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Génériques : Des prix français dans la fourchette basse

Sylvie Latieule
Génériques : Des prix français dans la fourchette basse

LES POLITIQUES DE PRIX SONT VARIABLES SUIVANT LES PAYS.

© © Ratiopharm

Le Gemme apporte la preuve que les prix des génériques en France figurent dans la moyenne basse européenne. Ils plaident pour un élargissement du répertoire, considérant que de nouvelles baisses de prix mettraient en danger leur compétitivité.

Le développement des génériques est une des réponses apportées à la réduction du déficit de la branche Assurance Maladie. Fédérés par le Gemme (Génériques, même médicament), les professionnels du secteur estiment que l'économie réalisée en 2010 s'élève à 1,79 milliard d'euros, fruit d'une baisse régulière des prix depuis 2002 alors que les volumes se sont accrus. « Le modèle français du générique fonctionne, a déclaré Pascal Brière, président du Gemme, une profession qui couvre une marché de 2,6 milliards d'euros (prix fabricant hors taxe) ou 3,6 Mrds € prix public. Il représente 13,5 % en valeur du marché du médicament et 25 % en unités. Reste qu'à force d'être contraints par les pouvoirs publics de baisser leurs prix, les génériqueurs estiment que la compétitivité de leur profession pourrait être menacée. Le président rappelle qu'en mai 2008, par exemple, a été imposée une baisse de prix de -55 %, contre -50 % auparavant. En mars 2009, elle a été suivie par une baisse de prix supplémentaire de 5 % pour les médicaments proposés en conditionnements trimestriels. Puis, en mars 2010, une baisse de 100 M€ supplémentaire demandée par les pouvoirs publics s'est traduite par des baisses de prix sur quelques médicaments proposés dans leurs versions à fort dosage (ex les statines et IPP). Au bilan, le Gemme estime qu'en 2011, le prix d'un générique était inférieur de plus de 60 % à celui de son princeps (-55 % à l'inscription et 7 % supplémentaires après 18 mois).

Cependant « ce prix est-il compétitif », s'interroge Pascal Briere. Si l'on n'y prend pas garde, les productions de génériques essentiellement réalisées en France ou en Europe chez des façonniers pourraient se trouver délocalisées vers des pays à bas coût comme l'Inde. C'est dans ce contexte que le Gemme a missionné Philippe Février, directeur du Laboratoire d'économie industrielle du CREST et professeur à l'école polytechnique et à l'Ensae pour réaliser une étude européenne sur le prix d'un panier de médicaments génériques représentatif de la consommation française. Il a construit ce panier avec 74 molécules parmi les plus prescrites en France, vendues sous 196 présentations et représentant 80 % du chiffre d'affaires total des médicaments génériques remboursables. Puis, il a analysé ces mêmes molécules dans neuf autres pays où elles n'étaient parfois pas toutes commercialisées. Au total, sur les dix pays étudiés (en incluant la France), le nombre de présentations observées a grimpé à 1715.

Il ressort de cette étude qu'avec un prix fabricant hors taxe moyen par unité de médicament de 0,45 centime d'euros (PFHT), la France propose des prix inférieurs de 4 % à la moyenne européenne, se classant en 6e position. Lorsque l'étude prend en compte le coût de la vie dans les différents pays, sur la base de données fournies par l'OCDE, le prix des génériques en France recule même de 12 % par rapport à la moyenne européenne. La France se classe alors en 7e position. L'étude s'est également intéressée aux présentations lancées avant et après 2005. Ainsi, les présentations lancées avant 2005 (55 % du CA et 69 % en unités du panier initial) présentent une décote de 3 % par rapport au prix moyen européen à 0,38 centimes d'euros l'unité. Pour les présentations plus récentes, lancées après 2005, la baisse atteint 15 % par rapport à la moyenne à 0,56 centime d'euros. Selon le Gemme, c'est en effet en France où le prix des médicaments fait l'objet d'une forte régulation que l'on pratiquerait l'une des décotes les plus importantes par rapport au produit princeps.

Que l'on tourne les résultats dans un sens ou dans l'autre, toutes les conclusions convergent dans le même sens. Et c'est ce qui fait la grande robustesse et fiabilité de cette étude, selon le Gemme. Dans toutes les configurations, la France se situe dans un peloton médian avec la Belgique, l'Espagne et la Pologne. L'Allemagne, l'Autriche, le Portugal et le Royaume-Uni affichent des prix plus élevés. La Finlande et l'Italie forment le peloton de queue où se pratiquent les prix les plus bas.

« Nous avons fait tomber un cliché, estime Philippe Besnard, vice-président du Gemme. « La France a un prix moyen de génériques bas ». Aussi, pour le Gemme, la baisse des prix des génériques ne peut plus être une variable d'ajustement pour les pouvoirs publics. D'autant qu'il existe d'autres leviers. Le premier est celui de la substitution. Le taux de substitution chez les pharmaciens est actuellement de l'ordre de 75 % en volume. Un chiffre qui cache des disparités entre les produits substitués à 10 % et d'autres substitués à plus de 90 %. Du coup on pourrait aller plus loin et viser un taux de substitution de 80 %. « A chaque fois que l'on effectue 1 % de substitution supplémentaire, on réalise 26 M€ d'économies de plus », explique Philippe Besnard. Mais il est un autre levier qu'il serait encore plus efficace d'actionner si l'on veut atteindre les 3,5 milliards d'euros d'économies sur les dépenses de santé grâce aux génériques, comme le suggère le syndicat (soit un doublement des économies réalisées en 2010). Il s'agit du périmètre des produits généricables. A ce jour, la substitution ne vaut que pour les 405 produits inscrits dans le répertoire, alors que le nombre total de DCI remboursables est de 1610. Si 592 DCI sont encore sous brevet, 1018 DCI sont potentiellement généricables. Le Gemme plaide donc pour que le champ du répertoire soit élargi, notamment au segment des sprays (avec des applications dans l'asthme, par exemple). Cette forme pharmaceutique n'est pas encore ouverte aux génériques en France, contrairement à certains pays européens, explique le Gemme. Or à chaque pourcent de prescription complémentaire dans le répertoire, l'économie réalisée se chiffre à 100 M€ supplémentaires. L'ouverture du répertoire pourrait donc démultiplier l'impact des génériques sur les économies de santé.

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