectables, solutions buvables en gouttes, pommades, collyres, ... Aussi, sur un chiffre d'affaires de 364 millions d'euros réalisé par le groupe en 2014, en croissance de 8 %, la pharmacie a représenté 30 % des revenus. Cette proportion du secteur pharmaceutique est encore plus importante en France, de l'ordre de 46 % sur un chiffre d'affaires 2014 de 72 M€ de la filiale Weleda France, en hausse de 22 %.

Cette particularité de la France n'est certainement pas étrangère au fait que le groupe opère à Huningue, depuis 1924, un site de production entièrement dédié à la pharmacie. Ce site est régulièrement audité par l'ANSM et répond aux Bonnes pratiques de fabrication. Certaines de ces préparations magistrales font l'objet de prescriptions remboursées par la sécurité sociale.

En France, Weleda maîtrise sa chaîne de production de A à Z. Elle démarre par l'exploitation d'un jardin botanique d'une superficie de 1,5 ha à Bouxwiller, en pleine campagne, à quelques petites dizaines de kilomètres du site de production d'Huningue. Chaque année, des jardiniers de Weleda y cultivent une quarantaine de plantes médicinales selon les préceptes de l'agriculture biodynamique. Au-delà du bio qui bannit l'usage de tout intrant de la chimie de synthèse, les jardiniers respectent le rythme des plantes, mais aussi celui des sols qu'ils considèrent comme des organismes vivants. « Nous essayons de retrouver les conditions de vie de la plante sauvage », illustre Denis Graeffly, pharmacien et responsable process. Autre source d'approvisionnement en plantes médicinales biodynamiques pour le groupe Weleda : un jardin en Allemagne d'une superficie de 22 ha. « C'est le plus grand site de culture médicinale d'Europe », affirme Pierre Kappler, responsable du jardin de Bouxwiller. Mais toutes les plantes utilisées dans les préparations de Weleda ne sont pas forcément cultivables. C'est le cas de l'arnica qui est encore cueilli à l'état sauvage dans le parc naturel des Vosges, à raison de près de 2 tonnes, couvrant une bonne partie des besoins du groupe Weleda. Dans ce cas, des accords sont passés avec des ramasseurs spécialisés et acteurs locaux garantissant la qualité des plantes et le respect de la biodiversité.

La plante fraîche constitue l'essentiel de la matière première des médicaments homéopathiques de Weleda, avec quelques souches minérales (silice, aragonite, cristaux de soufre, divers métaux) et animales (abeilles, frelons, fourmis, araignées, organes de lapins et plus rarement de porcs). Les récoltes doivent d'ailleurs être acheminées le jour même à Huningue pour un traitement dans la journée. La plupart du temps, il consiste en un broyage puis une mise en macération de tout ou partie de la plante (feuille, tige, racine...), dans un mélange eau/alcool (dérivé du blé bio) pendant 10 à 30 jours, à température ambiante (15 à 20 °C). Ensuite, ce macérât est pressé puis filtré pour l'obtention de teintures mères qui pourront être conservées entre 3 et 5 ans. Marc Follmer, pharmacien et directeur général de Weleda France, explique que 17 tonnes de teintures mères ont ainsi été produites en 2014 à Huningue. Elles sont contrôlées et doivent être conformes aux spécifications des pharmacopées française, européenne ou allemande. On considère qu'une teinture mère correspond à un actif homéopathique. Par exemple, le macérât de plante entière fleurie fraîche d'Arnica correspond à l'actif Arnica montana, traditionnellement utilisé pour traiter les traumatismes ou préparer les muscles à l'effort, le macérât de camomille correspond à Chamomilla vulgaris radix, reconnu pour son action sur les douleurs gingivales chez l'enfant... À terme, c'est l'Allemagne, grâce à son immense jardin botanique, qui réalisera la fabrication de la majorité des teintures mères pour l'ensemble des sites de production de Weleda. Une douzaine dans le monde.

Si la macération est le procédé le plus utilisé pour la fabrication de teintures mères, d'autres options existent : la digestion (traitement thermique à 37 °C de broyat de plantes), l'infusion (consiste à ébouillanter des végétaux secs), la décoction (plante portée à ébullition dans un mélange hydro-alcoolique), la distillation, la torréfaction (plantes séchées chauffées à haute température), la carbonisation (combustion jusqu'à obtention du squelette carboné de la plante).

