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Génériques : Le marché français cherche un second souffle

Sylvie Latieule
Génériques : Le marché français cherche  un second souffle

En 2010, les génériques ont permis de réaliser 1,7 Mrd € d'économies.

© © Biogaran

OBJETS DE RÉTICENCE CROISSANTE DE LA PART DE MÉDECINS ET DES PATIENTS, LES GÉNÉRIQUES ENREGISTRENT UNE BAISSE DE CROISSANCE. LE GEMME SE MOBILISE.

Après avoir enregistré une croissance à deux chiffres au cours de la dernière décennie, le marché français des médicaments génériques est en train de s'essouffler avec une croissance divisée par deux. Certes, ce marché représente déjà 2,7 milliards de chiffre d'affaires (sur un marché total du médicament de ville de 21,5 Mrds € en 2010) et il permet de réaliser 1,7 milliard d'euros d'économies de santé par an. Pour autant, les professionnels du secteur, représentés par le Gemme, estiment que ces économies pourraient être multipliées par deux, si l'on parvenait à lever quelques freins. D'autant que des pertes de brevets de blockbusters sont encore attendues sur la période 2012-2014 ! Un colloque, organisé le 15 septembre dernier à la Maison de la Chimie, a réuni une centaine d'acteurs de la santé autour de la perception et de l'avenir des génériques. Quelques pistes se sont dessinées.

Les mentions non substituables en augmentation

 

Il est en effet ressorti que les génériques étaient probablement pris dans un mouvement plus général de « réticence croissante vis-à-vis de la prise médicamenteuse, sur les deux ou trois dernières années, attestée par une baisse de 2 % du marché des médicaments de ville », a estimé le Dr Michel Chassang, généraliste et président de la CSMF (Confédération des syndicats médicaux français). Cette rupture, antérieure à la crise du Mediator, a tout particulièrement affecté les génériques, selon l'IMS qui a pu observer une nette augmentation des mentions NS (non substituables) sur les ordonnances médicales depuis la rentrée 2010. A priori, cette crise de confiance n'a pas touché les pharmaciens qui considèrent avoir combattu seuls pour défendre les génériques. « Le générique, c'est nous », a déclaré Christophe Koperski, pharmacien. En revanche, une réticence est bien apparue au niveau des médecins. « Nous n'avons jamais reçu d'informations de l'Afssaps ou d'autres organismes sur les génériques et il n'y a pas de visiteurs médicaux. (... ) Nous nous posons beaucoup de questions. Nous avons des doutes sur la qualité et sur les excipients. Sont-ils vraiment identiques ? », a témoigné le Dr Stéphane Lesur, généraliste. Il avoue s'interroger davantage à chaque « buzz médiatique » autour du sujet. Le plus récent en date étant celui d'un médecin réanimateur, le Dr Rémy Gauzit qui, après avoir compilé une trentaine d'études internationales, a émis de sérieux doutes sur l'efficacité des antibiotiques génériques injectables. Doutes que n'ont pas manqué de contester le Gemme et l'Afssaps. Au sujet de la qualité, Antoine Sawaya (Afssaps) a ajouté que le taux de non conformité des génériques était identique à celui des princeps. « L'angoisse du médecin est de faire le bon diagnostic et une prescription efficace. Avec des médicaments familiers, ce n'est pas simple. Il y a toujours des effets secondaires, des problèmes d'observance, il faut comprendre que le générique complique la vie du médecin », a expliqué le Dr Chassang, ajoutant toutefois que sa profession a une réelle « conscience économique » et qu'elle partage les objectifs d'économie de santé. Ce climat de suspicion n'échappe pas davantage aux patients qui pousseraient à la multiplication des mentions NS. Et lorsqu'ils franchissent les portes de l'officine, « certains nous demandent de vrais médicaments », a témoigné Christophe Koperski (pharmacien).

Cette réticence à prescrire des génériques à la ville se retrouve à l'hôpital, selon le Dr François Lefrère, hématologue à l'hôpital Necker. Son hôpital ferait figure d'exception. Pour des raisons budgétaires, les génériques et même les biosimilaires sont largement utilisés. Le Dr Lefrère prescrit en routine des biosimilaires de l'EPO, de facteurs de croissance et d'interféron, qui seraient achetés jusqu'à 80 % moins chers que les princeps.

Laure Lechertier, responsable du département Politique du Médicament à la Mutualité Française, s'est insurgée contre ces réticences, rappelant que l'enjeu des génériques et par la suite des biosimilaires, est celui des soins de santé durable. « Les thérapies de qualité seront extrêmement coûteuses dans un contexte de vieillissement de la population. Il faut imaginer un système qui donne au plus grand nombre un accès à ces produits », a-t-elle ajouté. De son côté, Yves Bur, député UMP et rapporteur du budget de la Sécurité sociale, a déclaré : « on est dans un psychodrame franco-français. (... ) La Sécurité sociale a perdu des milliards depuis des années, distribués aux acteurs ». Il a notamment mis en cause très ouvertement les industriels de la pharmacie d'avoir semé le doute sur les génériques pour protéger leurs intérêts.

Un déficit de communication à combler

 

Pour ce qui est des pistes à suivre pour redynamiser le marché français des génériques, le Gemme a donc pu lister plusieurs sujets à l'issue des débats. Il est apparu la nécessité de lancer, avec les pouvoirs publics, une campagne de communication institutionnelle grand public sur les génériques. Une autre piste consisterait à élargir le répertoire à certaines familles de produits qui en sont encore exclus comme les sprays et antiasthmatiques. Une dernière mesure concernerait les médecins pour les inciter à augmenter la prescription au sein du Répertoire en développant le CAPI* et en créant un budget de prescription individuel.

 

* programme d'évolution des pratiques proposé par l'Assurance Maladie et qui permet aux médecins de bénéficier de rémunérations complémentaires.

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