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GES : la chimie contre un durcissement

Julien Cottineau

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C'est mal engagé. Au moment où l'industrie chimique en France plaide pour que l'UE n'impose pas des objectifs de plus de 20 % de réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES), la Commission européenne prône une direction plus ferme. A une très large majorité, la Commission de l'environnement a voté en faveur d'une résolution pour un engagement unilatéral de l'UE de -30 % d'émissions de GES d'ici à 2020, par rapport à ses niveaux de 1990. La résolution adoptée sera débattue en session plénière au Parlement européen le 23 juin. Il reste donc moins d'un mois à la chimie pour convaincre les députés. Sur le sujet, la chimie européenne milite comme l'UIC contre un objectif au-delà de -20 % de réduction. Un passage à -30 % entraînerait « des répercussions immédiates sur l'industrie », s'alarme William Garcia, directeur exécutif Énergie, HSE et Logistique du Cefic. D'autant que l'UE est la « seule partie au monde imposant un tel système, non conditionné aux contraintes internationales », poursuit-il. Et de fait, les États-Unis, premier pollueur de la planète, ou le Japon ne s'imposent aucun objectif. La Chine et l'Inde réfléchissent, mais ne se sont engagés sur rien. Du côté d'un système d'échange de quotas, seule la Corée du Sud devrait emboîter le pas à l'UE fin 2011. Le Japon, en difficulté économique avant même les catastrophes naturelles du printemps, avait suspendu sa phase de test dès fin 2010. Seuls sept des 51 états américains ont plus ou moins institué un système. Et tandis que la Chine y réfléchit, l'Inde n'y songe pas encore. Dans un tel contexte, les risques de fuites carbone sont démultipliés. Et la chimie, grande consommatrice d'énergie et émettrice de GES est en première ligne. Pour un objectif jusqu'à -25 %, des investissements allant jusqu'à 250 M€ seraient nécessaires, selon l'étude AT Kearney de 2008 (CPH n°430). A -30 %, la facture s'allongerait à 2 Mrds €.

« La chimie ne cesse de plaider son efficacité »

Pourtant, la chimie ne cesse de plaider sa bonne volonté et surtout son efficacité. Selon l'UIC, ses émissions annuelles de CO2 en France ont été réduites de 54,2 à 27,2 millions de tonnes entre 1990 et 2008. Soit de moitié. Et avec un nouvel effort consenti de -20 voire même -25 % entre 2005 et 2020, la performance atteindrait -60 %. Entre 1995 et 2008, son intensité énergétique a aussi diminué de 4,6 % par an malgré l'augmentation de la production. La chimie revendique enfin qu'une tonne de CO2 émise par son industrie permettrait de réduire de 2,8 t les émissions dans le secteur aval. En attendant d'être plus entendue, la chimie va dès 2013 se trouver confrontée à la troisième phase de la directive ETS, le système d'échanges des quotas de CO2 dans l'UE. Avec la fin des allocations gratuites au-dessus des critères de référence définis, et jugés déjà « très bas », la phase 2013-2020 devrait « générer des coûts de plusieurs milliards d'euros par an pour l'industrie chimique européenne », note Jean Pelin, directeur général de l'UIC. Henry de Croutte, responsable énergie et environnement, s'inquiète du secteur des fertilisants en Europe qui, avec des critères de référence 83 % en dessous des niveaux actuels d'émissions, est « extrêmement soumis au risque de fuite carbone ». Ces critères ont été établis via le classement de toutes les unités de productions européennes, par produit, et en s'alignant sur les 10 % d'unités les plus efficaces. Outre les engrais, les plus fortes limites concerneraient les secteurs du phénol/acétone, 57 % au-dessus, le S-PVC (47 %) ou le VCM (38 %). Pour l'industrie chimique, la barre est déjà placée haut.

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