Une fois que les teintures mères sont élaborées, viennent les étapes de dilution au coeur de la controverse sur les médicaments homéopathiques. Chez Weleda, on préfère parler de « dynamisation ». « La dynamisation est plus qu'une simple dilution. La substance d'origine minérale, végétale ou animale se disperse dans la masse du solvant neutre auquel elle est mélangée. Il s'agit de multiplier les surfaces de contact entre cette substance et le solvant à travers des succussions (dilution, ndlr) », explique Weleda dans sa documentation. Le groupe estime que le rythme des succussions, qui est obtenu par des dilutions successives au dixième (et non au centième, comme chez certains fabricants), joue un rôle déterminant pour imprimer au solvant l'information libérée par la substance. À noter que ces dilutions sont accompagnées d'opérations de mélanges qui sont réalisées manuellement par des opérateurs. Weleda insiste sur l'importance du rythme humain, plutôt qu'une cadence mécanique, pour avoir un processus de dynamisation de haute qualité. Au final, l'assortiment de Weleda couvre une gamme de dilutions allant de la teinture mère (TM) à la trentième décimale (D30). Weleda a toutefois la particularité de travailler sur des solutions plutôt concentrées, jusqu'à D6.

La production des médicaments s'achève par une mise en forme pharmaceutique. En homéopathie, l'une des formes les plus prisées, en particulier sur le marché français, reste le granule. Dans ce cas, des matrices de saccharose lactose sont achetées à des fournisseurs puis imprégnées de solutions diluées dans des imprégnateurs de différentes capacités pouvant aller jusqu'à 100 kg pour les grandes séries. Huningue est aussi le seul site en France à produire des médicaments homéopathiques en environnement stérile pour des formes injectables ou des solutions ophtalmiques multidoses. La zone stérile va d'ailleurs faire l'objet d'un grand arrêt de 10 mois pour une remise à neuf. Peter Braendle fait état d'un investissement de 3 M€ sur la période 2014-2016. Mais de façon plus globale, c'est toute l'usine qui bénéfice d'un programme d'investissements pour doubler ses capacités de production. 2 à 3 M€ seront investis en 2015 après 2 M€ d'investissement en 2014. Cette année 8 à 9 postes devraient être créés, renforçant un effectif de 370 personnes, fin 2014.

Car Weleda est bien décidé à partir à la conquête du marché français largement dominé par le groupe Boiron, et dans une moindre mesure, par Arkopharma ou Lehning. « Nous souhaitons augmenter notre notoriété pour trouver de nouveaux prescripteurs qui recherchent la qualité », explique Peter Braendle, qui table encore cette année sur une croissance de chiffre d'affaires de 5 % en France. « Nous sommes bien installés sur cette tendance et il n'est pas exclu que l'on dépasse nos prévisions », a-t-il ajouté.

LES PRINCIPES DE LA MÉDECINE ANTHROPOSOPHIQUE

Rudolf Steiner et Ita Wegman, qui ont fondé les laboratoires Weleda en 1921, sont à l'origine de la médecine anthroposophique. Cette discipline voit dans l'homme une synthèse des règnes minéral, animal et végétal. Ceci conduit à des correspondances entre l'homme et ces éléments qui sont ensuite utilisés pour élaborer des médicaments homéopathiques. Par exemple, cette médecine voit une correspondance entre la racine, qui absorbe des éléments dans le sol, et la tête de l'homme, qui perçoit de l'information par le biais des neurones. La partie foliaire, qui est le siège de la respiration et de la photosynthèse, offre une analogie avec le système coeur-poumon (partie rythmique de l'homme). La fleur, qui est dans une dynamique de reproduction et d'élaboration de couleur et de parfums, est mise en correspondance avec la partie métabolique de l'être humain, concentrée dans l'abdomen et les membres. Par exemple, l'une des spécialités phares de Weleda est composée d'un assemblage de 3 fougères et 3 saules. Marc Follmer, pharmacien, explique que le dessin de la feuille de fougère présente une correspondance avec les villosités de l'intestin grêle, évoquant la séparation et le fractionnement. Donc la digestion. De son côté, le saule est une plante d'une grande vitalité qui aspire l'eau dans des sols arides. Par analogie, on estime que ses feuilles faciliteront l'assimilation. En conséquence, cette spécialité est indiquée dans le traitement des troubles fonctionnels digestifs.

S.L.

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